L’été 2026 a rappelé l’urgence de raviver la rénovation du bâti : la plupart de nos logements et bâtiments ne sont plus adaptés au climat de la France d’aujourd’hui et de demain.
Alors que les scénarios sur lesquels se basent nos normes thermiques considèrent une canicule par an, sept épisodes de chaleur intense se sont succédé dans certaines parties de la métropole cet été. L’ADEME estime que 90 % du parc de logements sera très exposé aux vagues de chaleur d’ici 2100, de mai à octobre.
Pourtant, faute de politique claire du logement et de la rénovation, normes et dispositifs s’enchaînent sans cohérence : le diagnostic de performance énergétique a été modifié plus de trois fois en quatre ans ; MaPrimeRénov’ a été modifiée ou gelée une vingtaine de fois ; les CEE deux fois.
En plus des baisses de budget, c’est un marqueur clair d’abandon de la politique de rénovation énergétique.
Les premières victimes de cette incohérence sont les entreprises du bâtiment. L’illisibilité des dispositifs complique une activité déjà fortement ralentie. Depuis quatre ans, le recul d’activité a entraîné la destruction de plus de 40 000 emplois et un déficit de plus de 10 000 apprentis.
En cause : une baisse des activités due notamment au recul des investissements publics et à des objectifs trop optimistes. Alors que le ministère estimait les besoins à 420 000 logements neufs par an, seules 300 000 mises en chantier ont eu lieu cette année, loin de la moyenne de 348 000 des dernières années. Les collectivités ne peuvent pas davantage suivre, victimes des coupes budgétaires, bien qu’elles assurent 70 % de l’investissement public dans le BTP.
Résultat : malgré 15 millions de logements à rénover qui pourraient palier les baisses de construction neuve, la rénovation énergétique est en récession.
Quand la puissance publique ne peut penser une politique cohérente du logement et refuse d’y mettre les moyens nécessaires, ce sont les entreprises qui souffrent et les ménages qui ont chaud.
Car le coût des rénovations demeurent élevés, et les gains sur la facture énergétique ne sont pas suffisamment visibles pour les français. Pour les ménages très modestes, même MaPrimeRénov’ peut laisser un reste à charge de 10 000 à 15 000 €, pour des économies d’énergie qui compensent rarement ce montant. Or, ce n’est plus une question de budget pour les ménages mais une question de survie.
Il est urgent de rendre les aides à la rénovation plus lisibles et plus efficaces. Une véritable relance du BTP passe par la généralisation de la rénovation des bâtiments, un chantier à mener sur plusieurs décennies, avec 400 000 rénovations de grande ampleur par an d’ici 2050.
Pour cela, des aides d’ampleur sont nécessaires. Mais elles ne suffiront pas. Les normes doivent également évoluer pour garantir l’engagement de travaux, notamment en matière de confort d’été pour les locataires.
En effet, les passoires thermiques appartiennent en majorité aux ménages les plus riches : 50 % d’entre elles appartiennent aux 30 % des ménages les plus riches, qui ne les occupent pas mais les louent, rappelle l’Observatoire national de la rénovation énergétique. Lorsque les incitations ne suffisent pas, la systématisation des rénovations (par exemple lors de la vente d’un bien) couplée à des aides indexées sur le revenu pourrait être une voie d’avenir.
Il faut désormais assumer un rôle plus important de l’État. La rénovation soutient les entreprises du BTP dont 96 % sont des TPE. Elle améliore l’habitabilité et les factures des ménages. Elle permet aux collectivités de mieux gérer le parc existant, tout en respectant le ZAN.
La relance du BTP par la rénovation ne viendra pas de dispositifs provisoires, mais d’une politique cohérente, stable et prévisible : des aides ambitieuses et des normes donnant une trajectoire claire. La rénovation du bâti est à la fois une urgence climatique, une politique de pouvoir d’achat et un chantier industriel. L’État doit donner le cap et les moyens.