Crédits photo : T. Pesquet / ESA

Refaire communauté


15 ans de vie à Toulouse et 10 ans d’engagement au Droit Au Logement m’ont permis peu à peu de penser la ville et son évolution. Ce n’est pas une surprise, je ne m’inscris pas dans le projet du Maire de Toulouse pour notre ville, celui en Une de l’actuelle déclinaison locale du magazine Le Point, celui qui vise à faire de notre ville un copié-collé de ces métropoles qui se ressemblent toutes. Ce que nous déplorons n’est pas que le Maire de Toulouse fasse évoluer Toulouse, c’est le fait qu’il anéantisse ce qui fait Toulouse, ce qui lui a donné et lui donne corps et signification, la vie en commun. Au fond ce dont rêve Jean-Luc Moudenc, c’est d’une ville sans caractère, aseptisée, un petit Bordeaux, assimilée à une réserve foncière et immobilière pour les investisseurs parisien-ne-s et les touristes d’affaire fortunés.


Cette vision est contraire à l’idéal humaniste qui nous habite, au dessein d’égalité et de liberté que nous poursuivons. Dès lors, pour éviter la catastrophe écologique et sociale vers laquelle contribue à nous amener Jean-Luc Moudenc, nous devons reconquérir le pouvoir et nous réapproprier ce qui nous appartient : notre ville et son avenir. Toulouse souffre depuis trop longtemps d’être défaite, fracturée, entre ses quartiers, entre ses habitant-e-s. Notre plus grand défi est donc de « refaire communauté ».
La communauté c’est nous, toutes celles et ceux qui ont fait vœu de vivre, ensemble, à Toulouse. Elle exprime le rapport au commun et à la solidarité, la réciprocité de ce qui nous relie toutes et tous en droits, et le rappel de notre appartenance à une nature englobante. Refaire communauté, c’est retisser les liens qui nous unissent, ceux de l’entraide, de l’hospitalité et de la générosité, de l’action face à l’urgence climatique, des prises de décisions collectives, de l’accès aux besoins fondamentaux, du temps nécessaire à la vie qui associe (une partie de foot, préparer un repas de famille, aller au parc avec les enfants, cultiver un jardin partagé etc.). Refaire communauté, c’est prendre soin de nos ancien-ne-s, c’est créer une ville enfin inclusive et protectrice pour celles et ceux qui se sentent laissés de côtés, abandonnés.


Aujourd’hui Toulouse n’est plus une communauté, elle est malheureusement inégalement et injustement morcelée, la grandeur de son histoire en est ainsi bafouée.
Jean-Luc Moudenc poursuit en effet depuis trop longtemps une politique à destination de quelques-uns à défaut de tou-te-s les autres, séparant les populations, les ghettoïsant selon leur condition économique. Alors que la planète brûle, il continue d’engager des grands projets énergivores aux modèles économiques et aux finalités socio-économiques discutables, et imposés aux habitant-e-s : La Tour Occitanie, TESO, La Grave, le nouveau Parc des Expositions et bien d’autres. Ces projets excluent les classes moyennes et les plus pauvres, déconsidérés, en périphérie voire dans d’autres villes limitrophes. Les résultats sont déjà là, les inégalités territoriales et la précarité explosent, la gentrification s’accélère, la situation écologique (pollution, ilots de chaleur etc.) s’aggrave chaque année.


C’est évidemment à nous d’opposer à la vision mortifère du maire actuel une vision plus émancipatrice pour Toulouse où solidarité et écologie vont de pair, où égalité et démocratie avancent de concert. L’écologie en tant qu’elle est une condition nécessaire à la vie, qu’elle crée un intérêt général commun, que la conscience des nécessités fait aujourd’hui la quasi-unanimité, doit intégralement guider la construction de cette vision. L’écologie doit être une force motrice et populaire, et dessiner une perspective pour la ville. Celle-ci doit inévitablement être complétée par un programme de mesures tangibles, par des projets utiles pour tou-te-s, impliquant de la manière la plus large possible toutes les volontés citoyennes. Tout cela n’est pas facile à construire, tout cela ne se commande pas, rien ne se décrète et tout s’éprouve. Mais la finalité est plus grande que tout et j’espère qu’enfin, nous serons à la hauteur du rendez-vous électoral qui arrive, pour Toulouse.


Car oui, Toulouse peut changer positivement pour ses habitants et la nature en restant cette terre d’accueil, de convivialité, cette ville de science et d’intelligences mise au service du bien commun. Toulouse peut grandement évoluer en restant elle-même, fidèle à son histoire et ses aîné-e-s qui ne sont pas un décor mais une empreinte éternelle, à un récit qui lui fait honneur et lui rend l’étendue de sa fierté.


Toulouse a toutes les forces et les énergies pour être une ville avant-gardiste en matière de transition écologique, en matière d’esthétique urbanistique autrement que par des tours d’un autre temps, pour restituer leur présence, leur voix et protéger les oublié-e-s des politiques de mondialisation, de métropolisation et leurs effets.


Au-delà de nos intérêts individuels, de ceux de nos rues, de nos quartiers, nous devons refaire ville et y refaire communauté. Nul n’a intérêt à vivre dans une ville où les tentes de sans-abris fleurissent sur nos trottoirs ; nul n’a intérêt à ce que ses enfants aient des camarades de classe qui n’ont pas accès à un repas les soir car leur mère ne parvient pas à joindre les deux bouts ; nul n’a intérêt à ce que nos ancien-ne-s se privent de soin où ne puissent aller voir leurs ami-e-s moins souvent car les prix des transports en commun ne sont plus accessibles. Nous avons tou-te-s intérêt à vivre dans une ville où les fractures sociales cessent de s’accentuer et puissent véritablement se résorber.


Au final, refonder ce projet commun pour une ville qui appartient à tout le monde, qui assure une égalité sociale et territoriale, qui développe les solidarités, qui mène avec grandeur sa transition écologique, c’est cela qui nous permettra de « refaire communauté ». Il est donc grand temps de reconstruire notre ville avec ambition, responsabilité et dignité.

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