De portes en portes

Aujourd’hui, c’est dimanche! Et dimanche, pour les militant.e.s Union Pop’ de la 4ème Circonscription de Haute-Garonne, c’est porte à porte! Un rendez-vous rituel que nous avons institué début janvier et qui vient s’ajouter chaque semaine à celui du mercredi lancé depuis octobre. L’émission C Politique sur France 5 y a même consacré une capsule vidéo qui sera diffusée dimanche prochain à 18h30.

Dès le début, notre stratégie locale, puis nationale, a été claire : aller chercher dans un premier temps les personnes potentiellement non inscrites sur les listes ou abstentionnistes “récidivistes”. 

On ne peut en effet pas compter sur le gouvernement pour inciter les gens à participer à la vie démocratique du pays et à user notamment de leur droit de vote. On entend dire qu’une campagne de sensibilisation se prépare pour le 25 février, la fin des inscriptions étant le 4 mars, fin de la blague! Emmanuel Macron a de toute façon intérêt à peu de participation pour que son score soit gonflé par l’aristocratie électorale qui ne manque aucune élection.

La désertion de la puissance publique, même sur ce sujet est donc compensée par la volonté et la solidarité des militant.e.s, qui partout en France se démènent pour faire avancer leurs idées et simplement intéresser les habitant.e.s au cadre électoral dans lequel elles sont amenées à être tranchées.  A Toulouse d’autres groupes, dont les Jeunes Insoumis ont fait un travail remarquable dans les Cités U. Des militant.e.s de différentes circonscriptions commencent à mettre en place des porte à porte partagés, comme nous le faisons avec celles et ceux de la circo 9. 

Nous avons décidé de nous consacrer plus particulièrement à deux quartiers du Mirail où selon l’analyse cartographique de nos militant.e.s expert.e.s, l’abstention a été la plus forte depuis 2017. On y trouve des bureaux de vote à plus de 80 % d’abstention sur les dernières élections Départementales et Régionales, là où Jean-Luc Mélenchon a obtenu des scores homériques il y a 5 ans, allant jusqu’à faire 52% dans un bureau de vote au premier tour, où aucune communauté cubaine ou vénézuélienne n’est répertoriée.

C’est plutôt le discours et la constance qui sont reconnus par les gens avec qui nous discutons sur la défense des plus pauvres et des communautés stigmatisées. Ainsi peut-on entendre des choses sur JLM qui ferait s’évanouir Sonia Mabrouk : « Mélenchon il est gentil » ou « c’est un visionnaire »… Les retours sont très positifs, même si émaillés ici ou là par quelques critiques mais toujours moins nombreuses que dans d’autres secteurs de la société. 

Voici comment l’on peut synthétiser les opérations de porte à porte dans le secteur Reynerie-Bellefontaine. La première donnée est que sur 10 portes frappées, 7 restent fermées pour trois raisons principales : parce que les gens ne sont pas chez eux au moment de notre passage, parce qu’ils n’ouvrent pas leur porte car ils ne  souhaitent pas être dérangés et enfin parce que les logements sont inoccupés voire condamnés. 

En effet, nous sommes dans des quartiers Rénovation Urbaine où beaucoup de barres sont promises à la démolition depuis des années. La stratégie des bailleurs est donc, à la fin d’un bail de location, de laisser l’appartement vide  pour ne pas avoir à reloger les gens, d’autres ont été contraints de partir et d’autres encore ont accepté une des trois propositions de relogement qu’est obligé de faire le bailleur. 

De nombreux habitant.e.s se mobilisent contre ces « rénovations » faites sans eux et pas pour eux. Il faut ici rendre hommage notamment à Karine Bellemare, habitante de la tour Messager qui depuis des années mène cette lutte1. J’avais de mon côté publié une tribune sur la question et aurait tant de choses à dire que cela mériterait un nouveau billet2

Revenons ici à nos portes toquées et qui cette fois, s’ouvrent . Elles se divisent aussi en trois catégories. Celles des personnes qui bien que travaillant dans notre pays n’ont pas le droit de vote, car pas encore la nationalité française. L’occasion de revenir sur notre programme qui veut régulariser toutes celles et ceux qui travaillent ici et contribuent à la richesse nationale. La plupart de ces personnes sont souvent intéressées par la politique française et en parlent dans leur entourage, à une sœur, à un fils qui a la nationalité française et ira voter probablement pour JLM.

 La deuxième catégorie affirme un vote assuré qui ira pour JLM. Dans ce cas nous n’avons pas à faire de travail de persuasion, les gens le sont déjà. Certains nous invitent même à entrer pour prendre le thé avec leurs amis présents ou nous demandent des tracts pour en distribuer de leur côté. Il y aurait d’ailleurs à réfléchir et à dire sur la force de ce vote « fixé » sur JLM et l’Union Populaire.

Troisième catégorie : les indécis. Soit ils ne savent plus s’ils sont inscrits car la dernière fois c’était en 2017, auquel cas nous vérifions leur situation électorale avec eux sur internet. Le choix du vote est alors plus complexe et encore indécis. Soit ils ne votent pas par conviction avec différents arguments : de l’inutilité du vote, au fatalisme, de la défiance pour les politiques de manière globale, au sentiment que peut importe celui ou celle qui arrivera au pouvoir il ou elle les trahira.

Sur ce dernier point de vue, le gouvernement Hollande a laissé des traces compliquées à effacer, nous nous efforçons alors de mettre en avant le programme de l’AEC et d’engager une conversation avec la personne sans pour autant avoir la prétention de la convaincre, la petite graine germera peut être plus tard, ou pas.


On dit souvent que les gens sont « dépolitisés », je suis persuadé de l’inverse. Les gens sont ultra « politisés », à commencer par celles et ceux qui ne votent plus, ce qui aiguise leur esprit critique davantage, et qui allié au fatalisme ambiant nous rend la tâche ardue. Même si nous ne parvenons pas à décider les abstentionnistes déterminés, voire hostiles à nos idées, ils sont tout de même contents de nous voir.

Pourquoi ? Parce que nous sommes parfois un des seuls liens de sociabilités auquel ils auront pu se raccrocher dans la semaine. Je pense notamment à des personnes âgées isolées, qui voient peu de gens et nous taillent la discussion sur tout et rien. Les mêmes préoccupations autour des fins de mois difficiles reviennent systématiquement : le logement, l’essence, le prix des produits de première nécessité… Mais aussi, ce manque d’être ensemble, d’avoir des gens à qui parler. 

Ce désir de rencontrer les gens « en vrai » se traduit également dans nos rangs par le nombre grandissant de militant.e.s qui participent désormais au porte à porte.

En octobre, nous étions une demi-douzaine au rendez vous du mercredi, parfois un peu moins, aujourd’hui nous sommes à chaque fois au minimum 12 aux deux porte à porte de la semaine. Il faut dire que comme partout, les militant.e.s arrivent de manière forte et constante dans la campagne. A la dernière rencontre Inter-GA (Groupes d’Action), il y a bientôt trois semaines, nous étions plus d’une cinquantaine dont la moitié de nouveaux visages, au point qu’il n’y avait plus assez de chaises dans la grande salle du Rincon Chileno, où nous nous retrouvons régulièrement. 

A chaque fois, nous y présentons les multiples actions organisées par les différents Groupes d’Actions (GA) de la circonscription, auxquelles peuvent participer, selon leurs appétences, les nouveaux venus : marchés, porteurs de paroles, les trois permanences par semaine au local de la France Insoumise de Toulouse, participation aux événements comme le très réussi meeting du 11 février dernier, la projection de Debout les femmes le 4 mars à la Maison de Quartier de Bagatelle, les opérations coups de fils où un travail capital a été effectué qui s’est avéré déterminant dans la mobilisation de nouvelles personnes et enfin le porte à porte. 

Pour ce dernier, en regardant lundi la carte de la Reynerie et de Bellefontaine, je me suis aperçu que nous avions arpenté 75 % des blocs du quartier. Un petit exploit quand on sait qu’au début nous n’en visions que 50 % d’ici le 4 mars. Il nous reste deux semaines pour combler les 25 % restants et c’est ce à quoi nous allons nous atteler ce dimanche ainsi que les jours suivants. J’en ai donc fait ma priorité. Ensuite je pourrai retourner au Parlement de Campagne national avec plaisir le 19 mars prochain à la veille de la grande marche nationale du 20 mars.

D’ici là nous serons passés à d’autres quartiers du secteur où les habitus de vote sont plus ancrés, et où il s’agira de passer d’un porte à porte d’inscription à un porte à porte de conviction dans la dernière ligne droite de la campagne.

Toutes ces portes frappées seront elles payantes d’un point de vue électoral? Rien ne nous le garantit, c’est un vrai “pari de Pascal” que nous effectuons. Ne pas le faire ne nous apporterait de toute façon rien, le faire avec toute la conviction que nous y mettons nous apportera peut être des résultats infimes mais cruciaux quand il s’agira de passer la tête au second tour.

1https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/au-mirail-des-habitants-de-l-immeuble-le-plus-vetuste-de-toulouse-on-fait-tout-pour-nous-faire-partir_47892373.html
2https://www.ladepeche.fr/2021/06/17/renovation-urbaine-a-toulouse-et-si-on-changeait-de-cap-9611999.php

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