C’était un samedi

C’était un samedi, c’était un 14 septembre.

Cela devait être un temps fort, une nouvelle étape dans le chemin parcouru depuis près de deux ans par Archipel Citoyen. Mission accomplie.
Près de 600 personnes selon les organisateurs, aucun chiffre à cette heure selon la Préfecture. Des visages connus, dans le milieu politique, associatif, syndical. Mais aussi et surtout beaucoup de visages inconnus, et c’est cela qui est rafraîchissant, des personnes venues par curiosité ou par motivation à changer leur ville, à la réinventer, ensemble.

Après un temps d’accueil, on se retrouve autour d’une vingtaine de tables fléchées par thématiques et puis ensuite par quartiers. Pour ma part j’ai choisi l’une des tables dédiées à l’éducation. La question posée est : comment injecter davantage de démocratie dans les écoles préélémentaires et élémentaires gérées par la ville ? Assez naturellement, la discussion se recentre sur la question des moyens. Évidement. Des parents témoignent du manque de rénovation de l’école de leurs enfants, des ATSEM qui ne sont pas suffisamment considérées, de l’augmentation des prix de la cantine et des CLAE, du manque de place en crèche aussi, le manque d’accès au soin de certains enfants…

Le bilan de la municipalité n’est pas la hauteur, des personnels et enseignants en témoignent également à notre table. J’y reviendrai sûrement dans une prochaine publication.

La discussion est à bâton rompue, y compris lorsqu’elle revient sur la question de la participation des parents d’élèves et de ces derniers eux-mêmes. On évoque ici le démantèlement des collèges de la Reynerie et de Bellefontaine, là on se moque des réunions annuelles avec la « communauté éducative » qui sont souvent des faire-valoir plus qu’une réelle volonté d’implication des parents d’élèves. De des constats émergent des propositions concrètes, nombreuses, et parmi elles, le fait de mettre en place une plateforme où les parents et les élèves pourraient enregistrer leurs demandes à la mairie, donner plus de poids au Conseil Municipal des Enfants déjà existant, établir un « pass culture » pour tous les pitchounes.

De ce foisonnement d’idées toutes intéressantes et à préciser, j’en retiens une qui me semble particulièrement pertinente : la mise en place de budgets participatifs par école. Bien entendu, ceux-ci ne prendraient pas en charge l’investissement essentiel pour l’amélioration des conditions d’éducation de nos pitchounes (rénovation et construction des écoles, ouverture de crèches, cantines et goûter gratuits, rémunération du personnel…), mais pour qu’enfin des choix pédagogiques soient effectués, « pour de vrai », par toute la « communauté éducative » elle-même. Ainsi, sur un temps mensuel à déterminer, il serait souhaitable de permettre aux personnels enseignants, aux élèves et aux parents de choisir où orienter le budget alloué : sorties scolaires spécifiques, jardin potager…Une idée à approfondir dans les semaines à venir, mais qui pourrait enfin ouvrir une brèche là où les parents peuvent aujourd’hui avoir du mal à trouver leur place dans l’École.

Ce premier « round » de discussion est suivi d’interventions toutes très enrichissantes de Françoise Fize membre de La Belle Démocratie, Rhany Slimane qui anime Nous sommes Montpellier, et Joseph Spiegel maire de Kingersheim. Que nous disent-ils ? Qu’il faut battre en brèche les complexes d’infériorité des habitant-e-s qui pensent que la politique, ce n’est pas pour eux. En ce sens il nous faut continuer l’effort d’élargissement et d’inclusion entrepris ce samedi. Qu’il faut désacraliser la posture de l’élu-e, ne pas faire de l’expérience politique ou mandataire un va tout inébranlable mais bien ouvrir cette expérience au plus grand nombre. Rompre avec la grandiloquence à laquelle on assigne sans cesse la présence de l’élu-e : coupé de cordon, grands discours qui tournent en rond. Mais surtout donner du pouvoir de décision aux habitantes et habitants, un espace et du temps pour cela.

Leurs témoignages donnent un nouveau souffle, si tant est qu’elle en avait besoin, à la journée.
Pour la conclure, je me retrouve à la table correspondant au secteur au sein duquel je vis : « Rive gauche », nous sommes une trentaine, nous convenons d’ores et déjà d’une rencontre dans les jours qui suivent, pour parler de nos quartiers, de notre ville et décider de ce que nous devrons faire.

Cette journée aura permis ce qu’il y a un an encore semblait difficilement envisageable, la rencontre entre des personnes et des groupes ayant des cultures et des pratiques différentes. Pourvu que notre envie pour Toulouse soit plus forte que ces différences et qu’elle nous permette de changer notre ville.

Dans ce cas, on se souviendra bientôt qu’il y eut une étape importante un 14 septembre, une de ces journées où le soleil de l’été refuse de s’en aller. C’était un samedi et tout le monde disait : c’est bon, on est lancé !

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