L’amour des siens ce n’est pas la haine des autres

Tout le monde se souvient où il était le 13 novembre 2015, le jour des tueries du Bataclan à Paris. On a tous appelé des proches présent.e.s dans la capitale, nous nous sommes inquiété.e.s légitimement pour eux. On connaît à minima quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît un proche tué ou blessé. Au Droit Au Logement (DAL), c’est Matthieu Giroud, géographe proche de l’association, qui y a perdu la vie. Sa compagne, Aurélie Silvestre, a écrit un très beau livre sur l’après, Nos 14 novembre

Ce sentiment de temps qui reste suspendu à l’indécision de l’horreur, nous l’avons vécu à Toulouse trois ans plus tôt, lors d’une longue semaine achevée dans l’horreur le 19 mars 2012. Mohamed Merah faisait alors irruption dans l’école juive Ozar Hatorah où il a assassiné, en poussant l’indécence jusqu’à se filmer, Jonathan Sandler, 30 ans, ses deux fils Arié, 6 ans et Gabriel 3 ans, puis la fille du directeur de l’école, Myriam Monsonego 8 ans, avant de blesser grièvement Aaron Bijaoui 15 ans, qui sera hospitalisé jusqu’au 12 avril suivant.

Jonathan, Arié, Gabriel, Myriam, Aaron. Des noms qui viennent s’ajouter à ceux d’Imad Ibn Ziaten 31 ans, Abel Chennouf 26 ans, Mohamed Legouad 24 ans et Loïc Liber 28 ans.

Chacun se souvient de l’ambiance qui régnait depuis le 13 mars autour de celui qu’on appelait alors « le tueur au scooter », et où il était quand il a appris la tuerie du 19 mars.  Pour ma part c’était dans la salle des profs du Lycée Stéphane Hessel de Jolimont, situé à 20 minutes à pied de l’école Ozar Hatorah, où j’étais alors enseignant stagiaire.

Ces tueries, dont personne n’avait compris au début qu’elles avaient débutées le 11 mars par l’assassinat à Toulouse d’Imad Ibn Ziaten, militaire d’origine marocaine, sont alors présentées médiatiquement comme un “obscur règlement de compte”. 

Cependant, lorsque survient l’assaut de Merah à Montauban conduisant à la mort des militaires Abel Chennouf et Mohamed Legouad, tous deux d’origine algérienne, et rendant Loïc Liber tétraplégique, un lien est fait entre les deux événements ciblant  des victimes exerçant la même profession.

En ville les discussions vont alors bon train. Chacun a sa théorie sur “le tueur au scooter” : déséquilibré, membre de l’extrême droite, la piste d’un terroriste islamiste n’est pas la plus avancée. Seuls quelques agents du renseignement territorial, peu écoutés et malmenés par les politiques de l’époque, songent sérieusement à cette possibilité. Une hypothèse avérée, lorsqu’après la troisième vague de tueries guidée par un antisémitisme crasse, l’étau se resserrera progressivement autour d’un membre identifié comme appartenant à la mouvance salafiste toulousaine : Mohamed Merah. 

Mohammed Merah? Tout sauf un « loup solitaire » comme décrit par certains à l’époque à des fins politiciennes, ainsi que le montre l’historien Jack Thomas dans son récent livre.


Les tueries de Mohammed Merah sont des attentats djihadistes, les premiers d’une longue série mortifère, qui passeront par ceux de « Charlie », où la ville rose a perdu Bernard Maris, à ceux du Bataclan, de Nice, l’assassinat de Samuel Paty et d’autres encore.

Mohamed Merah a choisi ses victimes parce que militaires représentants l’État Français, vu par lui comme des traîtres aux origines qu’il leur prêtait. Mohamed Merah a choisi ses victimes parce que juives, guidé par son anti-sémitisme abject, rappelant tant de souvenirs douloureux pour les personnes de confession juive qui ont eu tellement à souffrir dans l’Histoire de notre pays et de notre ville.

J’ai terminé mon stage au lycée Stéphane Hessel à la fin du mois mars 2012. J’ai eu mon concours de Professeur de Lettres Histoire-Géographie début juillet. Je suis parti en septembre dans le cadre d’un report de stage à Bamako pour le Droit Au Logement avec le réseau No-Vox. Il était question que j’aide pendant six mois à la mise en place d’un Forum des Mouvements Sociaux Ouest Africains. La guerre a éclaté. Au nord, les groupes djihadistes Ansar Dine, Aqmi, Mujao prenaient les villes une à une : Gao, Kidal, Tombouctou…

Il était devenu inconcevable dans ces circonstances de mettre en place ce Forum. Je suis donc resté à Bamako, quartier Niamakoro Sebougouni, dans les locaux de l’Union, grande association qui s’occupait aussi bien des « déguerpissements », des expropriations de terre, des aides domestiques. J’ai un peu aidé et surtout beaucoup appris. Notamment que dans les premières victimes de l’idéologie fondamentaliste, il y a toujours ceux jugés trop modérés : 80 % des victimes du djihadisme terroriste sont des musulmans. 

Je me remémore en écrivant ces lignes, d’une journée de décembre à Ségou, une fin d’après midi qui donne des reflets roses au fleuve Niger, où un vieil homme nous racontait son fils assassiné. C’était le père d’un des soldats maliens faits prisonniers puis exécutés par les jihadistes à Anguel’Hoc. Ces paroles ressemblaient à celles des parents des victimes de Merah, comme Latifa Ibn Ziaten ou Albert Chennouf-Meyer quelques mois auparavant. Des paroles qui cherchent à comprendre, des mots qui ne veulent pas se résigner, car c’est leur manière de faire leur deuil aussi bien en France qu’au Mali. 
En France, au Mali, en Syrie, en Afghanistan, ces morts au-delà des frontières sont nos morts à toutes et tous, notre histoire commune face à l’horreur.

Lorsque je suis rentré début 2013 à Toulouse, l’armée française venait d’arriver au Mali, elle allait y rester une décennie dans un conflit inextricable et y perdre 58 militaires. Comme un signe alors que l’armée a reçu l’ordre de se désengager du Mali, nous avons commencé ce 11 mars à commémorer les dix ans des attentats qui ont touché notre ville et notre pays. Une décennie d’attentats sur tous les continents ponctuée par des morts en France et dans de nombreux autres pays. Des morts de toutes origines dont il est de notre devoir d’honorer la mémoire, pour ne pas les oublier, et inlassablement comprendre les ressorts de la haine qui amènent des idéologies qui, sous prétexte de religion ou de politique, répandent la mort. 

C’est pourquoi, avec notre groupe d’élu.e.s nous proposerons un vœu au prochain Conseil Municipal de Toulouse afin de participer à ce travail de mémoire qui sans cesse doit nous rappeler que l’amour des siens, ce n’est pas la haine des autres.

Droits des femmes : du nom des rues aux droits réels.

« La plus ancienne et cruelle inégalité remonte à l’aube de l’humanité quand notre espèce a développé des croyances concernant le rôle des femmes et des hommes. Le plus souvent ce partage s’est fait au détriment des femmes. » Ainsi commence le chapitre sur l’égalité entre les femmes et les hommes du programme l’Avenir en commun de Jean-Luc Mélenchon. Cette semaine est sous le signe des droits des femmes.

Après la succès de la projection du film de Gilles Perret et François Ruffin Debout les Femmes à la Maison de Quartier de Bagatelle, le 8 mars aura lieu une forte mobilisation des mouvements féministes. La semaine se clôturera par la venue de trois députées insoumises Clémentine Autain, Sabine Rubin et Bénédicte Taurine pour le meeting du 11 mars à 19h30 salle Rancy.

Elles présenteront des mesures de notre programme l’Avenir en commun comme l’adoption d’une loi de lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes, avec, comme demandé par les associations, une allocation d’un fonds d’urgence d’un milliard d’euros, notamment en faveur de la formation et le développement de places d’hébergement. 

Cette mesure plébiscitée largement par les français selon une étude d’Harris Interactive en juillet 2021, tout comme celle instaurant des sanctions financières et pénales à l’encontre des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale femmes/hommes ou celle annonçant la mise en œuvre d’un plan de lutte contre le harcèlement sexiste et les agressions sexuelles dans les transports collectifs. Jean-Luc Mélenchon est revenu sur ces sujets à l’occasion d’un entretien au magazine Elle que je vous recommande de lire1.

Des mesures indispensables qui nous encouragent à œuvrer pour qu’un autre monde soit possible. 

Cette séquence est l’occasion pour moi de revenir sur le travail que nous avons entamé avec ma collègue Hélène Magdo au nom des autres élu.e.s de l’opposition sur les noms de rues. En effet nous siégeons tous deux à la Commission Dénominations de voies publiques (et oui ça existe !). Notre premier constat a été de découvrir qu’à Toulouse, comme sûrement dans de nombreuses autres villes, moins de 5 % des rues portent le nom d’une femme2.

Nous nous sommes alors fixés une règle : proposer au moins 3/4 de noms féminins parmi les noms que nous soumettons à chaque commission qui se réunit environ tous les 3 mois. 
Une position qui nous oblige à un travail de recherche et de recueil permanent, tant les femmes ont été les oubliées de la plupart de nos livres d’Histoire. Il faut saluer ici le travail salutaire de l’historienne Elerika Leroy sur la Résistance Toulousaine, entre autre sur celles qui firent figure de « petites mains » furent ô combien précieuses. 

Depuis notre arrivée au Conseil municipal, voici les noms qui ont été validés à la  Commission présidée par M. Jean-Michel Lattes dont il convient de saluer jusqu’ici l’ouverture d’esprit et la curiosité.


Angele Bettini Del Rio ( Résistante toulousaine d’origine espagnole)
Les Chemisières ( Groupe d’ouvrières toulousaines qui participèrent au lancement de l’industrie aéronautique à Toulouse)
Antoinette Duclaire (Journaliste haïtienne assassinée)
Mariella Franco ( Sociologue, militante LGBT et des droits humains assassinée au Brésil)
Cathy Granier (Enseignante toulousaine et militante pour les droits humains)
Clarissa Jean-Philippe (Policière assassinée par le terroriste Amedy Coulibaly)
Marta Lidia Ugarte Roman (Enseignante chilienne assassinée pendant la dictature de Pinochet)
Wangari Maathai ( Biologiste, militante écologiste kenyanne).
Clara Malraux ( Ecrivaine et Résistante à Toulouse)
Jeannine Messerli-Morice ( Décoratrice et Résistante toulousaine)
Anne Sylvestre (Chanteuse connue pour son engagement notamment vis à vis de la jeunesse)
Agathe Uwilingiyimana (Première ministre du Rwanda assassinée par les génocidaires Hutus)

Ce 7 mars, comme un symbole, une nouvelle commission Dénomination de Voies publiques aura lieu. Avec ma collègue, nous proposerons, comme à notre habitude, quatre noms de femmes, forcément ici en lien avec l’actualité brûlante de la guerre en Ukraine. Une manière de rendre hommage à celles qui, dans un passé plus lointain ou récent, tinrent tête à l’impérialisme qu’il ait des relents nazi, autocratique comme celui de Vladimir Poutine ou islamiste comme celui de Daesh que combattirent en première ligne les kurdes avant d’être lâchées par les puissances occidentales.

Voici quatre noms, quatre histoires à retenir, qui font partie de notre grande Histoire :

Lioudmila Pavlitchenko ( 12/07/1916-10/10/1974)
Née à Bila Tserkva (région de Kyiv) le 12/07/1916 – 10/10/1974 à Moscou
Lioudmila Pavlitchenko s’installe à Kyiv avec sa famille à l’âge de 14 ans. Elle s’inscrit dans un club de tir et devient une tireuse d’élite, tout en travaillant comme ouvrière à l’usine Arsenal de Kyiv. 
En juin 1941 alors qu’elle étudie l’histoire à l’Université de Kyiv, l’Allemagne nazie commence à envahir le territoire soviétique, elle est parmi les premières volontaires à se présenter au bureau de recrutement. Elle est affectée à la 25e Division d’infanterie de l’Armée Rouge.
Elle y devient l’une des 2 000 femmes tireuses d’élite de l’Armée rouge.
Pavlitchenko combat pendant deux mois et demi près d’Odessa, elle est considérée comme une des meilleures tireuses d’élite de la Seconde Guerre Mondiale. En juin 1942  Pavlitchenko est blessée par un tir de mortier. En raison de sa célébrité croissante, elle est retirée du front moins d’un mois après son rétablissement. 
En septembre 1942 elle est envoyée au Canada et aux Etats-Unis et est reçue à la Maison-Blanche par le président Rossevelt  devenant la première citoyenne soviétique à être reçue par un président des Etats-Unis.
Après la guerre, elle achève ses études à l’Université de Kiev et commence une carrière d’historienne. Elle s’occupe ensuite activement du Comité soviétique des vétérans de guerre. 

Amina Oukouïeva (5/06/1983 – 30/10/2017)
Amina Okouïeva est un des visages symboliques aussi bien de l’Euromaïdan (manifestations pro-européennes en Ukraine entre novembre 2013 et février 2014), auquel elle a participé, que des combats contre les séparatistes et les forces russes dans le Donbass. 
Elle est née le 5 juin 1983 à Odessa. Par la suite, elle a vécu à Moscou et Grozny, avant de rentrer dans sa ville natale pendant la seconde guerre de Tchétchénie. Elle est devenue chirurgienne après des études à la faculté de médecine d’Odessa. Avec son époux Adam, lui-même réfugié en Ukraine pour fuir les services spéciaux russes et les agents de Kadyrov, elle milite en faveur de la libération de l’Itchkérie (nom donné à la Tchétchénie par les indépendantistes tchétchènes) et prend une part active à la vie de la diaspora tchétchène .
Elle a été tuée dans une embuscade le 30 octobre 2017, en banlieue de Kiev.


Anastasia Babourova (30/11/1983-19/01/2009)

Née le 30 novembre 1983 à Sebastopol et morte assassinée le 19 janvier 2009 à Moscou, Anastasia Babourova est une journaliste ukrainienne qui a travaillé pour le journal russe Novaïa Gazeta. 
Elle a mené en tant que membre d’Autonomous Action (un groupe anarchiste russe) des investigations sur les groupes néo-nazis et leur montée en puissance. Elle milite également au sein d’une association écologiste.  Le 19 janvier 2009, elle reçoit un coup de feu à la tête en même temps que l’avocat défenseur des droits de l’homme Stanislav Markelov. Amenée à l’hôpital, elle y décède quelques heures plus tard, devenant ainsi la quatrième journaliste de Novaïa Gazeta à être assassinée depuis 2000. L’ultranationaliste russe, Nikita Tikhonov, 31 ans, a été condamné à la peine maximale requise par le procureur pour le double meurtre. 


Barin Kobané ( 1995- 2/02/2018)

Barîn Kobanê, de son vrai nom Amina Omar, âgée de 23 ans, est une combattante kurde des YPJ, Unité de protection de la femme, organisation militaire composée exclusivement de femmes et faisant partie des YPG, Unités de protection des peuples . Elle est également membre du Parti de l’Union Démocratique (PYD). Elle s’engage dans les YPJ en 2015 en réaction aux massacres de Sinjar commis par l’ Etat Islamique contre la communauté yézidie en 2014. 
De 2015 à 2017, elle participe à plusieurs combats contre l’État islamique, notamment la bataille de Kobané et la bataille de Raqqa.  
Le 20 janvier 2018, l’armée turque lance une offensive pour prendre le contrôle de la ville d’Afrine dans l’enclave libre et autogérée du Rojava (Kurdistan syrien). YPJ, indique que « Barin et trois autres compagnes de combat ont refusé de reculer malgré les ordres donnés en ce sens et ont poursuivi le combat jusqu’au martyre ». Son corps dénudé et mutillé est retrouvé le 30 janvier. Les YPJ confirment sa mort ainsi que celle de trois autres combattantes des YPG. 


1https://www.elle.fr/Societe/News/Jean-Luc-Melenchon-face-a-ELLE-A-16-ou-17-ans-j-ai-ete-au-moins-aussi-grossier-que-Mila-4002346
2https://www.mediacites.fr/enquete/toulouse/2020/12/07/moins-dune-rue-sur-vingt-porte-un-nom-de-femme-a-toulouse/

Solidaires de Toulouse à Kiev

Cette semaine, comment ne pas parler de la guerre en Ukraine lancée par Vladimir Poutine? Je n’ajouterai pas ici une analyse aux nombreuses déjà émises un peu partout dans le flot des réseaux sociaux. 

En tant qu’élu municipal de la ville de Toulouse, ville jumelée à Kiev depuis 1975, j’ai une pensée particulière pour le peuple ukrainien dans son ensemble, les Kiéviennes et Kiéviens, ainsi que pour les manifestant.e.s russes qui ont le courage de sortir dans la rue pour dire non à la guerre.

Cette période de trouble géopolitique nous oblige à consulter les pages sombres de nos histoires, et celles et ceux qui firent figure d’étincelle dans la glace de la surenchère guerrière. Je vous mets ici le lien du dernier discours de Jean Jaurès, le 25 juilllet 1914: https://www.humanite.fr/sites/default/files/legacy/doc1jeanjaures.pdf

Dans les moments de crise il faut savoir faire appel à sa mémoire pour puiser les racines de solutions possibles par le haut.

Pour le reste, je relaie ici le texte écrit collectivement et lu par ma collègue conseillère municipale Agathe Roby, lors du rassemblement de ce vendredi 25 février, à l’appel des associations et syndicats, au nom de l’Union Populaire qui expose notre position et nos propositions à ce stade.
    
 “Nos premiers mots vont au peuple ukrainien victime de l’invasion militaire brutale et meurtrière de la Russie. La France insoumise et l’Union Populaire condamnent fermement l’invasion russe et plaident pour que les étapes nécessaires à une désescalade soient mises en place.


Une pensée particulière aux habitantes et habitants de Kiev. Vous savez sans doute que notre ville est jumelée avec la capitale de l’Ukraine depuis 1975. En tant que conseiller.es municipaux toulousains, nous adressons toute notre solidarité et notre soutien au maire de Kiev, Vitali Klitschko. Nous appelons de nos vœux la mise en place d’une aide humanitaire et l’accueil des réfugié.es ukrainiennes et ukrainiens à Toulouse au titre de ce jumelage. Comme pour toutes les victimes de conflits et de catastrophes climatiques, des propositions de solidarité doivent être mises en place le plus rapidement possible.


Une pensée aussi à toutes et tous les Russes qui se sont rassemblé.es pour dire non à la guerre. Nous savons le courage qu’il faut pour manifester contre la politique du Kremlin et nous savons la répression à laquelle les mouvements d’opposition russes s’exposent face à l’autocrate Poutine. Nos camarades du Front de Gauche dont M.Serguei Oudalstov en ont payé le prix par de nombreuses années de prison.

Tout doit être fait pour obtenir un cessez-le-feu dans les plus brefs délais pour faire cesser les souffrances et l’exil des populations civiles. Sauf à la guerre totale, il n’existe pas d’alternative à la voie diplomatique. Il faut donc créer les conditions d’une désescalade, qui passe par un cessez-le-feu, un retrait des troupes russes du territoire ukrainien et la sécurisation des 16 sites nucléaires, dont Tchernobyl. 

La France, par son histoire et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, est l’une des seules puissances à pouvoir œuvrer en ce sens comme elle l’a fait en 2003 lors de la guerre d’Irak. Le président ukrainien a fait preuve de courage en évoquant la possibilité de la neutralité de l’Ukraine si des garanties de sécurité sont fournies à son pays.

C’est le sens de la proposition faite par Jean-Luc Mélenchon et l’Union Populaire de la tenue d’une conférence sur les frontières dans le cadre de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). La France doit être force de proposition diplomatique. La solution ne peut en aucun cas être celle d’un affrontement armé entre puissances nucléaires. Cela exposerait l’Europe et le monde à des conséquences incommensurables.

L’Europe  a été le berceau de deux guerres mondiales. Œuvrons tous ensemble pour que la 3ème soit évitée. Vive la Paix ! La paix entre les peuples doit être le but ultime de toute action humaine. Elle doit rester notre boussole. Et la France se doit d’en être la garante.  À nous aussi, peuple français, de nous en mêler en descendant massivement dans la rue pour réclamer la paix.”

Billet Violette: du Conseil de Classe au Conseil Municipal

A l’occasion de la campagne présidentielle, je reprends le fil des billets Violette pour revenir sur les moments forts et sur les actualités locales

La semaine écoulée a été chargée, c’est le moins que l’on puisse dire !

Le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre et la galère des jeunes

Profitant du départ en stage d’une de mes classes, j’ai pu me rendre à Paris mardi soir afin d’assister le lendemain à la présentation du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre avec William Martinet, le co-rapporteur du Plan Zéro Sans-Abris de l’Union Populaire. Et c’est un sévère bilan pour Macron que nous avons dressé ! A commencer par sa promesse en 2017 qu’il n’y aurait « plus personne dans la rue d’ici la fin de l’année ».  Une promesse loin d’être tenue. On compte aujourd’hui deux fois plus de personnes SDF qu’il y a dix ans et chaque soir, dans notre pays, 3 800 personnes à la rue contactent le 115, numéro d’urgence sociale, sans qu’aucune proposition d’hébergement ne leur soit faite.

Qui a oublié également que dès le premier été de son mandat, Emmanuel Macron a coupé les aides personnalisées au logements (APL) de 5 euros  et les a gelées ? Certes, il a demandé aux offices HLM de compenser ces coupes avec la fameuse Réduction Loyer Solidarité (RLS) et cela a eu pour conséquence de freiner la construction de nouveaux logements, la réhabilitation de leur parc et leur service aux locataires. Ce bilan détaillé a été suivi par des témoignages poignants de jeunes, exposés particulièrement au mal-logement obligés de retourner vivre chez leurs parents. 

Le lendemain jeudi, Place du Capitole, au côté des animatrices et animateurs de la ville de Toulouse, qui se sont vus privés de 300 euros sur leur salaire suite à une erreur kafkaïenne de la Mairie, je ne pouvais que repenser à ces paroles. Ces jeunes qui assurent le bien être de nos pitchounes au quotidien dans les écoles de la ville, qui sont en première ligne face à la crise Covid ont vu leurs conditions de travail dégradées avec le passage du taux d’encadrement de 14 enfants par animateurs à 18, subissant une nouvelle injustice de la part de la Mairie dans un contexte de précarité accrue.

Voilà la double dose du Macronisme que subissent les habitantes et habitants de Toulouse. Et les mots de Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting ce jeudi résonnent ici : « la violence de leur monde ».

Oui, nous ne pouvons que souhaiter la fin de leur monde comme le rappait IAM, a fortiori lorsque sont exposées par la Fondation Abbé Pierre toutes ces situations de violence : celles que subissent les réfugié.e.s à Calais, sous les ponts des grandes villes et celle, à Toulouse, de la menace d’expulsion qui plane au dessus de la tête des  « jeunes mineur.e.s isolé.e.s » qui vivent dans la résidence des Tourelles. Les associations dont Médecin du Monde l’ont déjà dénoncé, et avec le groupe municipal AMC nous y sommes particulièrement vigilants.


Jean-Luc Mélenchon, mention très bien pour le grand oral sur le logement

Mercredi, après les témoignages, c’est l’exercice du grand oral qui attendait les candidates et candidats à la présidentielle devant le public présent. Dans l’ordre Fabien Roussel, Christiane Taubira, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Aurélien Pradié qui représentait Valérie Pécresse. Il leur faut faire face de surcroît aux questions de Christophe Robert et Manuel Domergue respectivement Directeur Général et Directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, et d’Anne-Sophie Lapix présente pour l’occasion. 

La plupart des candidat.e.s s’en sortent de manière plus ou moins convaincante comme Fabien Roussel, Anne Hidalgo et Yannick Jadot. Beaucoup plus compliqué pour Christiane Taubira,, qui va se prendre les pieds dans le tapis sur de nombreux sujets. On ne peut pas tricher ou s’en sortir par de la simple éloquence sur des questions aussi techniques que le logement face à des interlocuteurs avertis, résultat: cette fois le Conseil de classe ne s’est pas laissé dupé et a donné la mention “flou” à Mme Taubira.

On notera l’intervention d’Aurélien Pradié face à un public non acquis qui, malgré quelques approximations, a eu le mérite d’assumer la ligne de droite de sa candidate sans louvoyer. Une proposition intéressante de sa part: donner plus de marge aux maires des communes pour réquisitionner les logements et bâtiments vacants et un constat sur la financiarisation du logement qu’il avouera partager avec notre candidat: Jean-Luc Mélenchon.

Nous avons justement accueilli Jean-Luc Mélenchon avec son équipe, et accessoirement l’équipe de Quotidien qui a collé JLM dans tous les couloirs du Palais des Congrès. Quelques échanges sur des points du programme avant l’entrée sur scène où JLM s’est montré dès les premières minutes à l’aise et sûr de son analyse, en n’y allant pas par quatre chemins pour dénoncer la marchandisation du logement et sa volonté de mener cette bataille. Finalement JLM a été le seul à rappeler que la question de l’accès au logement est aussi une lutte des classes et des places face au capitalisme financiarisé.

Il a ensuite déroulé les propositions de notre Plan Zéro Sans-Abris et du Livret Logement publiés le même jour. Deux documents, fruit d’un travail qu’il convient de saluer de la part de l’équipe logement de l’Union Populaire, chiffrés, détaillés que je ne peux que vous recommander. Après ce franc succès, les membres de l’équipe ont pu échanger avec des représentants de la Fédération des Acteurs de la Solidarité et du Droit Au Logement (DAL) qui s’ils ont émis des remarques légitimes sur nos travaux ont insisté sur le sérieux des propositions et la qualité de réflexion des livrets programmatiques.

L’occasion pour moi de revoir Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole historique du DAL et compagnon de route de l’Abbé Pierre, au côté duquel j’ai eu la chance d’apprendre énormément pendant mes dix années passées dans cette association.

Jean-Luc Moudenc assure le service après vente de « Don’t look up »

Sur cette journée réussie, j’ai rejoint la Gare d’Austerlitz pour prendre un train de nuit afin de donner mes cours à mes Première en début de matinée, avant d’enchaîner avec une conférence de presse pour le groupe Alternative municipale citoyenne (AMC ) menée avec Agathe Roby et appuyée par nos collaboratrices Arianne et Léandra.

Au menu, l’Enquête Publique de la troisième ligne de métro, dite TAE Toulouse Aéro Express, qui sera le point central des Conseils municipaux et métropolitains ces mardi 8 et ce jeudi 10 février. 

On peut dire que ce document public ressemble à tous ceux publiés depuis le début de mandat : à contre sens du point de vue climatique. Un Plan de Développement Urbain (PDU) annulé, un Plan Local d’Urbanisme (PLUIH) proche du même sort car trop consommateur d’espaces naturels, un Plan Climat (PCAET) en dessous de toutes les ambitions nationales et internationales. 

Voici désormais une enquête publique qui sous estime largement les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) de la future troisième ligne de métro, selon plusieurs contributions d’associations dont celle remarquable des Faiseurs de Ville

En effet l’enquête prend des hypothèses exagérément optimistes sur les émissions dues au transport et sur les distances parcourues pour l’évacuation des déblais. L’association Faiseurs de Ville estime notamment que ce sont près de 413 000 tonnes de CO2e qui vont être émises lors de la construction, soit un chiffre 2,5 fois plus élevé que celui du dossier soumis à l’enquête publique. Il en va de même sur les déplacements en voiture que permettrait d’éviter cette troisième ligne, là Tisseo s’emmêle les pinceaux en exposant deux chiffres différents allant du simple au double : -531 000 km/jour dans l’enquête environnementale contre – 250 000 km/jour annoncé sur le site de Tisseo.

Force est de constater qu’à ce jour la construction de la troisième ligne de métro aggrave à ce stade les émissions de Gaz à Effet de Serre sur la métropole toulousaine et contrevient à l’objectif de réduction de 44 % de celles émises par les  transports de l’agglomération à l’horizon 2030 tel qu’inscrit dans le Plan Climat (PCAET). 

Avec le groupe AMC, nous demandons donc des chiffrages corrigés et un Plan de Développement Urbain de toute urgence avec la participation des  habitants et associations, pour répondre aux objectifs du Plan Climat ainsi qu’aux objectifs nationaux et internationaux. 

Un Plan Climat lui même sous-dimensionné comme l’a montré la présentation de son bilan de mi-parcours le 20 janvier dernier : une trajectoire de –9% de réduction de gaz à effets de serre (GES) au lieu de l’objectif de –40%, cela alors même que la Commission Européenne a adopté un objectif de -55% qui va être décliné pour la France sous peu. Une trajectoire médiocre dont M. Moudenc compte faire peser sur les habitant.e.s qui sont priés d'acheter une voiture électrique dès le 1er janvier 2023 à cause de la non anticipation par la métropole du déploiement de la ZFE .

De notre côté, avec les élu.e.s du groupe AMC au Conseil municipal, nous continuerons à inciter M. Moudenc à sortir de l’impasse de son « don’t look up » pour mettre en place un Plan de mobilités en accord avec les objectifs climat et inscrire le projet de troisième ligne dans ce cadre. D’ici là, nous proposerons de ne pas lancer le projet en intégralité mais par tronçons, pour se laisser une marge de manœuvre pour développer le RER toulousain qui aura pour atout de desservir équitablement tous les territoires de la métropole. Nous nous efforcerons une nouvelle fois de réconcilier M. Moudenc et sa majorité avec les deux mots qui lui font cruellement défaut : anticipation et planification. 


Une fin de semaine avec deux meetings marquants en Occitanie

La planification écologique est justement l’un des axes de campagne que nous défendons avec l’Union Populaire et qui, n’en doutons pas, sera mise en avant lors des meetings qui s’annoncent.  A commencer par celui de vendredi prochain au Palais des sports de Toulouse avec Manuel Bompard, Mathilde Panot et Adrien Quatennens. 


Autre temps fort de la mobilisation toulousaine que nous faisons vivre depuis plusieurs mois, des milliers de portes toquées afin d’accompagner les habitants mal ou non inscrits sur les listes électorales dans leurs démarches d’ici le 4 mars.

Rappelons-le, ils représentent en France plus de 13 millions de personnes sur les 48 millions d’électeurs!  
Partout nous constatons que nous sommes en dynamique. Ainsi lors  de la dernière réunion des militant.es de notre circonscription, pas moins d’une cinquantaine de personnes étaient présentes dont énormément de nouveaux visages. Malgré les zones de turbulence, le plan de vol se déroule sans accrocs et le meeting de Montpellier de Jean-Luc Mélenchon ce 13 février devrait marquer une nouvelle étape de campagne après ceux de Nantes, Strasbourg, Bordeaux et Tours. 

Appelle ta rue Episode #3

Demain se tient la Commission Dénomination de voie à la mairie. L’occasion de poursuivre notre travail de féminisation des noms de rue.

En ce sens nous devrions aller dans le bon sens en validant les noms de rues suivants, dont celui de Clarissa Jean-Philippe, victime des attentats terroristes de 2015 que nous avions proposé en début de mandat.

Voici les noms qui devraient être validés demain :

Angélique-Marguerite Le Boursier Du Coudray , sage-femme, 1712-1794

Amparo Poch Y Gascon, médecin, militante féministe, 1902-1968

Simone Iff, militante féministe, 1924-2014

Anne Lister, pyrénéiste, 1791-1840

Clarissa Jean-Philippe, victime du terrorisme, 1988-2015

Nous soumettrons aussi de nouveaux noms avec ma collègue Hélène Magdo  :

Jeanine Messerli-Morisse née en 1921 à Auch. Elle devient résistante le 18 juin 1940, jour de l’appel du général de Gaulle, sous le nom de ‘Niquou’. Membre du réseau Prunus, elle est dénoncée en 1943 et forcée à se cacher successivement dans plusieurs petits villages du Gers, jusqu’à son arrestation par la Gestapo. Elle est alors emprisonnée dans la prison de Furgole à Toulouse puis dans la prison de Fresnes, puis déportée dans le camp de Ravensbrück en Allemagne. Pendant de nombreuses années, Jeanine Messerli a continué de témoigner, toujours avec douceur mais conviction, aux élèves en visite au Musée départemental de la Résistance & de la Déportation.

Hassan Jandoubi (1er Mars 1966-21 septembre 2001) . Ouvrier chez AZF, Hassan Jandoubi est une des 31 victimes de l’explosion d’AZFIl a été accusé de manière injuste par certains protagonistes d’AZF dont les avocats de Total d’être responsable de l’explosion et assimilé à un terroriste islamiste. De par ses origines et sa religion pré-supposée certains ont tenté d’en faire un bouc-émissaire. Une double peine pour ses proches, sa famille et sa compagne, qui en plus de perdre l’un des leurs ont vu sa mémoire et son nom salis. Pour cette raison et ne pas oublier qu’en toute circonstance historique des personnes servent de boucs-émissaires lorsque des événements extra-ordinaires et meurtriers surviennent , nous proposons qu’une rue porte le nom d’Hassan Jandoubi.

Antoinette Duclaire, était une militante féministe, activiste politique et journaliste haïtienne née le 31 octobre 1987 et assassinée dans la nuit du 29 au 30 juin 2021 à Port-au-Prince. 

Elle a étudié l’anthropo-sociologie et débutait des étude en sciences juridiques à la Faculté de droit et de sciences économiques. Elle travaillait comme consultante dans plusieurs institutions et collaborait à la Radio Télé Pacific et animatrice de l’émission Ti Bat Bouch sur la Radio Sans Frontière/RSF. Membre de plusieurs associations telles que Matris Liberasyon, Nou Pap Dòmi, Solidarité des femmes haïtiennes journalistes (SOFEHJ), Solidarité actives à la lutte des consommateurs haïtiens (SALCONH). Elle était aussi cofondatrice et PDG d’un jeune média en ligne, La Repiblik Magazine12 et membre de la coordination du groupe RADI

Âgés de 33 ans, les journalistes Diego Charles et Antoinette Duclaire ont été abattus dans la nuit de mardi 29 à mercredi 30 juin 2021 par des individus armés, Selon un communiqué du Réseau national de défense des droits humains, elle a reçu sept balles.

Anarcha, Betsy et Lucy, esclaves noires torturées pour donner naissance à la gynécologie moderne.

On ne sait rien d’elles, à part leurs prénoms. Ces 3 femmes sont les seules dont les prénoms sont parvenus jusqu’à nous sur la douzaine d’esclaves noires qui ont été utilisées comme cobayes par un des “pères” de la gynécologie : J Marion Sims (1813-1883).

Anarcha a subi plus de 30 chirurgies extrêmement douloureuses, sans considération, sans prise en compte de sa souffrance.

Betsy et Lucy elles aussi ont été mutilées et torturées, et avec elles une dizaine d’autres esclaves noires.

Ce chirurgien est resté dans l’histoire. Il a eu des statues à son effigie. Il était riche et célèbre, son nom est associé à un outil de gynécologie.

Ses victimes, ses cobayes, elles, n’ont jamais eu droit à la moindre reconnaissance.

Au nom de toutes ces esclaves, en reconnaissance de leur torture, de leur souffrance, et du progrès qui a été fait à leur corps défendant, nous proposons qu’un hommage leur soit rendu en baptisant une rue de Toulouse de leurs noms.

Logement: A Toulouse, les raisons de la galère

Où il est question d’artificialisation des sols, du logement social dévoyé, du refus de maîtriser les prix des loyers, de La Grave, de la Garonne, du Mirail, de mixité sociale.

Ce 14 octobre 2021 se tenait le Conseil Métropolitain de rentrée dont le programme fut chargé : transports, écologie, stratégie foncière, culture… Nous vous proposons ici de nous arrêter sur un des chapitres, et pas des moindres, concernant le « Pacte pour l’Habitat » pour comprendre comment les choix politiques ont des répercussions sur la vie des habitant.e.s de la Métropole.

Ce Pacte a été mis en place suite à l’annulation du PLUI-H (Plan Local d’Urbanisme Intercommunal de l’Habitat). Une annulation qui fait écho à celle d’un autre document structurant pour les politiques à l’échelle de la métropole, singulièrement en matière de transport : le PDU (Plan de Développement Urbain).

Le PLUI-H régit les règlemente l’urbanisme dans les 37 communes et les 46 000 hectares de la Métropole. C’est lui qui donne aussi les grandes impulsions en matière d’Habitat. Il est donc important pour déterminer les moyens mis en place afin de faire en sorte que chacun, quelque soit ses revenus par exemple, puisse trouver à se loger.

Son annulation alors qu’il avait été adopté en avril 2019 a été vécue comme un coup de tonnerre, y compris par le Maire de Toulouse et Président de Toulouse Métropole, Jean-Luc Moudenc, qui a même dénoncé « une décision qui piétine la volonté du peuple » de la part du Tribunal1, rien que ça. Pourtant dans ce PLUI-H, une partie dudit peuple était mise de côté, nous y reviendrons. Il est notable par ailleurs que si le PLUI-H a été annulé c’est raison de sa mauvaise copie écologique. Particulièrement car il ne modérerait pas suffisamment la consommation des espaces naturels agricoles et forestiers, et ne contrôlerait pas suffisamment l’étalement urbain à l’échelle de la Métropole2.

La récente inauguration du nouveau Parc des Expos, le MEET, est un bon exemple de cette artificialisation débordante des sols avec pas moins de 700 000 m3 de terre déplacées, soit l’équivalent d’un an de terrassement sur toute l’agglomération toulousaine et l’utilisation de 9 000 camions toupies qui ont déversé des tonnes de béton3.

Tout cela pour un résultat qui si on en croit les observateurs extérieurs s’avère surdimensionné4, périmé5 et surtout très énergivore puisque les promoteurs vont bientôt encore artificialiser 25 000 hectares autour du MEET6.

Des qualificatifs que les premiers usagers ont pu constater comme en atteste le témoignage éloquent d’une exposante paru récemment dans un journal local : « Ce que je ne comprends pas, poursuit-elle, c’est que le stationnement soit payant, alors que le Parc-Expos a été justement construit à l’extérieur de Toulouse sur un site immense et que l’on est obligé de prendre sa voiture pour s’y rendre quand on n’habite pas dans un endroit desservi par les transports en commun. Et le comble, c’est que jeudi, c’était le salon des demandeurs d’emploi qui en ont été de leur poche. Ce n’est pas très cohérent »7.

S’il était concevable de souhaiter un autre Parc des Expositions pour la métropole toulousaine, celui-ci ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Pourtant c’est pas moins de 310 millions d’euros d’argent public qui y ont été dépensé, dont 200 de la Métropole, qui aurait pu être investis dans la construction de logement social par exemple, ou encore dans la rénovation thermique et phonique des logements comme nous le verrons plus bas.

Avec le MEET nous avons l’exemple concret d’un aménagement qui entre dans le cadre des reproches mentionnés par le Tribunal pour motiver sa décision d’annuler le PLUI-H. Même si un appel est en cours devant la Cour Administrative de Bordeaux, il est très incertain qu’il aboutisse. Il fallait donc pour la Métropole rectifier le tir autant que cela soit possible en proposant un nouveau document cadre avec ce « Pacte pour l’Habitat » afin de donner des orientations, qui ne font pas office d’engagements, aux 37 communes.

Dès lors on pouvait espérer que ce Pacte répare les erreurs qui avaient été commises par le passé notamment en matière de logement social. En effet, si l’on peut se satisfaire que sur l’objectif de 7 000 logements construits par an, 35 % de logement doivent être sociaux, il faut rappeler que c’est tout simplement car beaucoup de communes doivent rattraper leur retard sur les lois SRU et Alur qui impliquent de disposer de 25 % de logements sociaux à l’horizon 2025.

Or le logement social a été utilisé, et nous verrons qu’il l’est et le sera encore, par Toulouse Métropole non pas comme un moyen de donner un logement à celles et ceux qui en ont le plus besoin, mais pour créer un nœud d’engorgement notamment sur Toulouse et permettre la gentrification de la ville rose voulue par M. Moudenc.

Pour bien saisir la situation il faut avoir en tête que suite aux réformes successives du logement social, il existe aujourd’hui trois grands types de logements sociaux selon les ressources des demandeurs : PLAI, PLUS, PLS. Voici comment est défini chacun par le groupe Action Logement par exemple :

PLAI : Le logement PLAI permet aux personnes rencontrant des difficultés économiques et sociales de se loger. 

PLUS : Dispositif le plus majoritairement utilisé par les bailleurs sociaux, le logement PLUS répond à l’objectif de mixité sociale.

PLS : Le logement intermédiaire est principalement destiné aux classes moyennes, il est attribué aux familles dont les revenus sont trop élevés pour pouvoir accéder aux locations HLM, mais trop bas pour pouvoir se loger dans le secteur privé.

Voici un tableau qui indique les seuils de ressources annuelles dans les autres régions que l’Ile-De France (avec les quatre premières catégorie de ménages sur les sept existantes).

 

PLAI

PLUS

PLS

1 personne seule

11 531

20 966

27 256

2 personnes sans personne à charge à l’exclusion des jeunes ménages ou une 1 personne seule en situation de handicap

16 800

27 998

36 397

3 personnes ou 1 personne seule + 1 à charge ou jeune ménage  sans personne à charge ou 2 personnes dont au moins 1 en situation de handicap

20 203

33 670

43 771

4 personnes ou 1 personne seule + 2 à charge ou 3 personnes dont au moins 1 en situation de handicap

22 479

40 648

52 842

Une fois ces données intégrées il conviendrait donc que la puissance publique produise les typologies de logements sociaux selon les ressources de demandeurs. Hélas c’est tout le contraire qui se produit sciemment de la part de Toulouse Métropole comme cela fut montré dans un rapport que nous avions publié avec le Droit Au Logement 31 en étudiant les chiffres communiqués8. Ainsi en 2017, 29 000 demandes de logement social étaient en cours, le tableau ci-dessous montre le pourcentage de demandeurs selon les ressources et l’offre qui est alors proposée :

 

PLAI

PLUS

PLS

Pourcentage de demandeurs éligibles

75 %

20 %

5 %

Production de Logements sociaux

29 %

50 %

21 %

Ce décalage voulu entre la demande et l’offre montre de manière limpide comment plus vous êtes pauvres et demandeur de logement social, moins vous avez de chance paradoxalement d’y accéder.

Le manque de logements très sociaux (PLAI) est d’ailleurs reconnu dans le nouveau « Pacte d’Habitat » et suite aux nombreuses interpellations, on note que la Métropole fait un petit pas en demandant à ce que désormais l’offre en logements très sociaux passe de 30 à 40 %.

Cela reste néanmoins très loin de la demande, au contraire l’offre en logements très sociaux aurait dû être d’autant plus importante et volontariste, que la demande en logements sociaux a explosé de 31 % en moins de 5 ans pour passer à 38 000 demandeurs sur Toulouse Métropole. A titre de comparaison, la demande nationale a augmenté elle de 20 % en 8 ans9. Nous sommes donc dans le rouge, et cette forte demande s’explique aussi par la volonté de ne pas encadrer les loyers, nous y reviendrons.

Avant cela, faisons un gros plan sur une récente opération immobilière qui montre que les objectifs affichés par le « Pacte d’Habitat » ne résistent pas aux actes concrets :parlons de La Grave. Ce site exceptionnel situé dans le quartier de Saint-Cyprien, avec une Histoire de solidarité et d’hospitalité liée aux réfugié-e-s de la Retirada, est depuis quelques mois en travaux pour accueillir une résidence de luxe signé par une société immobilière incontournable à Toulouse : Kaufmann and Broad. Cette résidence se construit sur les ruines de l’ancien Institut Claudius Regaud, destiné aux personnes souffrant du cancer, qui était un bâtiment hospitalier récent, viable, détruit en pleine crise sanitaire, après que le CHU, dont M. Moudenc est le président du Conseil de Surveillance, l’ait bradé au promoteur.

Y sont annoncés des duplexs à 1,6 millions d’euros avec vue sur le dôme de La Grave et sur la Garonne ainsi qu’un hôtel de luxe10. Les associations de santé, d’habitants, pour le droit au logement se mobilisant contre le projet qui participe à la gentrification en cours du quartier Saint-Cyprien, la Mairie s’est vue contrainte d’annoncer qu’il y aurait également du logement social dans le programme immobilier, sans que l’on sache pendant longtemps quels types de logements sociaux devaient y être produits.

Un récent article de La Dépêche met fin au suspense et nous apprend récemment que c’est finalement pas moins de 113 logement sociaux sur les 226 appartements prévus11. Miracle se dit-on, enfin une politique volontariste en matière de logement social et de mixité sociale dans un quartier de plus en plus cher. Hélas l’étude sérieuse des chiffres dégonfle cette annonce. Voici les chiffres que nous nous sommes procurés après une question à l’Adjoint au Logement de Toulouse, M. Serp :

Dès le départ nous apprenons que sur les 113 logements sociaux il faut déjà en retirer 27 qui sont en réalité en accession à la propriété directe.

Il nous en reste donc 86 dont voici la répartition :

 Bailleurs sociaux

PLS en Usufruit Locatif Social

PLS

PLAI

Promologis

33

11

0

Touloulouse Métropole Habitat

22

14

6

 Sur cet ensemble de 55 sont donc prévus en « Usufruit Locatif Social ». L’Usufruit Locatif Social qu’est ce que c’est ? C’est le même dispositif qui a été choisi par la Métropole pour brader il y a quelques années le bâtiment Fidelio de 5 500 m² en plein centre ville à Adim, une filiale de Vinci12.

C’est un dispositif qui repose sur le principe du démembrement temporaire de propriété sur une période de 15 à 20 ans. Un investisseur acquiert la nue-propriété d’un bien à un prix décoté, tandis que son usufruit est cédé à un bailleur institutionnel. La pleine propriété se reconstitue sans formalités ni frais au terme du contrat. L’investisseur peut dès lors vendre, louer ou occuper son bien.

Le site « Chasseur d’Immo » nous expliquait en 2016 les avantages pour les investisseurs : « c’est  un des outils de défiscalisation les plus intéressants, Si l’investisseur est de plus concerné par l’ISF, il peut y soustraire cet appartement, sans oublier l’exonération de la taxe foncière. On peut obtenir un décote du prix de l’appartement allant jusqu’à 40 %. En cas de revente, l’impôt sur la plus-value sera amorti grâce à cette décote et la TVA fixée à 5,5 %. Cet outil de défiscalisation offre de nombreux autres avantages économiques comme le déchargement du propriétaire dans tout ce qui est relatif à la gestion courante de l’appartement : remise en l’état (même à la fin de l’usufruit), entretien ou encore recherche de futurs locataires. »13

Bref, 55 logements annoncés comme sociaux tomberont, on le comprend aisément, dans l’escarcelle du marché privé et de la spéculation locative d’ici 15 ou 20 ans (nous n’avons d’ailleurs à cette heure toujours pas eu de réponses sur la durée des conventions).

Reste donc 31 logements pouvant être encore qualifiés de sociaux, soit 13 % du parc des 226 appartements, deux fois moins que les 25 % d’objectif de la loi SRU. Ce manque de logements sociaux sur ce programme devra donc être compensé ailleurs à l’avenir.

Penchons nous maintenant sur leur typologie, en admettant d’intégrer les logements prévus en « PLS usufruit locatif social », soit au total 86 logements, sachant que la demande n’a pas évolué aux dernières nouvelles (nous avons demandé les chiffres récents à la Commission Habitat non communiqués à cette heure).

 

PLAI

PLUS

PLS et PLS usufruit Social

Demandeurs

75 %

20 %

5 %

Offre

7 % (6 logements)

0 %

93 % (80 logements)

On a ici un exemple éloquent de comment les typologies de logement sociaux sont utilisées pour éliminer les demandeurs les plus pauvres. Il est d’ailleurs étonnant que l’on ne compte aucun logement en PLUS dans le programme, et révélateur que seulement 7 % des logements proposés soient du PLAI (logement très social) alors que la demande est de 75 % et que le récent « Pacte pour l’Habitat » annonce vouloir porter l’offre de ce type de logement à 40 %.

Il est également à noter qu’aucune garantie n’est apportée par les bailleurs, à notre connaissance, sur un engagement visant à ne pas vendre les 31 « vrais » logements sociaux dans les années à venir. En effet, les bailleurs HLM ont désormais avec la Loi Elan obligation de vendre 1 % de leur parc de logements par an pour obtenir des rentrées d’argent. Il existe aujourd’hui clairement un risque que les logements sociaux vendus dans le cadre de ce 1 % obligatoire soient ceux étant dans des zones où les prix du foncier sont les plus onéreux permettant ainsi aux bailleurs de s’assurer une vente plus fructueuse, et par là même de voir s’amoindrir les logements sociaux dans des quartiers huppés et donc y entacher la mixité sociale.

Cette politique de gentrification par le logement social s’accompagne à Toulouse Métropole d’une volonté butée de ne pas encadrer les loyers.

Cela alors que d’après l’indice CLAMEUR mis en place par les professionnels de l’immobilier, les loyers ont augmenté de 40 % en 15 ans à Toulouse et de 12 % rien que ces trois dernières années14. Récemment encore le site PAP publiait une étude réalisée à partir de 14 754 dossiers locataires remplis entre le 1er et le 15 juin 2021 et comparés à la même période en 2020 et 2019. En bref, le loyer a augmenté dans une proportion significative depuis deux ans. Le site immobilier estime qu’actuellement à Toulouse, le loyer moyen d’un studio (charges comprises) est de 491 euros, soit une hausse de 1,9 % depuis l’année dernière15. Les charges liées constituent plus de la moitié des dépenses des étudiant.e.s et de nombreux habitant.e.s aujourd’hui.

Malgré ce constat et les témoignages qui affluent de personnes qui galèrent à trouver un logement, le Président de Toulouse Métropole, Jean-Luc Moudenc reste arc bouté sur sa position. Il est notable toutefois d’observer qu’il se faisait il y a encore quelques années un farouche opposant à la mesure, mais qu’il est plus mal à l’aise aujourd’hui sur sa position.

Ce qui est plus surprenant c’est que dans cette croisade contre la maîtrise des loyers, M. Moudenc a trouvé comme alliée sa Vice-Présidente à l’Habitat, Mme Traval Michelet, maire PS de Colomiers. Celle-ci, comme son prédécesseur En Marche M. Biasotto, a ainsi justifié le fait de ne pas candidater à l’encadrement des loyers proposé par le Ministère car la collectivité ne répondrait à aucun des critères proposés, sachant qu’il suffisait pourtant d’en cocher un seul des suivants pour candidater :

– Ecart important entre les loyers du secteur public et du secteur privé.
– Niveau de loyer médian élevé dans le privé.
– Faible taux de logements construits dans les 5 dernières années.
– Perspectives limitées de production de logements dans les règles de construction.

Un refus qui a surpris jusque la Ministre déléguée au Logement, Emmanuelle Wargon, elle même16. Effectivement il était possible, comme suggéré dès septembre 2020 lorsque nous avons déposé un vœu en ce sens avec le groupe Archipel Citoyen, d’entrer dans le critère du « Niveau de loyer médian élevé dans le privé ».

Il est à noter au passage qu’avec la crise sanitaire et le plantage du PLUI-H, nous devrions pouvoir également étudier sérieusement les critères 2 et 3 afin de savoir si la collectivité est désormais concernée.

Pour ce qui est du “Niveau de loyer médian”, il varie selon les différentes structures qui observent les loyers, prenons donc les mesures de la collectivité elle même, bien qu’inférieures à celles d’autres observatoires, pour en juger. Elle affirmait ainsi que le loyer médian à Toulouse était de 11,1 euro au m², et faisait le travail du Ministère à sa place en prétendant que ce niveau de loyer était trop bas, car inférieur à ceux de Paris, Lyon et Montpellier, pour être retenue.

Pourtant avec un niveau de loyer médian égal ou inférieur, Bordeaux et Grenoble qui candidatèrent furent elles retenues1718

Le choix de Mme Traval-Michelet détonne de celui d’autres maires PS qui se sont illustré.e.s positivement sur ce dossier. Celle-ci a même déclaré que « les résultats de l’encadrement des loyers à Paris ne sont pas probants » lors du Conseil de Toulouse Métropole du 14 octobre dernier… Si l’on peut souhaiter qu’effectivement l’encadrement des loyers soit plus offensif vue la montée des prix de ces dernières décennies, de nombreuses analyses comme celle de Manuel Domergue, Directeur d’Etudes à la Fondation Abbé Pierre, montre que cette mesure est belle et bien positive19. Tant et si bien que l’on finit par se demander si le refus de Mme Traval-Michelet d’encadrer les loyers est moins lié au « Pacte de Gouvernance » passé avec M. Moudenc à la Métropole en début de mandat, qu’à une réelle complicité idéologique sur le sujet avec ce dernier.

L’idéologie de M. Moudenc est d’ailleurs intéressante à citer pour comprendre pourquoi nous sommes enlisé sur le sujet. M. Moudenc croit au fameux « choc de l’offre » qui grâce à de la construction massive ferait augmenter l’offre et baisser selon lui le prix des loyers. Une solution pourtant utilisée pendant des décennies sans grand succès. D’ailleurs s’il souhaitait s’attaquer à la rareté du logement il serait bienvenue de mettre sur le plan de travail la manière dont la puissance publique pourrait remettre sur le marché les plus de 23 000 logements vacants (8,1 % du parc de logement de la ville) et les 220 000 m² de bureaux eux aussi vacants à Toulouse selon l’INSEE.

Cela au lieu de les laisser dans les mains, pour une grande partie d’entre eux, de grandes sociétés qui spéculent sur la rareté du logement. Un mécanisme qu’a été étayé de manière remarquable par Leilani Farah, Rapporteuse Spéciale sur le Droit à un Logement Convenable à l’ONU20. Enfin comme on l’a vu avec le logement social et le prix des loyers, un choc de l’offre qui ne répond pas à la demande, y compris concernant les typologies familiales, a toutes les chances de ne pas trouver sa demande…

Cette stratégie de l’offre est surtout une manière de répondre sans réserve aux demandes des lobbys du BTP, dont on sait que plusieurs élus locaux y sont sensibles comme l’a montré récemment un article dans Le Monde « Restaurants clandestins : les dîners presque parfaits du Club TP90 »21. Il faut se souvenir également de l’événement « Toulouse 2030 » qui avait déroulé sur la place du Capitole le tapis rouge aux promoteurs et avait fait couler beaucoup d’encre. Le leit motiv de l’événement étant de faire de Toulouse « une ville du tourisme d’affaire », un crédo que l’on retrouve d’ailleurs dans le lunaire livret de présentation du nouveau Parc des Expositions, le MEET, et dans la présentation par son promoteur de la future Occitanie Tower, devenue Tour d’Occitanie exemptée quand à elle totalement de logement sociaux.

S’il est évident qu’il faut travailler avec les promoteurs, c’est à la collectivité d’impulser des orientations et non l’inverse. L’argent public mis dans le MEET par exemple que nous citions plus tôt aurait pu être injecté dans une filière innovante de rénovation thermique et phonique des bâtiments créant une chaîne vertueuse entre recherche, formation et création d’emplois.

Ce qui aurait pu être entrepris notamment sur l’immeuble Messager à la Reynerie au Mirail. Un immeuble dont parle la jeune réalisatrice toulousaine, Meryem-Bahia Barfaoui ayant reçu le Grand Prix du Jury dans le cadre du concours « Et pourtant elles tournent » d’Arte pour son court-métrage « Les splendides »22. Ce film, qu’on recommande, donne la parole à plusieurs jeunes filles qui parlent justement de la démolition de leur quartier sans que l’avis des habitants n’ait été pris en compte. La barre Messager est pourtant un bâtiment viable, dans lequel plusieurs locataires et co-propriétaires se sont mobilisés pour pouvoir rester. Ce bâtiment comptant 260 logements et patrimoine architectural de l’école Candilis, pourrait être un symbole avec d’autres de la rénovation des logements tout en y incluant des services publics efficients.

Au lieu de quoi sur l’autel de la « rénovation urbaine » la Métropole vient de voter lors du dernier Conseil sa participation à sa démolition par la voix de Gaëtan Cognard, élu métropolitain délégué à la Politique de la Ville. L’argument : la rénovation coûte chère… Certes, mais elle est réalisable et aura un prix certainement moindre que celui de la reconstruction de logements pour les habitants qui y vivaient et souhaitaient y rester. Ce type d’opération urbaine est aujourd’hui d’autant plus discutable lorsque l’on a pas l’aval des habitants, et au regard de la crise climatique. En effet le déplacement d’habitants implique des constructions plus loin pour qu’ils puissent trouver à se loger à prix décent et donc renforce l’étalement urbain, contre lequel la Métropole doit pourtant lutter, et implique un coût carbone élevé. Une situation bien expliquée par mon collègue Jamal El Arch dans son intervention au dernier Conseil Métropolitain à retrouver bientôt en lien ici.

Un argument donné pour ces déplacements de population est la « mixité sociale », mot valise qu’on entend depuis des décennies. Il est notable que pour assurer celle-ci c’est toujours qu’aux habitants des quartiers populaires de se déplacer et de quitter leur logement bon gré mal gré, et que si des tentatives sont faites pour amener des populations plus « aisées » dans les quartiers, aucun effort n’est effectué par contre pour amener les habitants les plus modestes dans les quartiers du Centre-Ville.

On a parlé de La Grave à Saint Cyprien, on peut conclure en rappelant l’exemple d’un bâtiment situé de l’autre côté de la Garonne, le Quai Saint-Pierre à deux pas de la fameuse place du même nom et du bar bien connu du bouclier de Brennus « Chez Tonton ».

Originellement destiné à accueillir des locaux de l’Institut d’Etude Politique, ce beau bâtiment de 4 500 m² a été vendu sous l’impulsion de M. Moudenc par l’Etablissement Public Foncier Local en 2014. L’heureux acquéreur est alors le groupe immobilier “Thierry Oldak” qui achète le bien pour 4,75 millions d’euros, annonçant vouloir faire une résidence standing pour “seniors”.

Finalement après huit années, on apprend dans un article de La Dépêche que le groupe “Thierry Oldak” a changé de projet pour faire des appartements grands standing réservés à des particuliers. Un projet qu’il est en passe de céder à une autre société immobilière, la Cogedim, pour 11 millions d’euros23.

Pendant 8 années ce bâtiment est donc resté vide dans notre ville alors que le nombre de sans-abris ne cesse d’augmenter. 8 années durant lesquelles, à son échelle, la vacance de ce bâtiment a participé de la rareté du logement et donc à l’augmentation des prix. Un bien public livré à un promoteur qui a réalisé une spéculation de 6 millions d’euros en le laissant vide…

Ce bien aurait pu être utilisé justement pour faire du logement social en centre-ville, où il y en a de moins en moins, afin de participer aussi à la mixité sociale.

Un affaire symptomatique des limites de la politique de l’offre et du manque d’anticipation et de volonté de Toulouse Métropole d’agir sur les prix des loyers et du foncier.

Les raisons de la galère pour trouver un logement sont là en grande partie. Elles sont évidemment également à chercher dans la politique menée par le gouvernement de M. Macron, cela mériterait un long exposé sur lequel nous essaierons de tabler bientôt..

Dessin: Claire Le Gal

1 Toulouse. PLUIH annulé : une décision “qui piétine la volonté du peuple”, tacle Jean-Luc Moudenc , Actu Toulouse, 20 mai 2021.

2 Coup de tonnerre : le plan local d’urbanisme de Toulouse Métropole va-t-il être annulé par la justice ?, Actu Toulouse, 11 mars 2021.

3 Beauzelle. Nouveau Parc des expositions de Toulouse : bonne nouvelle pour le BTP, La Dépêche, 20 février 2016.

4 Comment Toulouse collectionne les équipements surdimensionnés, Capital, 28/02/2020.

5 Architecture : à Toulouse, un parc des expositions d’une autre époque, Le Monde, 30 Octobre 2020.

6 10 choses apprises aux congrès du transport public et du vélo, à Toulouse, Le Monde, 7 octobre 2021.

7À Toulouse, le nouveau Parc des Expositions est un piège à voitures, La Dépêche, 9 octobre 2021.

8Rapport sur la politique du logement de Toulouse Métropole, DAL 31, 28 janvier 2018.

9 Dans les HLM, une demande croissante de publics de plus en plus précaires, 22 septembre 2021.

10 Douze appartements de grand luxe de 1,6 million d’euros vendus en quelques jours à Toulouse, La Dépêche, 12 novembre 2018.

11 Toulouse : 113 logements sociaux au cœur du quartier Saint-Cyprien, La Dépêche, 1 octobre 2021.

12 La nouvelle vie de l’ancien siège de SFR à Toulouse, 13 novembre 2018.

13L’usufruit locatif social : quels avantages pour la défiscalisation immobilière ?, Chasseur d’Immo, 24 mai 2016.



14Toulouse : les loyers ont augmenté de 12 % depuis 2017, les colocations à la hausse, La Dépêche, 12 Octobre 2020.

15Toulouse : le logement étudiant à la hausse, La Dépêche, 25 juin 2021

16Encadrement des loyers : la ministre Wargon regrette que des métropoles aient dit non, La Dépêche, 24 novembre 2020

17 Pourquoi Toulouse Métropole a refusé l’encadrement des loyers, La Dépêche, 24 novembre 2020.

18Observatoire des Loyers.org.

19L’encadrement des loyers, ça marche, Alternatives Economiques, 27 janvier 2020

20Rapport de la Rapporteuse spéciale sur le logement convenable en tant qu’élément du droit à un niveau de vie suffisant ainsi que sur le droit à la non-discrimination à cet égard, 24 mars 2017.

21Restaurants clandestins : les dîners presque parfaits du Club TP90, Le Monde, 22 avril 2021

22« Et pourtant elles tournent » : le palmarès du concours Arte, Slate, 24 septembre 2021

23Toulouse : Au Bazacle, tour de passe-passe immobilier sur le quai Saint-Pierre, La Dépêche, 23 novembre 2020

Pour un plan ambitieux de toilettes publiques à Toulouse

Le 2 février dernier un journal local nous racontait la mésaventure arrivée à Claudia dans des toilettes publiques de Toulouse. « Je suis un peu malade, je me suis rendue au Jardin des Plantes pour effectuer mon premier test PCR que je ne voulais pas faire. J’ai vu le panneau affiché sur les sanisettes sur lequel il est écrit uriner dans la rue c’est 150 euros d’amende, ici c’est gratuit. Je suis donc entrée »  

Une fois à l’intérieur, Claudia se rend compte que les toilettes sont sales et fait demi-tour. Avant même de pouvoir sortir, la porte se ferme. « J’ai voulu l’ouvrir, elle est restée bloquée », poursuit Claudia. Le nettoyage des toilettes s’enclenche. Des puissants jets d’eau aspergent la Toulousaine pendant cinq longues minutes.«C’était vraiment angoissant. Je me suis sentie prise au piège. J’ai essayé de me mettre sur les WC mais ils se sont rabattus. C’était un cauchemar ». 

Après son calvaire, trempée et en colère, elle décide d’appeler l’entreprise qui gère les toilettes publiques de la Ville rose, JCDecaux. « Je suis architecte, je connais le mobilier urbain. Ce genre de problème ne doit pas arriver. Au téléphone, un employé me signale que ce n’est pas la première fois que ça arrive dans ces toilettes. Ce n’est pas normal. Si c’était une personne âgée qui avait été prise au piège, elle aurait pu sérieusement glisser et se blesser », grogne Claudia avant d’ajouter: « Si demain je suis davantage malade, je les tiendrai pour responsable ». 

Au delà de ce témoignage, la question des toilettes publiques est éminemment politique cela pour plusieurs raisons :

Un outil de santé publique indispensable dans nos rues, nos transports, nos écoles.

Si le problème des toilettes publiques se pose de manière accrue dans les pays pauvres, Bill Gates en ayant fait d’ailleurs un enjeu majeur de sa fondation, en France c’est un véritable sujet également.

Ainsi l’accès aux toilettes dans les espaces publics et les transports est aujourd’hui encore une préoccupation majeure pour la population, en particulier les personnes âgées, les travailleurs (routiers, chauffeurs VTC, livreurs, commerçants ambulants, etc.), les sans-abris, les femmes enceintes et les familles, mais aussi des personnes touchées par certaines pathologies chroniques.  

Selon une enquête internationale « Hygiene Matters », réalisée par SCA en 2017, plus d’un tiers des Français jugeaient qu’améliorer l’entretien des toilettes publiques aurait un impact sur la santé à l’échelle nationale et 56 % disaient souhaiter que les politiques s’en préoccupent davantage. 

Pour toutes les personnes prioritaires, les sorties du quotidien et la vie sociale peuvent très vite devenir des sources de stress et d’anxiété, particulièrement si l’accès aux toilettes dans les espaces publics et les transports n’est pas assuré. La crise de la Covid-19 a accentué cette difficulté du quotidien avec une hausse de fréquentation de 17% en un an, avec des sanisettes fermées pendant le confinement (espaces publics, commerces, transports, etc.), et dont la réouverture reste encore très partielle.  

La question des toilettes à l’école, en particulier à l’école primaire est un vrai sujet de santé publique, qui mobilise depuis des années les associations de parents : saleté, vétusté ou dysfonctionnement des équipements, manque d’hygiène, manque d’intimité et de tranquillité… 66 % des enfants affirment ainsi ne pas utiliser les toilettes à l’école selon l’étude « Toilettes à l′école : les enfants au bout du rouleau » 2018 – Essity).

Très tôt le tabou s’installe, le sujet étant peu évoqué par les parents, et des stratégies d’évitement sont mises en place par les enfants. Une situation aux multiples impacts : douleurs, infections urinaires, constipation, gastro-entérite… Perturbations psychologiques (peur d’être enfermé par ses camarades dans les toilettes par exemple), problèmes de concentration et impacts sur les résultats scolaires.  

A Toulouse une politique symptomatique de l’infantilisation des habitants et soumise aux intérêts privés.

A Toulouse nous comptons 67 toilettes publiques parfois mal réparties sur le territoire avec des secteurs et quartiers qui en sont démunis comme la Cartoucherie, Les Izards, Lalande, Sept Deniers, Casselardit, Purpan. 

Il y a donc une toilette publique pour 7 158 habitants, contre une toilette pour 2 220 habitants à Lyon, grande ville la plus avancée sur le sujet. Toutes nos sanisettes sont gérées par JC Decaux contre seulement le quart des sanitaires lyonnaises. Toulouse en déléguant totalement la gestion des toilettes à une société privée fait ici une mauvaise affaire financière. Quand ce n’est pas Vinci qui profite des profits des parkings, c’est JC Decaux qui fait des bénéfices importants sur les toilettes.

Ainsi à Toulouse, la mairie dépense près de 1,5 million d’euros par an pour ses 67 toilettes, gérés intégralement par JC Decaux. Cela équivaut à un coût annuel de 22 388 euros par an pour chaque toilette contre un coût de 12 345 euros à Lyon. Un différentiel de près de 10 000 euros donc pour chaque toilette publique, rapporté aux 67 toilettes publiques, ce différentiel s’élève à pas moins de 670 000 euros.

Une gestion symptomatique de la délégation des services publiques et ici de leurs profits à certaines grandes entreprises à rebours de l’intérêt commun. Mais ce qui est aussi assez révélateur c’est ce que relève Claudia «  J’ai vu le panneau affiché sur les sanisettes sur lequel il est écrit uriner dans la rue c’est 150 euros d’amende ». Pour être tout à fait juste l’amende annoncée n’est pas de 150 mais de 450 euros. Cette menace associée aux plaques de taule installées par la mairie sur le principe de « l’arroseur arrosé » n’ont d’ailleurs quasiment aucun effet pour dissuader les gens d’uriner dans la rue par manque de toilettes publiques.

Cela est assez révélateur du rapport aux habitants d’une partie de la majorité municipale. Alors que les habitants ne bénéficient pas de suffisamment de sanisettes accessibles, la politique publique est finalement la menace et la répression. Ce panneau sur les toilettes pourrait être utilisé pour mettre une carte indiquant toutes les sanisettes publiques existantes dans la ville, ou pour faire passer des messages de santé publique. Au contraire c’est un message de menace pour celles et ceux qui ne peuvent pas avoir accès aux toilettes publiques car indisponibles pour diverses raisons.

Derrières les toilettes publiques un modèle écologique et social à développer.

En attendant que comme le suggère le sociologue Julien Damon soient mis en place des quotas au niveau national voici plusieurs propositions que nous soumettons un véritable plan d’action concernant les toilettes publiques à Toulouse afin que notre ville soit exemplaire sur ce sujet de santé publique majeur .

Cela passe notamment par l’objectif d’une toilette publique pour 2 000 habitants, soit 170 toilettes publiques gratuites supplémentaires d’ici 2026. Si une dizaine d’uritrottoirs ont récemment été acquis par la Métropole, il faut aller beaucoup plus loin.

Afin d’atteindre cet objectif nous préconisions de lancer des appels d’offre pour des toilettes écologiques autonomes ou fonctionnant au lombri-compostage et plus adaptés aux usages féminins jusqu’ici souvent laissés de côté.

Ainsi d’après les informations que nous avons recueillies si le coût d’installation de ces toilettes (environ 30 000 euros) est supérieur à ceux proposés par JC Decaux (entre 10 000 et 20 000 euros), leur coût de gestion annuelle est largement inférieur : 520 euros/ an contre 20 000 euros par an pour JC Decaux (sans compter les fluides !). Ainsi si l’on calcule le coût de revient d’une toilette publique sur 10 ans, acquisition et entretien annuel compris, cela reviendrait à 3 520 euros/ an contre… 21 500 euros pour un toilette JC Decaux. Un différentiel de 17 960 euros qui permettrait de financer un emploi au Smic par an ( 18 996 euros).

Car c’est l’un des autres leviers que nous souhaiterions voir advenir : mettre en place un personnel municipal dédié aux toilettes publiques, que cela soit pour assurer la bonne tenue de ceux-ci, expliquer le fonctionnement des toilettes écologiques si nécessaires, donner des conseils sanitaires. Une présence humaine peut avoir un rôle de sentinelle, ou même d’apaisement des conflits. C’est aussi un outil de sûreté publique et de diminution des incivilités.  Cette présence humaine pourrait aussi avoir un effet rassurant pour les femmes utilisant ces équipements, plus méfiantes à leur encontre, comme le montrent les sondages disponibles.  

Ces agents pourraient être aussi acteurs d’une campagne de sensibilisation sur les toilettes à l’école et ses enjeux sanitaires et éducatifs. Une attention particulière doit en effet être apporté aux enfants malades et porteurs d’un handicap et nous demandons que la question des toilettes soit intégrée au projet d’accueil individualisé (PAI) pour les enfants qui en bénéficient, et dans la mise en place en cours de l’école inclusive. L’aménagement en concertation avec les personnels et les parents d’élèves pour améliorer l’usage des toilettes à l’école.

De même ils seront acteurs d’un plan stratégique de localisation des toilettes publiques, notamment sur les réseaux de transports en commun à intervalle régulier. Il est aberrant de placer une sanisette sur une place publique. Du fait du tabou qui entoure les toilettes, il faut privilégier des lieux plus abrités des regards, avec un sas d’entrée. 

En attendant la mise en place de ce service public et des toilettes publiques écologiques, voici des initiatives qui pourraient être prises à la réouverture des commerces et restaurants : une initiative “cafés citoyens au quotidien” comme dans la Métropole de Nantes, avec ce label qui regroupe 18 bars acceptant de laisser les passants utiliser leurs lieux d’aisance gratuitement.  

Appelle ta rue Episode #2

Alors que moins de 5% des rues toulousaines portent des noms de femmes, nous tenons à chaque commission de Dénomination de Voies avec ma collègue Hélène Magdo pour le groupe Archipel Citoyen à faire en sorte de présenter au minimum 75% de noms de femmes durant le mandat.

Alors que partout aujourd’hui des mouvements sociaux se mobilisent en ce 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, et que la prochaine commission se tient ce jeudi, il nous a semblé pertinent de rendre hommage à trois femmes et un groupe de femmes faisant écho à ces combats toujours d’actualité.

Cathy Granier (1946-2020)

Très vite se révéla sa vocation pour l’enseignement. La transmission du savoir et sa passion pour les mathématiques fut pour elle une évidence. Alors en classe préparatoire à l’École Normale Supérieure, elle fut reçue au concours des IPES en 1965 à 19 ans puis au concours de l’agrégation de Mathématiques en 1969, plus jeune agrégée de France à l’époque.

Elle préféra à une carrière universitaire celle de professeure pour enseigner aux adolescents. Après plusieurs années passées à l’École Normale à former des instituteurs et institutrices, Cathy Granier exerça son métier de professeure de Mathématiques au Lycée Polyvalent du Mirail puis  au Lycée Bellevue. Elle était très appréciée de ses élèves tant pour sa pédagogie bienveillante que son dévouement notamment dans le cadre de l’atelier théâtre danse qu’elle a fondé et qui a perduré après son départ à la retraite jusqu’à nos jours. Elle a été une responsable locale et nationale connue et reconnue de l’organisation syndicale majoritaire des enseignants, le SNES FSU.

Très tôt, Cathy Ganier a pris conscience des injustices, à un moment où les mobilisations de la jeunesse au niveau international ouvraient de nouveaux questionnements et des espoirs de changements profonds. Des rencontres seront déterminantes pour elle, en particulier, celle avec Daniel Bensaid, toulousain également, et lui aussi élève au lycée Bellevue et futur philosophe engagé.

Cet engagement, politique, syndical, associatif pour la défense des opprimé.e.s et l’accès aux droits, Cathy Granier l’a maintenu tout au long de sa vie à Toulouse.

Cathy Granier a été une militante constante aux cotés des étrangers pour l’accès aux droits. Elle a ainsi participé dans les années 90 aux mobilisations de collectifs de familles sans papiers. En 1999 et 2003, elle a été également aux cotés de grévistes de la faim engagés dans des actions particulièrement difficiles et pour lesquelles la présence des soutiens s’est avérée vitale. Cathy Granier y a fait preuve d’une grande générosité et d’une disponibilité de tous les instants. Les contacts personnels et durables créés avec plusieurs grévistes en sont la preuve.

Elle s’est engagée dès sa création en 2005 dans le Réseau Education Sans Frontières (Resf), dont elle a été une porte parole locale et une militant active en tant que représentante de la FSU.

En tant qu’enseignante, elle y a trouvé un prolongement naturel à son investissement syndical et à son implication auprès des élèves. Cathy Granier a assuré un important travail quotidien de suivi et de défense des enfants et familles sans papiers, exilées, réfugiées, en lien avec la communauté éducative, la Cimade, La FCPE, la Ligue des droits de l’Homme.

Ces différentes actions se sont référées à la Convention Internationale Droits de l’Enfance (CIDE), notamment pour le droit à l’éducation et la protection des enfants migrants. Cathy Granier a participé ainsi avec la Cimade à la journée des droits de l’enfance au Capitole en 2019 ainsi qu’aux initiatives pour les 30 ans de la CIDE.

Cathy Granier a été également à l’origine de nombreux de parrainages républicains entre des enfants et familles sans papiers et des citoyens, des élus, des artistes… Elle a sollicité pour cela de nombreuses collectivités locales. Un de ses derniers investissements a été la mise en place d’un parrainage au Conseil Régional d’Occitanie en juillet 2019 pour de jeunes lycéens et lycéennes.

Outre son engagement dans la solidarité et la défense des droits humains, Cathy Granier a agi aussi avec une grande conscience des enjeux qui se nouent sur la question de l’immigration au niveau national mais aussi international. Elle était particulièrement sensible aux mobilisations et combats des femmes migrantes, dans leurs différentes dimensions, comme les violences ou discriminations dont elles étaient victimes.

Marielle Franco (1979-2018)

Marielle Francisco da Silva, dite Marielle Franco, est née le 27 juillet 1979 à Rio de Janeiro, elle est assassinée le 14 mars 2018 dans la même ville dont elle était conseillère municipale depuis janvier 2017 pour le Parti Socialisme et Liberté (PSOL).

Elle est sociologue de métier et une infatigable militante des droits humains et LGBT au Brésil. Elle s’est également engagée contre les actions violentes dans la favela à la suite de la mort d’une amie, victime d’une balle perdue lors d’une fusillade impliquant la police et les trafiquants de drogue dans le quartier de Complexo da Maré, où Marielle est née et a vécu.

En 2016, pour sa première candidature, elle est élue conseillère à la Chambre municipale de la ville de Rio de Janeiro pour la coalition Mudar é possível (« changer est possible »), formée par le PSOL et le Parti communiste brésilien.

Elle a souhaité faire de son mandat un lieu de débat sur le genre, la favela, la négritude. Elle a présenté 116 propositions et 16 projets de loi, dont un sur la garantie d’accès à l’avortement dans les cas prévus par la loi et un sur l’ouverture des crèches la nuit. Elle était présidente de la Commission de Défense de la Femme.

Elle dénonce, dans une critique publique, la violence de la police militaire de Rio de Janeiro dans les favelas.

Le 14 mars 2018, Marielle Franco et son chauffeur, Anderson Pedro Gomes, sont assassinés par arme à feu dans le centre de Rio de Janeiro .

Selon la presse brésilienne, trois hommes politiques seraient impliqués dans l’assassinat de Marielle Franco. Ces trois députés de l’État de Rio de Janeiro appartiennent au Mouvement démocratique brésilien (MDB) du président d’alors Michel Temer. Pour Richard Nunes, le secrétaire à la sécurité de l´état de Rio, Marielle Franco aurait été considérée comme une menace par les milices qui contrôlent le cadastre des terres dans les bidonvilles et son assassinat aurait été planifié dès 2017.

Selon Amnesty International, la mort de Marielle Franco a suscité des commentaires d’une rare violence, notamment de la part de la droite extrême avec des réseaux sociaux saturés d’injures à l’égard de l’élue noire et lesbienne. Durant la campagne électorale de 2018, Rodrigo Amorim, candidat et futur député de l’État de Rio du Parti social-libéral (le parti du président actuel du Brésil, Jair Bolsonaro) a brisé une plaque commémorative de Marielle Franco en présence de Wilson Witzel, candidat du Parti social-chrétien, futur vainqueur de l’élection au poste de gouverneur de l’État de Rio de Janeiro.

Agathe Uwilingiyimana (1953-1994)

Elle est la première femme Première ministre du Rwanda. Ses parents étaient fermiers. Elle grandit à Butare devint professeur de mathématiques. Elle épousa Ignace Barahira, un étudiant de son village, dont elle eut cinq enfants. Elle étudie à l’université nationale du Rwanda. À partir de 1985 elle enseigna la chimie à l’école académique de Butare.

Chef de file des Hutus de l’opposition modérée, Agathe Uwilingiyimana est nommée ministre de l’Éducation nationale en 1992 avant de devenir la première femme rwandaise Premier ministre à la fin des négociations d’Arusha.

Elle s’oppose à la corruption lors des examens scolaires de 1992. Elle impose un contrôle policier pendant les épreuves ce qui eut pour conséquence de diminuer notablement la réussite des jeunes Hutus du Nord du pays, la « région du Président ». Elle fut ensuite agressée quelques semaines plus tard, mais des milliers de Rwandaises bravèrent les menaces des interahamwe pour lui manifester publiquement leur soutien à la fin de l’été 1992.

Le Premier ministre Agathe Uwilingiyimana était perçue comme ayant une très haute idée de la citoyenneté qu’elle plaçait au-dessus des différences

Dans la nuit du 6 au 7 avril, l’état-major des FAR et celui de la gendarmerie, menés par le colonel Bagosora, s’affrontent verbalement avec le général Roméo Dallaire, commandant de la MINUMAR, et avec Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial au Rwanda du secrétaire général des Nations Unies, qui rappellent l’autorité légale du Premier ministre, l’un des successeurs légaux du président de la République pour prendre le contrôle de la situation. Mais le colonel Bagosora s’oppose avec âpreté à ce que le pouvoir soit accordé à Uwilingiyimana. Le général Roméo Dallaire décide de donner une escorte de casques bleus à Agathe Uwilingiyimana pour la protéger et lui permettre de lancer un appel au calme à la radio dès le lendemain matin. Mais le 7 avril au matin, la garde présidentielle investit la radio d’État et Agathe Uwilingiyimana doit annuler son discours. Vers 8 h, le domicile du Premier ministre est cerné par la garde présidentielle. Vers 8 h 30, Agathe Uwilingiyimana tente avec son mari de se réfugier chez un voisin, employé des Nations unies, mais ils sont finalement retrouvés et tous deux assassinés.

Dix des quinze « casques bleus », ceux de nationalité belge, que le général Roméo Dallaire, responsable de la MINUAR, venait de lui envoyer pour assurer sa protection, tombèrent aux mains des assassins. Aucun secours ne leur vint et ils furent abattus dans la journée après s’être défendus sans espoir.

Cet évènement dramatique marqua le début du génocide des Tutsis du Rwanda, qui dura du 7 avril au 17 juillet 1994.

Les chemisières

Depuis plus d’un siècle Toulouse est la principale ville de l’aéronautique en France. L’histoire de l’implantation de cette industrie est liée à l’histoire « industrielle » de Toulouse au XIXe siècle.

En effet au-delà des grands hommes qui ont permis l’implantation des usines ceux sont les micros industries développée tout au long du XIXe siècle qui ont permis d’avoir la main-d’œuvre capable de fabriquer les avions.

Chapellerie, ébénisterie, chemiserie (…) autant de savoir-faire, de techniques et de compétence qui ont permis à Pierre-Georges Latécoère de réaliser son rêve de construire une usine ultra moderne à Toulouse, puisqu’il a disposé sur place des ouvriers hyper qualifiés pour construire des avions, à l’époque principalement en bois et toile.

Parmi ces artisans des femmes notamment issues de l’artisanat du chapeau et de la chemise.

C’est pourquoi nous proposons aujourd’hui de rendre hommage à ces femmes qui sont elles aussi à l’origine de l’aéronautique à Toulouse.

Et si on réutilisait à des fins sociales les biens immobiliers saisis aux réseaux criminels ?

Article de Guillaume Laurens pour Actu Toulouse. 4 février 2021.

Contre le crime organisé et l’évasion fiscale, l’opposition demande à Toulouse Métropole de faire pression sur l’État pour réutiliser les biens acquis par les réseaux criminels.

Des êtres humains réduits au rang d’esclaves, forcés de mendier sous peine de sévices. Le procès inédit d’un réseau de mendicité forcée a démarré lundi 1er février 2021, salle Jean-Mermoz sur l’Île du Ramier, à Toulouse, pour une dizaine de jours. Avec pas moins de 18 suspects à la barre.

Traitées comme du bétail, les victimes étaient vendues, ou s’échangeaient pour 500 euros. Une histoire d’esclavage moderne impliquant cinq familles originaires de Bulgarie, qui régnaient sur des mendiants que l’on avait privés de papiers et qui vivaient, terrifiés, dans un camp du chemin de Gabardie, le long du périphérique, à Gramont.

Cette terrible affaire de traite d’êtres humains, blanchiment d’argent et association de malfaiteurs, rebondit jeudi 4 février 2021 au conseil métropolitain. Deux groupes d’opposition (Alternative pour une métropole citoyenne, et Métropole écologiste et citoyenne pour des territoires solidaires) proposent, par la voix de François Piquemal, un vœu « en faveur de la lutte contre le crime organisé et l’évasion fiscale ». Explications.

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25 morts dans des règlements de comptes

Si ce « procès majeur » défraie la chronique à Toulouse, « ce n’est pas la première fois que des réseaux mafieux tissent leurs toiles sur le territoire métropolitain », décrit François Piquemal, déplorant que la Ville rose « dispose d’un terrain » où prospèrent ces réseaux. Rappelant l’affaire de la mafia albanaise, démantelée en 2019 par les services de police judiciaire, ou encore celle de ce couple pris pour cible en 2018 à Colomiers en lien avec la mafia azérie, l’opposition affirme que « ce sont au total 25 personnes qui ont été tuées ces dernières années dans des règlements de comptes liées à des activités mafieuses ».

De la mendicité au paradis fiscal

« Qu’il s’agisse de traite d’être humains ou de trafics de drogue, les règlements de comptes liés au crime organisé sont un facteur important d’insécurité dans notre Métropole, car la violence de ces réseaux, ce sont les habitants de nos quartiers, et souvent de nos quartiers populaires, qui la subissent », poursuit François Piquemal. « Il faut accentuer la pression et la répression sur ces réseaux criminels qui exploitent la misère pour s’enrichir ».

L’élu toulousain s’appuie notamment sur le travail de l’association Crim’Halt pour étayer ses dires. Il estime « qu’au-delà du problème de sécurité évident (…), ces organisations sont également un fléau pour l’économie et les finances publiques », puisque l’objectif principal de ces réseaux est le blanchiment d’argent sale, qui « rejoint souvent celui de l’évasion fiscale ». Dans son viseur ? « Les biens immobiliers qui appartiennent aux membres de réseaux de crime organisé, ou reconnus coupables d’évasion fiscale ».

Les organisations criminelles sont présentes dans l’économie légale et cela à différents niveaux. Leurs activités vont du petit commerce de quartier à de grosses sociétés, ou encore des discothèques, comme cela s’est déjà vu à Toulouse.François PiquemalÉlu à Toulouse et à Toulouse Métropole

Les trafiquants s’emparent d’un immeuble à 950 000 euros à Toulouse

Rappelons par exemple qu’en 2018, le démantèlement de deux réseaux de prostitutions liés à une filière nigériane avait fait grand bruit à Toulouse. La Police aux frontières avait alors procédé à l’arrestation et l’incarcération de neuf personnes, dont les quatre principales têtes d’un vaste trafic d’êtres humains. Du Nigéria à la France, en passant par la Lybie et l’Italie, des jeunes femmes étaient jetées sur les trottoirs de la Ville rose.

Gérées selon un système matriarcal, les prostituées devaient pratiquer leurs passes dans un immeuble acquis « en centre-ville de Toulouse » par les trafiquants. Coût estimé du bien : 950 000 € ! Elles ne recouvraient leur liberté qu’après avoir remboursé leur dette comprise pour chacune entre 40 000 et 50 000 euros. Et ce sont les loyers payés par les filles qui permettaient au trafiquant de rembourser ses échéances mensuelles… À l’époque, l’immeuble avait été saisi au titre des avoirs criminels, ainsi qu’une somme de 15 000 € en liquide et une voiture.

Une loi pour réutiliser à des fins associatives les biens des mafieux

Une illustration parmi d’autres d’un fléau qui resurgit régulièrement dans la Ville rose. Estimant « qu’il s’agit là d’un problème majeur qui mérite l’attention de la Métropole », François Piquemal l’a donc porté à l’attention de la collectivité jeudi, alors même qu’un « vœu similaire a été adopté par la municipalité à Paris ».

Concrètement, l’élu plaide pour que la France s’inspire d’une loi adoptée en 1996 en Italie, pour lutter contre la mafia, et qui a instauré « un dispositif de réutilisation sociale des biens confisqués au crime organisé ».

Dans cette optique, la députée (LREM) Sarah El Hairy, entrée au gouvernement depuis, avait bien proposé fin 2019 une loi qui visait notamment à ce que les immeubles confisqués aux criminels puissent être mis à disposition, à titre gratuit, des associations d’intérêt général, des fondations d’utilité publique et des sociétés foncières agissant dans l’intérêt général. Mais 18 mois et une crise sanitaire plus tard, cette proposition de loi prend la poussière dans les placards du Sénat, où elle attend une deuxième lecture… L’opposition souhaite que la Métropole fasse pression sur l’État pour « la mise en œuvre rapide de cette loi », et « demande aux sénateurs d’accélérer » sur la question.

Des immeubles pour « répondre à l’urgence sociale » ?

François Piquemal souhaite aussi que la Métropole soit « associée » au recensement des biens immobiliers qui seront ainsi confisqués par la justice sur le territoire de ses 37 communes, et ce afin que la collectivité puisse « étudier les possibilités de transformation des biens immobiliers saisis en lieux utiles socialement« . L’idée de l’élu, qui a longtemps œuvré à la tête de l’association Droit au logement ? Répondre aux besoins des habitants et à l’urgence sociale« . Et y installer « des coopératives, des logements sociaux, des centres sociaux », ou encore « des maisons inter-générationnelles ».

« S’attaquer aux racines du problème » dit François Piquemal

« Le maire et le gouvernement font tout un tas d’annonces sur la sécurité, notamment sur le renfort de policiers. Mais il faut s’attaquer aux racines du problème », défend encore celui qui était sur la liste d’Archipel Citoyen aux Municipales 2020. « Jean-Luc Moudenc avait dit que son arrêté anti-bivouac visait à lutter contre les réseaux criminels ou mafieux, mais celui-ci n’a touché que les victimes… C’est aux têtes des réseaux criminels qu’il faut s’attaquer et sur lesquelles il faut mettre la pression »

Et si c’était le retour des concierges?

Article de La Dépêche, publié le
 

Y aura-t-il un jour une conciergerie municipale (ou née à l’initiative de la mairie) dans un quartier toulousain ? Une conciergerie c’est-à-dire un lieu où les habitants trouveraient les services dispensés par un concierge qui assurerait ainsi un lien social. Lors du dernier conseil municipal, le 29 janvier, François Piquemal, conseiller municipal Archipel citoyen, en a fait la proposition lors d’un vœu en fin de séance. Citant plusieurs exemples récents d’incidents dans des immeubles de bailleurs sociaux, l’élu a souligné “le manque d’une personne ressource pour résoudre les problèmes et les transmettre aux personnes concernées.”

“Le concierge, c’est le bon sens du quotidien qu’aucun digicode, aucun numéro vert, aucun site internet ne peut remplacer car il s’agit d’humain”, a plaidé l’ancien porte-parole du DAL qui a ainsi opposé ce qu’il a nommé “bon sens city” à la “smart city”, la ville numérique.

Le conseiller municipal d’opposition, qui reprend là une proposition de campagne de sa liste, souhaite qu’un groupe de travail soit constitué pour “réaliser une conciergerie municipale dans tous les quartiers de Toulouse”. Le maire, Jean-Luc Moudenc, n’a pas dit “non”. Il a affirmé qu’il allait demander une évaluation financière à Toulouse Métropole Habitat. Evaluation dont il attend la réponse avant le prochain conseil municipal.

J.-N. G.