Avant Mélenchon à Matignon, pas une voix à Marine Le Pen

Le 21 avril 2002, j’avais 17 ans lorsque sur l’écran télévisé sont apparues les têtes de Jean-Marie Le Pen et de Jacques Chirac.

Je ne sais pas vous, mais je me souviens de la sidération ambiante qui traversait alors toutes les générations. Les jours suivants, il faisait beau en France pour un mois d’avril, des manifestations partout, des concerts de mobilisation, une indignation drapée dans ses plus beaux atours, on entendait « plus jamais ça », « il faut faire barrage ». Déjà se dégageait néanmoins la problématique du « vote utile », qui sera ensuite resservi à toutes les sauces par le Parti Socialiste pendant une bonne décennie, lui permettant de ne pas prendre l’eau plus tôt, l’usant jusqu’à la corde.

20 ans plus tard, nous voici face à un nouveau second tour Macron-Le Pen, Marine cette fois, la rentière. Une nouvelle fois se désespérer de devoir faire un choix qui vous coupe le souffle. D’autant plus dur à accepter que, comme il y a 5 ans, une candidature émancipatrice de rupture incarnée par Jean-Luc Mélenchon, aurait pu être présente au Second Tour, oxygéner le débat public, et disons le : l’emporter. 

Nous revoilà au point de départ, avec les mêmes appels au « barrage », mais cette fois avec beaucoup moins de vitalité, d’entrain, de conviction qu’il y a 5 ans, et encore moins qu’il y a 20 ans. L’extrême droite a gagné du terrain sur le chemin des idées et s’est banalisée. Comme dirait le rappeur Seth Gecko : “on ne combat pas le racisme avec un stylo quatre couleurs” et les leçons de morale ont montré qu’elles étaient limitées quand la transformation nécessaire de justice sociale n’a été accomplie par aucun gouvernement de “gauche” lors des deux dernières décennies.

Le “barrage” est dès lors d’autant plus dur à entendre de la part de ceux qui, dans des petites logiques politiciennes d’appareils, n’ont pas su prendre leurs responsabilités dès le premier tour, pour que l’Histoire ne se répète pas comme il y a 5 ans. De ceux qui ont joué avec le feu pour mieux asseoir leur pseudo-légitimité de rempart à l’extrême droite en reprenant ses mots sans soigner les maux à coup de Manuel Valls. Des mots tellement vallsisés que reprendre les thèmes de la bête, accuser de «communautarisme » quiconque prenant la défense d’une minorité stigmatisée, est devenu un crédo politique pour certains se disant de “gauche”.

Alors voilà, le dilemme se pose à nouveau : que faire ? Rappelons que tout notre combat s’est construit face à l’obscurantisme et la barbarie qu’a contribué à faire régner l’extrême droite dans notre pays. Marine Le Pen en est ici la fleur, certes un peu aseptisée dans ses pétales mais pas moins venimeuse en ce qui concerne sa pédoncule. Notre combat est celui contre le racisme et sous toutes ses formes, l’extrême droite étant spécialiste pour passer de l’un à l’autre au gré de l’époque, que ce soit l’anti-sémitisme ou aujourd’hui de manière plus accrue l’islamophobie.

Dans les moments de doute, il est bon de se rappeler, comme le dit Tyrion Lannister dans Game Of Thrones, que “les vieilles histoires sont comme les vieux amis, il faut savoir leur rendre visite de temps en temps”. Je ne peux que conseiller de rendre visite dans les circonstances actuelles à une amie de lecture de longue date, Annie Ernaux, à travers l’entretien qu’elle a donné à l’Express qui explique que M. Macron et Mme Le Pen sont deux dangers pour notre pays, mais pas de même nature. 

Ce qu’a très bien spécifié Mathilde Panot: “En plus de la maltraitance sociale, elle (Marine Le Pen) ajouterait une haine raciste et antimusulmane.”. Car oui, le programme de Marine Le Pen, c’est aussi de la maltraitance sociale dans la lignée de Macron comme le montre bien l’ami François Ruffin dans une récente vidéo .

A l’heure du choix, je pense forcément à mes élèves qui ne portent pas les prénoms dont rêve M. Zemmour et qui risquent de pâtir fortement dans leur vie des choix politiques racistes décomplexés que prendrait une Marine Le Pen. Egalement aux habitant.e.s des quartiers populaires dont celui du Mirail, déjà fortement discriminé.e.s qui vont l’être encore davantage et privé.e.s de ressources publiques. Rappelons qu’une des mesures prévues par Marine Le Pen est l’expulsion de 600 000 personnes de leur HLM sous prétexte de leur “nationalité étrangère”.

Surtout je pense à notre Histoire, celle qui nous appris que notre pays s’était avili lorsqu’il s’est laissé prendre pour partie dans les bras de l’extrême droite durant la Seconde Guerre Mondiale, celle des réfugié.e.s espagnols de la Retirada fuyant le régime d’extrême droite franquiste. Celle qui nous rappelle que dans l’obscurité la plus vive certaines et certains étaient là pour allumer l’étincelle de la Résistance, songeons notamment à Angèle Bettini Del Rio ou encore Conchita Ramos.

Une fois ces bases rappelées, redisons le: pas une voix à l’extrême droite de Marine Le Pen. Une autre issue de court terme au Macronisme existe que le rance du camp d’extrême droite: envoyer Jean-Luc Mélenchon à Matignon pour permettre une autre politique que celle de la haine de race et celle de la haine de classe.

Pour cela nous avons une occasion à ne pas manquer les 12 et 19 juin prochains avec le Troisième Tour de cette séquence politique: les élections législatives. A Toulouse, où Jean-Luc Mélenchon a obtenu 37 % des suffrages au Premier Tour, ce serait une anomalie que, comme il y a 5 ans, aucun député de l’Union Populaire ne soit envoyé à l’Assemblée aux profits des seuls députés Macron.

Ces derniers ont montré d’ailleurs un bien piètre visage, entre ceux totalement absents, ceux se recyclant dans le lobbying agro-alimentaire, ceux pris dans les affaires qui alimentent le ressentiment sur lequel se bâtit aussi le vote d’extrême droite…

Les toulousaines et toulousains doivent pouvoir être représentés dans leur diversité politique, eux qui subissent déjà localement les décisions anti-écolo et anti-sociales d’un maire pro-Macron.

Ne nous mentons pas, l’ascension va être difficile, le sommet dur à atteindre, mais qui aurait cru il y a de cela même pas un mois que nous ferions 22% des suffrages et serions à un fil du Second Tour.  Une dynamique est née, une montagne est passée, une autre apparaît dans l’horizon, mais avant cela il nous faut passer la brume qui dissimule encore son sommet, pour cela le chemin commence par être solides sur nos appuis: pas une voix pour l’extrême droite de Marine Le Pen.

L’amour des siens ce n’est pas la haine des autres

Tout le monde se souvient où il était le 13 novembre 2015, le jour des tueries du Bataclan à Paris. On a tous appelé des proches présent.e.s dans la capitale, nous nous sommes inquiété.e.s légitimement pour eux. On connaît à minima quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît un proche tué ou blessé. Au Droit Au Logement (DAL), c’est Matthieu Giroud, géographe proche de l’association, qui y a perdu la vie. Sa compagne, Aurélie Silvestre, a écrit un très beau livre sur l’après, Nos 14 novembre

Ce sentiment de temps qui reste suspendu à l’indécision de l’horreur, nous l’avons vécu à Toulouse trois ans plus tôt, lors d’une longue semaine achevée dans l’horreur le 19 mars 2012. Mohamed Merah faisait alors irruption dans l’école juive Ozar Hatorah où il a assassiné, en poussant l’indécence jusqu’à se filmer, Jonathan Sandler, 30 ans, ses deux fils Arié, 6 ans et Gabriel 3 ans, puis la fille du directeur de l’école, Myriam Monsonego 8 ans, avant de blesser grièvement Aaron Bijaoui 15 ans, qui sera hospitalisé jusqu’au 12 avril suivant.

Jonathan, Arié, Gabriel, Myriam, Aaron. Des noms qui viennent s’ajouter à ceux d’Imad Ibn Ziaten 31 ans, Abel Chennouf 26 ans, Mohamed Legouad 24 ans et Loïc Liber 28 ans.

Chacun se souvient de l’ambiance qui régnait depuis le 13 mars autour de celui qu’on appelait alors « le tueur au scooter », et où il était quand il a appris la tuerie du 19 mars.  Pour ma part c’était dans la salle des profs du Lycée Stéphane Hessel de Jolimont, situé à 20 minutes à pied de l’école Ozar Hatorah, où j’étais alors enseignant stagiaire.

Ces tueries, dont personne n’avait compris au début qu’elles avaient débutées le 11 mars par l’assassinat à Toulouse d’Imad Ibn Ziaten, militaire d’origine marocaine, sont alors présentées médiatiquement comme un “obscur règlement de compte”. 

Cependant, lorsque survient l’assaut de Merah à Montauban conduisant à la mort des militaires Abel Chennouf et Mohamed Legouad, tous deux d’origine algérienne, et rendant Loïc Liber tétraplégique, un lien est fait entre les deux événements ciblant  des victimes exerçant la même profession.

En ville les discussions vont alors bon train. Chacun a sa théorie sur “le tueur au scooter” : déséquilibré, membre de l’extrême droite, la piste d’un terroriste islamiste n’est pas la plus avancée. Seuls quelques agents du renseignement territorial, peu écoutés et malmenés par les politiques de l’époque, songent sérieusement à cette possibilité. Une hypothèse avérée, lorsqu’après la troisième vague de tueries guidée par un antisémitisme crasse, l’étau se resserrera progressivement autour d’un membre identifié comme appartenant à la mouvance salafiste toulousaine : Mohamed Merah. 

Mohammed Merah? Tout sauf un « loup solitaire » comme décrit par certains à l’époque à des fins politiciennes, ainsi que le montre l’historien Jack Thomas dans son récent livre.


Les tueries de Mohammed Merah sont des attentats djihadistes, les premiers d’une longue série mortifère, qui passeront par ceux de « Charlie », où la ville rose a perdu Bernard Maris, à ceux du Bataclan, de Nice, l’assassinat de Samuel Paty et d’autres encore.

Mohamed Merah a choisi ses victimes parce que militaires représentants l’État Français, vu par lui comme des traîtres aux origines qu’il leur prêtait. Mohamed Merah a choisi ses victimes parce que juives, guidé par son anti-sémitisme abject, rappelant tant de souvenirs douloureux pour les personnes de confession juive qui ont eu tellement à souffrir dans l’Histoire de notre pays et de notre ville.

J’ai terminé mon stage au lycée Stéphane Hessel à la fin du mois mars 2012. J’ai eu mon concours de Professeur de Lettres Histoire-Géographie début juillet. Je suis parti en septembre dans le cadre d’un report de stage à Bamako pour le Droit Au Logement avec le réseau No-Vox. Il était question que j’aide pendant six mois à la mise en place d’un Forum des Mouvements Sociaux Ouest Africains. La guerre a éclaté. Au nord, les groupes djihadistes Ansar Dine, Aqmi, Mujao prenaient les villes une à une : Gao, Kidal, Tombouctou…

Il était devenu inconcevable dans ces circonstances de mettre en place ce Forum. Je suis donc resté à Bamako, quartier Niamakoro Sebougouni, dans les locaux de l’Union, grande association qui s’occupait aussi bien des « déguerpissements », des expropriations de terre, des aides domestiques. J’ai un peu aidé et surtout beaucoup appris. Notamment que dans les premières victimes de l’idéologie fondamentaliste, il y a toujours ceux jugés trop modérés : 80 % des victimes du djihadisme terroriste sont des musulmans. 

Je me remémore en écrivant ces lignes, d’une journée de décembre à Ségou, une fin d’après midi qui donne des reflets roses au fleuve Niger, où un vieil homme nous racontait son fils assassiné. C’était le père d’un des soldats maliens faits prisonniers puis exécutés par les jihadistes à Anguel’Hoc. Ces paroles ressemblaient à celles des parents des victimes de Merah, comme Latifa Ibn Ziaten ou Albert Chennouf-Meyer quelques mois auparavant. Des paroles qui cherchent à comprendre, des mots qui ne veulent pas se résigner, car c’est leur manière de faire leur deuil aussi bien en France qu’au Mali. 
En France, au Mali, en Syrie, en Afghanistan, ces morts au-delà des frontières sont nos morts à toutes et tous, notre histoire commune face à l’horreur.

Lorsque je suis rentré début 2013 à Toulouse, l’armée française venait d’arriver au Mali, elle allait y rester une décennie dans un conflit inextricable et y perdre 58 militaires. Comme un signe alors que l’armée a reçu l’ordre de se désengager du Mali, nous avons commencé ce 11 mars à commémorer les dix ans des attentats qui ont touché notre ville et notre pays. Une décennie d’attentats sur tous les continents ponctuée par des morts en France et dans de nombreux autres pays. Des morts de toutes origines dont il est de notre devoir d’honorer la mémoire, pour ne pas les oublier, et inlassablement comprendre les ressorts de la haine qui amènent des idéologies qui, sous prétexte de religion ou de politique, répandent la mort. 

C’est pourquoi, avec notre groupe d’élu.e.s nous proposerons un vœu au prochain Conseil Municipal de Toulouse afin de participer à ce travail de mémoire qui sans cesse doit nous rappeler que l’amour des siens, ce n’est pas la haine des autres.

Droits des femmes : du nom des rues aux droits réels.

« La plus ancienne et cruelle inégalité remonte à l’aube de l’humanité quand notre espèce a développé des croyances concernant le rôle des femmes et des hommes. Le plus souvent ce partage s’est fait au détriment des femmes. » Ainsi commence le chapitre sur l’égalité entre les femmes et les hommes du programme l’Avenir en commun de Jean-Luc Mélenchon. Cette semaine est sous le signe des droits des femmes.

Après la succès de la projection du film de Gilles Perret et François Ruffin Debout les Femmes à la Maison de Quartier de Bagatelle, le 8 mars aura lieu une forte mobilisation des mouvements féministes. La semaine se clôturera par la venue de trois députées insoumises Clémentine Autain, Sabine Rubin et Bénédicte Taurine pour le meeting du 11 mars à 19h30 salle Rancy.

Elles présenteront des mesures de notre programme l’Avenir en commun comme l’adoption d’une loi de lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes, avec, comme demandé par les associations, une allocation d’un fonds d’urgence d’un milliard d’euros, notamment en faveur de la formation et le développement de places d’hébergement. 

Cette mesure plébiscitée largement par les français selon une étude d’Harris Interactive en juillet 2021, tout comme celle instaurant des sanctions financières et pénales à l’encontre des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale femmes/hommes ou celle annonçant la mise en œuvre d’un plan de lutte contre le harcèlement sexiste et les agressions sexuelles dans les transports collectifs. Jean-Luc Mélenchon est revenu sur ces sujets à l’occasion d’un entretien au magazine Elle que je vous recommande de lire1.

Des mesures indispensables qui nous encouragent à œuvrer pour qu’un autre monde soit possible. 

Cette séquence est l’occasion pour moi de revenir sur le travail que nous avons entamé avec ma collègue Hélène Magdo au nom des autres élu.e.s de l’opposition sur les noms de rues. En effet nous siégeons tous deux à la Commission Dénominations de voies publiques (et oui ça existe !). Notre premier constat a été de découvrir qu’à Toulouse, comme sûrement dans de nombreuses autres villes, moins de 5 % des rues portent le nom d’une femme2.

Nous nous sommes alors fixés une règle : proposer au moins 3/4 de noms féminins parmi les noms que nous soumettons à chaque commission qui se réunit environ tous les 3 mois. 
Une position qui nous oblige à un travail de recherche et de recueil permanent, tant les femmes ont été les oubliées de la plupart de nos livres d’Histoire. Il faut saluer ici le travail salutaire de l’historienne Elerika Leroy sur la Résistance Toulousaine, entre autre sur celles qui firent figure de « petites mains » furent ô combien précieuses. 

Depuis notre arrivée au Conseil municipal, voici les noms qui ont été validés à la  Commission présidée par M. Jean-Michel Lattes dont il convient de saluer jusqu’ici l’ouverture d’esprit et la curiosité.


Angele Bettini Del Rio ( Résistante toulousaine d’origine espagnole)
Les Chemisières ( Groupe d’ouvrières toulousaines qui participèrent au lancement de l’industrie aéronautique à Toulouse)
Antoinette Duclaire (Journaliste haïtienne assassinée)
Mariella Franco ( Sociologue, militante LGBT et des droits humains assassinée au Brésil)
Cathy Granier (Enseignante toulousaine et militante pour les droits humains)
Clarissa Jean-Philippe (Policière assassinée par le terroriste Amedy Coulibaly)
Marta Lidia Ugarte Roman (Enseignante chilienne assassinée pendant la dictature de Pinochet)
Wangari Maathai ( Biologiste, militante écologiste kenyanne).
Clara Malraux ( Ecrivaine et Résistante à Toulouse)
Jeannine Messerli-Morice ( Décoratrice et Résistante toulousaine)
Anne Sylvestre (Chanteuse connue pour son engagement notamment vis à vis de la jeunesse)
Agathe Uwilingiyimana (Première ministre du Rwanda assassinée par les génocidaires Hutus)

Ce 7 mars, comme un symbole, une nouvelle commission Dénomination de Voies publiques aura lieu. Avec ma collègue, nous proposerons, comme à notre habitude, quatre noms de femmes, forcément ici en lien avec l’actualité brûlante de la guerre en Ukraine. Une manière de rendre hommage à celles qui, dans un passé plus lointain ou récent, tinrent tête à l’impérialisme qu’il ait des relents nazi, autocratique comme celui de Vladimir Poutine ou islamiste comme celui de Daesh que combattirent en première ligne les kurdes avant d’être lâchées par les puissances occidentales.

Voici quatre noms, quatre histoires à retenir, qui font partie de notre grande Histoire :

Lioudmila Pavlitchenko ( 12/07/1916-10/10/1974)
Née à Bila Tserkva (région de Kyiv) le 12/07/1916 – 10/10/1974 à Moscou
Lioudmila Pavlitchenko s’installe à Kyiv avec sa famille à l’âge de 14 ans. Elle s’inscrit dans un club de tir et devient une tireuse d’élite, tout en travaillant comme ouvrière à l’usine Arsenal de Kyiv. 
En juin 1941 alors qu’elle étudie l’histoire à l’Université de Kyiv, l’Allemagne nazie commence à envahir le territoire soviétique, elle est parmi les premières volontaires à se présenter au bureau de recrutement. Elle est affectée à la 25e Division d’infanterie de l’Armée Rouge.
Elle y devient l’une des 2 000 femmes tireuses d’élite de l’Armée rouge.
Pavlitchenko combat pendant deux mois et demi près d’Odessa, elle est considérée comme une des meilleures tireuses d’élite de la Seconde Guerre Mondiale. En juin 1942  Pavlitchenko est blessée par un tir de mortier. En raison de sa célébrité croissante, elle est retirée du front moins d’un mois après son rétablissement. 
En septembre 1942 elle est envoyée au Canada et aux Etats-Unis et est reçue à la Maison-Blanche par le président Rossevelt  devenant la première citoyenne soviétique à être reçue par un président des Etats-Unis.
Après la guerre, elle achève ses études à l’Université de Kiev et commence une carrière d’historienne. Elle s’occupe ensuite activement du Comité soviétique des vétérans de guerre. 

Amina Oukouïeva (5/06/1983 – 30/10/2017)
Amina Okouïeva est un des visages symboliques aussi bien de l’Euromaïdan (manifestations pro-européennes en Ukraine entre novembre 2013 et février 2014), auquel elle a participé, que des combats contre les séparatistes et les forces russes dans le Donbass. 
Elle est née le 5 juin 1983 à Odessa. Par la suite, elle a vécu à Moscou et Grozny, avant de rentrer dans sa ville natale pendant la seconde guerre de Tchétchénie. Elle est devenue chirurgienne après des études à la faculté de médecine d’Odessa. Avec son époux Adam, lui-même réfugié en Ukraine pour fuir les services spéciaux russes et les agents de Kadyrov, elle milite en faveur de la libération de l’Itchkérie (nom donné à la Tchétchénie par les indépendantistes tchétchènes) et prend une part active à la vie de la diaspora tchétchène .
Elle a été tuée dans une embuscade le 30 octobre 2017, en banlieue de Kiev.


Anastasia Babourova (30/11/1983-19/01/2009)

Née le 30 novembre 1983 à Sebastopol et morte assassinée le 19 janvier 2009 à Moscou, Anastasia Babourova est une journaliste ukrainienne qui a travaillé pour le journal russe Novaïa Gazeta. 
Elle a mené en tant que membre d’Autonomous Action (un groupe anarchiste russe) des investigations sur les groupes néo-nazis et leur montée en puissance. Elle milite également au sein d’une association écologiste.  Le 19 janvier 2009, elle reçoit un coup de feu à la tête en même temps que l’avocat défenseur des droits de l’homme Stanislav Markelov. Amenée à l’hôpital, elle y décède quelques heures plus tard, devenant ainsi la quatrième journaliste de Novaïa Gazeta à être assassinée depuis 2000. L’ultranationaliste russe, Nikita Tikhonov, 31 ans, a été condamné à la peine maximale requise par le procureur pour le double meurtre. 


Barin Kobané ( 1995- 2/02/2018)

Barîn Kobanê, de son vrai nom Amina Omar, âgée de 23 ans, est une combattante kurde des YPJ, Unité de protection de la femme, organisation militaire composée exclusivement de femmes et faisant partie des YPG, Unités de protection des peuples . Elle est également membre du Parti de l’Union Démocratique (PYD). Elle s’engage dans les YPJ en 2015 en réaction aux massacres de Sinjar commis par l’ Etat Islamique contre la communauté yézidie en 2014. 
De 2015 à 2017, elle participe à plusieurs combats contre l’État islamique, notamment la bataille de Kobané et la bataille de Raqqa.  
Le 20 janvier 2018, l’armée turque lance une offensive pour prendre le contrôle de la ville d’Afrine dans l’enclave libre et autogérée du Rojava (Kurdistan syrien). YPJ, indique que « Barin et trois autres compagnes de combat ont refusé de reculer malgré les ordres donnés en ce sens et ont poursuivi le combat jusqu’au martyre ». Son corps dénudé et mutillé est retrouvé le 30 janvier. Les YPJ confirment sa mort ainsi que celle de trois autres combattantes des YPG. 


1https://www.elle.fr/Societe/News/Jean-Luc-Melenchon-face-a-ELLE-A-16-ou-17-ans-j-ai-ete-au-moins-aussi-grossier-que-Mila-4002346
2https://www.mediacites.fr/enquete/toulouse/2020/12/07/moins-dune-rue-sur-vingt-porte-un-nom-de-femme-a-toulouse/

Solidaires de Toulouse à Kiev

Cette semaine, comment ne pas parler de la guerre en Ukraine lancée par Vladimir Poutine? Je n’ajouterai pas ici une analyse aux nombreuses déjà émises un peu partout dans le flot des réseaux sociaux. 

En tant qu’élu municipal de la ville de Toulouse, ville jumelée à Kiev depuis 1975, j’ai une pensée particulière pour le peuple ukrainien dans son ensemble, les Kiéviennes et Kiéviens, ainsi que pour les manifestant.e.s russes qui ont le courage de sortir dans la rue pour dire non à la guerre.

Cette période de trouble géopolitique nous oblige à consulter les pages sombres de nos histoires, et celles et ceux qui firent figure d’étincelle dans la glace de la surenchère guerrière. Je vous mets ici le lien du dernier discours de Jean Jaurès, le 25 juilllet 1914: https://www.humanite.fr/sites/default/files/legacy/doc1jeanjaures.pdf

Dans les moments de crise il faut savoir faire appel à sa mémoire pour puiser les racines de solutions possibles par le haut.

Pour le reste, je relaie ici le texte écrit collectivement et lu par ma collègue conseillère municipale Agathe Roby, lors du rassemblement de ce vendredi 25 février, à l’appel des associations et syndicats, au nom de l’Union Populaire qui expose notre position et nos propositions à ce stade.
    
 “Nos premiers mots vont au peuple ukrainien victime de l’invasion militaire brutale et meurtrière de la Russie. La France insoumise et l’Union Populaire condamnent fermement l’invasion russe et plaident pour que les étapes nécessaires à une désescalade soient mises en place.


Une pensée particulière aux habitantes et habitants de Kiev. Vous savez sans doute que notre ville est jumelée avec la capitale de l’Ukraine depuis 1975. En tant que conseiller.es municipaux toulousains, nous adressons toute notre solidarité et notre soutien au maire de Kiev, Vitali Klitschko. Nous appelons de nos vœux la mise en place d’une aide humanitaire et l’accueil des réfugié.es ukrainiennes et ukrainiens à Toulouse au titre de ce jumelage. Comme pour toutes les victimes de conflits et de catastrophes climatiques, des propositions de solidarité doivent être mises en place le plus rapidement possible.


Une pensée aussi à toutes et tous les Russes qui se sont rassemblé.es pour dire non à la guerre. Nous savons le courage qu’il faut pour manifester contre la politique du Kremlin et nous savons la répression à laquelle les mouvements d’opposition russes s’exposent face à l’autocrate Poutine. Nos camarades du Front de Gauche dont M.Serguei Oudalstov en ont payé le prix par de nombreuses années de prison.

Tout doit être fait pour obtenir un cessez-le-feu dans les plus brefs délais pour faire cesser les souffrances et l’exil des populations civiles. Sauf à la guerre totale, il n’existe pas d’alternative à la voie diplomatique. Il faut donc créer les conditions d’une désescalade, qui passe par un cessez-le-feu, un retrait des troupes russes du territoire ukrainien et la sécurisation des 16 sites nucléaires, dont Tchernobyl. 

La France, par son histoire et son statut de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, est l’une des seules puissances à pouvoir œuvrer en ce sens comme elle l’a fait en 2003 lors de la guerre d’Irak. Le président ukrainien a fait preuve de courage en évoquant la possibilité de la neutralité de l’Ukraine si des garanties de sécurité sont fournies à son pays.

C’est le sens de la proposition faite par Jean-Luc Mélenchon et l’Union Populaire de la tenue d’une conférence sur les frontières dans le cadre de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). La France doit être force de proposition diplomatique. La solution ne peut en aucun cas être celle d’un affrontement armé entre puissances nucléaires. Cela exposerait l’Europe et le monde à des conséquences incommensurables.

L’Europe  a été le berceau de deux guerres mondiales. Œuvrons tous ensemble pour que la 3ème soit évitée. Vive la Paix ! La paix entre les peuples doit être le but ultime de toute action humaine. Elle doit rester notre boussole. Et la France se doit d’en être la garante.  À nous aussi, peuple français, de nous en mêler en descendant massivement dans la rue pour réclamer la paix.”

De portes en portes

Aujourd’hui, c’est dimanche! Et dimanche, pour les militant.e.s Union Pop’ de la 4ème Circonscription de Haute-Garonne, c’est porte à porte! Un rendez-vous rituel que nous avons institué début janvier et qui vient s’ajouter chaque semaine à celui du mercredi lancé depuis octobre. L’émission C Politique sur France 5 y a même consacré une capsule vidéo qui sera diffusée dimanche prochain à 18h30.

Dès le début, notre stratégie locale, puis nationale, a été claire : aller chercher dans un premier temps les personnes potentiellement non inscrites sur les listes ou abstentionnistes “récidivistes”. 

On ne peut en effet pas compter sur le gouvernement pour inciter les gens à participer à la vie démocratique du pays et à user notamment de leur droit de vote. On entend dire qu’une campagne de sensibilisation se prépare pour le 25 février, la fin des inscriptions étant le 4 mars, fin de la blague! Emmanuel Macron a de toute façon intérêt à peu de participation pour que son score soit gonflé par l’aristocratie électorale qui ne manque aucune élection.

La désertion de la puissance publique, même sur ce sujet est donc compensée par la volonté et la solidarité des militant.e.s, qui partout en France se démènent pour faire avancer leurs idées et simplement intéresser les habitant.e.s au cadre électoral dans lequel elles sont amenées à être tranchées.  A Toulouse d’autres groupes, dont les Jeunes Insoumis ont fait un travail remarquable dans les Cités U. Des militant.e.s de différentes circonscriptions commencent à mettre en place des porte à porte partagés, comme nous le faisons avec celles et ceux de la circo 9. 

Nous avons décidé de nous consacrer plus particulièrement à deux quartiers du Mirail où selon l’analyse cartographique de nos militant.e.s expert.e.s, l’abstention a été la plus forte depuis 2017. On y trouve des bureaux de vote à plus de 80 % d’abstention sur les dernières élections Départementales et Régionales, là où Jean-Luc Mélenchon a obtenu des scores homériques il y a 5 ans, allant jusqu’à faire 52% dans un bureau de vote au premier tour, où aucune communauté cubaine ou vénézuélienne n’est répertoriée.

C’est plutôt le discours et la constance qui sont reconnus par les gens avec qui nous discutons sur la défense des plus pauvres et des communautés stigmatisées. Ainsi peut-on entendre des choses sur JLM qui ferait s’évanouir Sonia Mabrouk : « Mélenchon il est gentil » ou « c’est un visionnaire »… Les retours sont très positifs, même si émaillés ici ou là par quelques critiques mais toujours moins nombreuses que dans d’autres secteurs de la société. 

Voici comment l’on peut synthétiser les opérations de porte à porte dans le secteur Reynerie-Bellefontaine. La première donnée est que sur 10 portes frappées, 7 restent fermées pour trois raisons principales : parce que les gens ne sont pas chez eux au moment de notre passage, parce qu’ils n’ouvrent pas leur porte car ils ne  souhaitent pas être dérangés et enfin parce que les logements sont inoccupés voire condamnés. 

En effet, nous sommes dans des quartiers Rénovation Urbaine où beaucoup de barres sont promises à la démolition depuis des années. La stratégie des bailleurs est donc, à la fin d’un bail de location, de laisser l’appartement vide  pour ne pas avoir à reloger les gens, d’autres ont été contraints de partir et d’autres encore ont accepté une des trois propositions de relogement qu’est obligé de faire le bailleur. 

De nombreux habitant.e.s se mobilisent contre ces « rénovations » faites sans eux et pas pour eux. Il faut ici rendre hommage notamment à Karine Bellemare, habitante de la tour Messager qui depuis des années mène cette lutte1. J’avais de mon côté publié une tribune sur la question et aurait tant de choses à dire que cela mériterait un nouveau billet2

Revenons ici à nos portes toquées et qui cette fois, s’ouvrent . Elles se divisent aussi en trois catégories. Celles des personnes qui bien que travaillant dans notre pays n’ont pas le droit de vote, car pas encore la nationalité française. L’occasion de revenir sur notre programme qui veut régulariser toutes celles et ceux qui travaillent ici et contribuent à la richesse nationale. La plupart de ces personnes sont souvent intéressées par la politique française et en parlent dans leur entourage, à une sœur, à un fils qui a la nationalité française et ira voter probablement pour JLM.

 La deuxième catégorie affirme un vote assuré qui ira pour JLM. Dans ce cas nous n’avons pas à faire de travail de persuasion, les gens le sont déjà. Certains nous invitent même à entrer pour prendre le thé avec leurs amis présents ou nous demandent des tracts pour en distribuer de leur côté. Il y aurait d’ailleurs à réfléchir et à dire sur la force de ce vote « fixé » sur JLM et l’Union Populaire.

Troisième catégorie : les indécis. Soit ils ne savent plus s’ils sont inscrits car la dernière fois c’était en 2017, auquel cas nous vérifions leur situation électorale avec eux sur internet. Le choix du vote est alors plus complexe et encore indécis. Soit ils ne votent pas par conviction avec différents arguments : de l’inutilité du vote, au fatalisme, de la défiance pour les politiques de manière globale, au sentiment que peut importe celui ou celle qui arrivera au pouvoir il ou elle les trahira.

Sur ce dernier point de vue, le gouvernement Hollande a laissé des traces compliquées à effacer, nous nous efforçons alors de mettre en avant le programme de l’AEC et d’engager une conversation avec la personne sans pour autant avoir la prétention de la convaincre, la petite graine germera peut être plus tard, ou pas.


On dit souvent que les gens sont « dépolitisés », je suis persuadé de l’inverse. Les gens sont ultra « politisés », à commencer par celles et ceux qui ne votent plus, ce qui aiguise leur esprit critique davantage, et qui allié au fatalisme ambiant nous rend la tâche ardue. Même si nous ne parvenons pas à décider les abstentionnistes déterminés, voire hostiles à nos idées, ils sont tout de même contents de nous voir.

Pourquoi ? Parce que nous sommes parfois un des seuls liens de sociabilités auquel ils auront pu se raccrocher dans la semaine. Je pense notamment à des personnes âgées isolées, qui voient peu de gens et nous taillent la discussion sur tout et rien. Les mêmes préoccupations autour des fins de mois difficiles reviennent systématiquement : le logement, l’essence, le prix des produits de première nécessité… Mais aussi, ce manque d’être ensemble, d’avoir des gens à qui parler. 

Ce désir de rencontrer les gens « en vrai » se traduit également dans nos rangs par le nombre grandissant de militant.e.s qui participent désormais au porte à porte.

En octobre, nous étions une demi-douzaine au rendez vous du mercredi, parfois un peu moins, aujourd’hui nous sommes à chaque fois au minimum 12 aux deux porte à porte de la semaine. Il faut dire que comme partout, les militant.e.s arrivent de manière forte et constante dans la campagne. A la dernière rencontre Inter-GA (Groupes d’Action), il y a bientôt trois semaines, nous étions plus d’une cinquantaine dont la moitié de nouveaux visages, au point qu’il n’y avait plus assez de chaises dans la grande salle du Rincon Chileno, où nous nous retrouvons régulièrement. 

A chaque fois, nous y présentons les multiples actions organisées par les différents Groupes d’Actions (GA) de la circonscription, auxquelles peuvent participer, selon leurs appétences, les nouveaux venus : marchés, porteurs de paroles, les trois permanences par semaine au local de la France Insoumise de Toulouse, participation aux événements comme le très réussi meeting du 11 février dernier, la projection de Debout les femmes le 4 mars à la Maison de Quartier de Bagatelle, les opérations coups de fils où un travail capital a été effectué qui s’est avéré déterminant dans la mobilisation de nouvelles personnes et enfin le porte à porte. 

Pour ce dernier, en regardant lundi la carte de la Reynerie et de Bellefontaine, je me suis aperçu que nous avions arpenté 75 % des blocs du quartier. Un petit exploit quand on sait qu’au début nous n’en visions que 50 % d’ici le 4 mars. Il nous reste deux semaines pour combler les 25 % restants et c’est ce à quoi nous allons nous atteler ce dimanche ainsi que les jours suivants. J’en ai donc fait ma priorité. Ensuite je pourrai retourner au Parlement de Campagne national avec plaisir le 19 mars prochain à la veille de la grande marche nationale du 20 mars.

D’ici là nous serons passés à d’autres quartiers du secteur où les habitus de vote sont plus ancrés, et où il s’agira de passer d’un porte à porte d’inscription à un porte à porte de conviction dans la dernière ligne droite de la campagne.

Toutes ces portes frappées seront elles payantes d’un point de vue électoral? Rien ne nous le garantit, c’est un vrai “pari de Pascal” que nous effectuons. Ne pas le faire ne nous apporterait de toute façon rien, le faire avec toute la conviction que nous y mettons nous apportera peut être des résultats infimes mais cruciaux quand il s’agira de passer la tête au second tour.

1https://actu.fr/occitanie/toulouse_31555/au-mirail-des-habitants-de-l-immeuble-le-plus-vetuste-de-toulouse-on-fait-tout-pour-nous-faire-partir_47892373.html
2https://www.ladepeche.fr/2021/06/17/renovation-urbaine-a-toulouse-et-si-on-changeait-de-cap-9611999.php

Billet Violette: du Conseil de Classe au Conseil Municipal

A l’occasion de la campagne présidentielle, je reprends le fil des billets Violette pour revenir sur les moments forts et sur les actualités locales

La semaine écoulée a été chargée, c’est le moins que l’on puisse dire !

Le rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre et la galère des jeunes

Profitant du départ en stage d’une de mes classes, j’ai pu me rendre à Paris mardi soir afin d’assister le lendemain à la présentation du rapport annuel de la Fondation Abbé Pierre avec William Martinet, le co-rapporteur du Plan Zéro Sans-Abris de l’Union Populaire. Et c’est un sévère bilan pour Macron que nous avons dressé ! A commencer par sa promesse en 2017 qu’il n’y aurait « plus personne dans la rue d’ici la fin de l’année ».  Une promesse loin d’être tenue. On compte aujourd’hui deux fois plus de personnes SDF qu’il y a dix ans et chaque soir, dans notre pays, 3 800 personnes à la rue contactent le 115, numéro d’urgence sociale, sans qu’aucune proposition d’hébergement ne leur soit faite.

Qui a oublié également que dès le premier été de son mandat, Emmanuel Macron a coupé les aides personnalisées au logements (APL) de 5 euros  et les a gelées ? Certes, il a demandé aux offices HLM de compenser ces coupes avec la fameuse Réduction Loyer Solidarité (RLS) et cela a eu pour conséquence de freiner la construction de nouveaux logements, la réhabilitation de leur parc et leur service aux locataires. Ce bilan détaillé a été suivi par des témoignages poignants de jeunes, exposés particulièrement au mal-logement obligés de retourner vivre chez leurs parents. 

Le lendemain jeudi, Place du Capitole, au côté des animatrices et animateurs de la ville de Toulouse, qui se sont vus privés de 300 euros sur leur salaire suite à une erreur kafkaïenne de la Mairie, je ne pouvais que repenser à ces paroles. Ces jeunes qui assurent le bien être de nos pitchounes au quotidien dans les écoles de la ville, qui sont en première ligne face à la crise Covid ont vu leurs conditions de travail dégradées avec le passage du taux d’encadrement de 14 enfants par animateurs à 18, subissant une nouvelle injustice de la part de la Mairie dans un contexte de précarité accrue.

Voilà la double dose du Macronisme que subissent les habitantes et habitants de Toulouse. Et les mots de Jean-Luc Mélenchon lors de son meeting ce jeudi résonnent ici : « la violence de leur monde ».

Oui, nous ne pouvons que souhaiter la fin de leur monde comme le rappait IAM, a fortiori lorsque sont exposées par la Fondation Abbé Pierre toutes ces situations de violence : celles que subissent les réfugié.e.s à Calais, sous les ponts des grandes villes et celle, à Toulouse, de la menace d’expulsion qui plane au dessus de la tête des  « jeunes mineur.e.s isolé.e.s » qui vivent dans la résidence des Tourelles. Les associations dont Médecin du Monde l’ont déjà dénoncé, et avec le groupe municipal AMC nous y sommes particulièrement vigilants.


Jean-Luc Mélenchon, mention très bien pour le grand oral sur le logement

Mercredi, après les témoignages, c’est l’exercice du grand oral qui attendait les candidates et candidats à la présidentielle devant le public présent. Dans l’ordre Fabien Roussel, Christiane Taubira, Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Aurélien Pradié qui représentait Valérie Pécresse. Il leur faut faire face de surcroît aux questions de Christophe Robert et Manuel Domergue respectivement Directeur Général et Directeur des études de la Fondation Abbé Pierre, et d’Anne-Sophie Lapix présente pour l’occasion. 

La plupart des candidat.e.s s’en sortent de manière plus ou moins convaincante comme Fabien Roussel, Anne Hidalgo et Yannick Jadot. Beaucoup plus compliqué pour Christiane Taubira,, qui va se prendre les pieds dans le tapis sur de nombreux sujets. On ne peut pas tricher ou s’en sortir par de la simple éloquence sur des questions aussi techniques que le logement face à des interlocuteurs avertis, résultat: cette fois le Conseil de classe ne s’est pas laissé dupé et a donné la mention “flou” à Mme Taubira.

On notera l’intervention d’Aurélien Pradié face à un public non acquis qui, malgré quelques approximations, a eu le mérite d’assumer la ligne de droite de sa candidate sans louvoyer. Une proposition intéressante de sa part: donner plus de marge aux maires des communes pour réquisitionner les logements et bâtiments vacants et un constat sur la financiarisation du logement qu’il avouera partager avec notre candidat: Jean-Luc Mélenchon.

Nous avons justement accueilli Jean-Luc Mélenchon avec son équipe, et accessoirement l’équipe de Quotidien qui a collé JLM dans tous les couloirs du Palais des Congrès. Quelques échanges sur des points du programme avant l’entrée sur scène où JLM s’est montré dès les premières minutes à l’aise et sûr de son analyse, en n’y allant pas par quatre chemins pour dénoncer la marchandisation du logement et sa volonté de mener cette bataille. Finalement JLM a été le seul à rappeler que la question de l’accès au logement est aussi une lutte des classes et des places face au capitalisme financiarisé.

Il a ensuite déroulé les propositions de notre Plan Zéro Sans-Abris et du Livret Logement publiés le même jour. Deux documents, fruit d’un travail qu’il convient de saluer de la part de l’équipe logement de l’Union Populaire, chiffrés, détaillés que je ne peux que vous recommander. Après ce franc succès, les membres de l’équipe ont pu échanger avec des représentants de la Fédération des Acteurs de la Solidarité et du Droit Au Logement (DAL) qui s’ils ont émis des remarques légitimes sur nos travaux ont insisté sur le sérieux des propositions et la qualité de réflexion des livrets programmatiques.

L’occasion pour moi de revoir Jean-Baptiste Eyraud, porte-parole historique du DAL et compagnon de route de l’Abbé Pierre, au côté duquel j’ai eu la chance d’apprendre énormément pendant mes dix années passées dans cette association.

Jean-Luc Moudenc assure le service après vente de « Don’t look up »

Sur cette journée réussie, j’ai rejoint la Gare d’Austerlitz pour prendre un train de nuit afin de donner mes cours à mes Première en début de matinée, avant d’enchaîner avec une conférence de presse pour le groupe Alternative municipale citoyenne (AMC ) menée avec Agathe Roby et appuyée par nos collaboratrices Arianne et Léandra.

Au menu, l’Enquête Publique de la troisième ligne de métro, dite TAE Toulouse Aéro Express, qui sera le point central des Conseils municipaux et métropolitains ces mardi 8 et ce jeudi 10 février. 

On peut dire que ce document public ressemble à tous ceux publiés depuis le début de mandat : à contre sens du point de vue climatique. Un Plan de Développement Urbain (PDU) annulé, un Plan Local d’Urbanisme (PLUIH) proche du même sort car trop consommateur d’espaces naturels, un Plan Climat (PCAET) en dessous de toutes les ambitions nationales et internationales. 

Voici désormais une enquête publique qui sous estime largement les émissions de Gaz à Effet de Serre (GES) de la future troisième ligne de métro, selon plusieurs contributions d’associations dont celle remarquable des Faiseurs de Ville

En effet l’enquête prend des hypothèses exagérément optimistes sur les émissions dues au transport et sur les distances parcourues pour l’évacuation des déblais. L’association Faiseurs de Ville estime notamment que ce sont près de 413 000 tonnes de CO2e qui vont être émises lors de la construction, soit un chiffre 2,5 fois plus élevé que celui du dossier soumis à l’enquête publique. Il en va de même sur les déplacements en voiture que permettrait d’éviter cette troisième ligne, là Tisseo s’emmêle les pinceaux en exposant deux chiffres différents allant du simple au double : -531 000 km/jour dans l’enquête environnementale contre – 250 000 km/jour annoncé sur le site de Tisseo.

Force est de constater qu’à ce jour la construction de la troisième ligne de métro aggrave à ce stade les émissions de Gaz à Effet de Serre sur la métropole toulousaine et contrevient à l’objectif de réduction de 44 % de celles émises par les  transports de l’agglomération à l’horizon 2030 tel qu’inscrit dans le Plan Climat (PCAET). 

Avec le groupe AMC, nous demandons donc des chiffrages corrigés et un Plan de Développement Urbain de toute urgence avec la participation des  habitants et associations, pour répondre aux objectifs du Plan Climat ainsi qu’aux objectifs nationaux et internationaux. 

Un Plan Climat lui même sous-dimensionné comme l’a montré la présentation de son bilan de mi-parcours le 20 janvier dernier : une trajectoire de –9% de réduction de gaz à effets de serre (GES) au lieu de l’objectif de –40%, cela alors même que la Commission Européenne a adopté un objectif de -55% qui va être décliné pour la France sous peu. Une trajectoire médiocre dont M. Moudenc compte faire peser sur les habitant.e.s qui sont priés d'acheter une voiture électrique dès le 1er janvier 2023 à cause de la non anticipation par la métropole du déploiement de la ZFE .

De notre côté, avec les élu.e.s du groupe AMC au Conseil municipal, nous continuerons à inciter M. Moudenc à sortir de l’impasse de son « don’t look up » pour mettre en place un Plan de mobilités en accord avec les objectifs climat et inscrire le projet de troisième ligne dans ce cadre. D’ici là, nous proposerons de ne pas lancer le projet en intégralité mais par tronçons, pour se laisser une marge de manœuvre pour développer le RER toulousain qui aura pour atout de desservir équitablement tous les territoires de la métropole. Nous nous efforcerons une nouvelle fois de réconcilier M. Moudenc et sa majorité avec les deux mots qui lui font cruellement défaut : anticipation et planification. 


Une fin de semaine avec deux meetings marquants en Occitanie

La planification écologique est justement l’un des axes de campagne que nous défendons avec l’Union Populaire et qui, n’en doutons pas, sera mise en avant lors des meetings qui s’annoncent.  A commencer par celui de vendredi prochain au Palais des sports de Toulouse avec Manuel Bompard, Mathilde Panot et Adrien Quatennens. 


Autre temps fort de la mobilisation toulousaine que nous faisons vivre depuis plusieurs mois, des milliers de portes toquées afin d’accompagner les habitants mal ou non inscrits sur les listes électorales dans leurs démarches d’ici le 4 mars.

Rappelons-le, ils représentent en France plus de 13 millions de personnes sur les 48 millions d’électeurs!  
Partout nous constatons que nous sommes en dynamique. Ainsi lors  de la dernière réunion des militant.es de notre circonscription, pas moins d’une cinquantaine de personnes étaient présentes dont énormément de nouveaux visages. Malgré les zones de turbulence, le plan de vol se déroule sans accrocs et le meeting de Montpellier de Jean-Luc Mélenchon ce 13 février devrait marquer une nouvelle étape de campagne après ceux de Nantes, Strasbourg, Bordeaux et Tours. 

C’est la rentrée et il faut trouver les mots

Des mots pour dire qu’un homme est mort assassiné, qu’il s’appelait Samuel Paty. Qu’il est mort parce qu’il a fait son métier : enseigner l’Education Morale et Civique. La liberté d’expression, dont le droit au blasphème des religions, en faisait partie.

Des mots car trois autres personnes sont mortes assassinées aussi dans une église à Nice, parce qu’elles croyaient précisément en une religion.

Des mots sur le confinement après le couvre-feu. Des mots sur les soignant-e-s débordé-e-s.

Des mots qui doivent éclairer un peu toute cette obscurité. Pas évident.

Ces mots j’espérai pouvoir les trouver avec mes collègues lors des deux heures que nous devions avoir en début de matinée pour échanger, se parler. Même ce temps ils nous l’ont enlevé.

Nous allons donc devoir trouver les mots seuls comme souvent. Parce que leur monde d’après à eux ressemble à ça : débrouillez vous. Sa réinvention est donc celle-ci : métro (voiture pour moi) – boulot-dodo. Original.

Que dire alors à nos élèves ?

Des mots sincères et qui rassemblent plutôt qu’ils n’invectivent ou divisent comme ceux de Blanquer.

Des mots qui réconfortent et qui assument leurs responsabilités contrairement à ceux de Darmanin.

Des mots qui n’humilient pas à genoux contre un mur en disant que c’est comme ça qu’une classe se tient sage comme Castaner.

Des mots sur la liberté d’expression, d’où elle vient, notamment des cafés lors de la Révolution, lieux de sociabilité, d’une possible rencontre avec l’autre, aujourd’hui fermés.

Jusqu’où peut t-elle aller ? Rappeler la loi.

Des mots pour expliquer que même quand elle condamne la loi, un milliardaire comme Bolloré peut laisser sur orbite la haine de Zemmour s’exprimer.

Des mots pour dire que oui on a le droit de se moquer, d’insulter, de raconter n’importe quoi comme sur Cnews, que l’on n’est pas obligé d’apprécier cela, c’est même recommandé, et en droit de le critiquer dans le débat public, et même devant la Justice.

Mais jamais dans la violence physique.

Des mots pour raconter que toutes les croyances religieuses ou politiques ont leurs dérives et leurs fanatiques. Que c’est le cas des terroristes islamistes, que c’était déjà le cas dans notre région, en Occitanie, il y a quelques siècles lorsque l’Inquisition Languedocienne catholique chassait tout ce qui ressemblait à un hérétique ou à une sorcière.

Des mots pour montrer que c’est le propre des fanatiques religieux de s’en prendre d’abord à leur coreligionnaire pas assez «purs », et qu’aujourd’hui d’ailleurs les musulmans sont les premières victimes du terrorisme islamiste dans le monde.

Des mots pour rappeler que les fanatismes s’alimentent plus loin qu’entre Nice et Avignon, et que c’est précisément leur objectif de créer une tension inéluctable amenant à une guerre de civilisation ou de religion.

Des mots pour se souvenir que les guerres de religion on a déjà donné en France, au XVIème siècle, entre protestants et catholiques, avec pour point d’orgue le massacre de la Saint-Barthélémy en 1572.

Des mots pour marteler que dans toutes les religions il y a des hommes et des femmes de bien. Il y a des noms qui ont élevé l’humanité, hier et aujourd’hui. Des noms qu’on ne prononce et n’enseigne jamais assez comme ceux d’Olga Bancic, d’Abdelkader Mesli, de Germaine Ribière parmi tant d’autres.

Des noms plus proches avec ou sans religion, ceux de Bârin Kobané, d’Asia Ramazan Antar, d’Arin Mirkan. Trois combattantes kurdes mortes au combat face à Daesh.

Ceux de Frédéric Demonchaux, Olivier Le Clainche, Farid Medjahed, trois français partis aussi combattre Daesh aux côtés des kurdes en Syrie. Morts au combat, et dont les amis politiques sont aujourd’hui traités d’islamo-gauchistes par des politiciens médiocres qui de la main dont ils ne pointent pas du doigt serre celle des pétro-dollars finançant des terroristes islamistes.

Frédéric, Olivier et Farid sont tous trois dans une brigade internationale comme d’autres le firent il y a près d’un siècle de l’autre côté des Pyrénées afin de lutter contre un autre type de fascisme. On les qualifiait souvent à l’époque de « judéo-blochéviques ». Un stigmate chasse l’autre.

Des mots encore pour les kurdes en première ligne du combat contre l’islamisme terroriste, lâché par notre gouvernement lorsque la Turquie lança son offensive contre eux le 9 octobre 2019.

Des mots pour répondre aux questions sur la tension montante avec la Turquie justement, gouvernée par un nationaliste, M. Erdogan. Un pays avec lequel nous avons partagé jusqu’à une de nos exceptions, pas sous la même forme mais avec le même mot : la laïcité.

 Des mots encore donc pour expliquer une énième fois la Laïcité, loi 1905, rien que la Loi. Pas pour contraindre mais pour protéger tous ceux qui croient, et ceux qui ne croient pas.

Des mots pour se méfier de ceux qui projettent leur fantasme d’exclure telle ou telle « communauté » aujourd’hui au nom de la laïcité.

Des mots sans masques pour dire que la période est compliquée, entre ça et le confinement.

Des mots pour les confiné-e-s, celles et ceux qui seront dans des appartements sur-occupés. Des mots pour les parents dans les hôpitaux, à la caisse, à l’usine, sans-emplois.

Des mots sans filtres pour décevoir car il n’y aura pas Lycéens au Cinéma cette année étant donné qu’ils ont fermé tous les lieux culturels.

Des mots pour se protéger en n’oubliant pas d’être légers et de ne pas être trop sérieux, surtout à 17 ans.

Des mots pour acter de ne pas trop attendre  des gens au pouvoir pour respirer un peu mieux dans les décennies à venir et réenchanter un monde qui en a tant besoin.

Des mots pour finir qui rappellent toujours que l’amour des siens ce n’est pas la haine des autres.

PS : Mon obligation de neutralité ne me permettra pas bien sûr de dire tous ces mots. Je ne nommerai donc aucun ministre actuel, ni le gouvernement et n’émettrait aucun avis d’ordre politique. Comme je m’y suis toujours attaché dans mes cours et m’y attacherai sans cesse.

Je préfère le préciser, car M. Blanquer, chantre de la liberté d’expression, a fait sanctionner au Havre en 2019 une directrice d’école qui a eu le malheur de critiquer sa réforme depuis sa boîte mail académique…. Une réforme qui s’en prend précisément à la liberté d’expression des enseignants et fait régner un climat de suspicion que je préfère déminer dans ce Post Scriptum. Bon courage à tous mes collègues, aux élèves, à leurs parents.

Crédit photo: Tien Tran

Samuel Paty

Ce matin nous pouvons mettre un nom et un visage sur l’homme qui a été assassiné hier par un fanatique religieux. Des pensées émues pour la famille et les proches de Samuel. 
 
Nous avions le point commun d’être professeur d’Histoire-Géographie, mais aussi de ce que l’on nomme aujourd’hui l’Education Morale et Civique. Une matière souvent négligée par le temps que l’on nous confie à l’enseigner.
 
Ainsi M. Blanquer a fait diminuer tous les temps d’enseignement général en Lycée Professionnel, dans la logique lancée depuis quelques années maintenant d’amener plus vite nos jeunes sur les marché du travail. Ce choix du marché du travail le plus vite possible se fait forcément au détriment de la formation intellectuelle de nos élèves, citoyen-ne-s de demain.
 
La tolérance, l’esprit critique, la réflexivité sont un apprentissage. Elles ne sont pas innées, elles s’acquièrent par l’échange, savoir exprimer ses désaccords dans un cadre commun.
Nous donne t-on les moyens et le temps nécessaires d’y travailler? La réponse est clairement non.
 
A fortiori lorsque l’on permet en primetime sur les plateaux que des gens condamnés pour provocation à la haine raciale et véhiculant clichés racistes sur cliché racistes puissent s’exprimer sans limites.
 
J’ai pu observer dans mes classes comment les tabous liés aux expressions intolérantes en tout genre tombent l’un après l’autre. Récemment encore un élève ayant tenu des propos racistes nous expliquait qu’après tout “des gens très bien disaient la même chose sur CNews”…
 
Cela ne sert à rien ensuite de faire des incantations autour de valeurs morales la “Liberté d’expression”, la “laïcité”, la “tolérance”, si notre société est incapable de créer des lieux et des temps pour instruire ses citoyens sur ces sujets.
 
En outre, on ne combat pas Daesh et son idélologie en lui faisant la morale. On le combat ici en le déconstruisant intellectuellement et en redonnant davantage de moyens aux associations, à l’éducation populaire, en remettant une police de proximité, des services publics, des moyens plus importants à nos services de renseignements. Bref en remettant du lien humain partout pour savoir repérer et anticiper les dérives de celles et ceux pouvant être attirés par cette idéologie. Pour savoir mieux vivre ensemble simplement.
 
On le combat là bas en soutenant logistiquement celles et ceux qui luttent contre l’islamisme intégriste en promouvant une société émancipée, notamment le peuple kurde.
 
Pour finir je voudrais avoir une pensée pour mes ami-e-s musulman-e-s, qui sont parmi les premières victimes du fondamentalisme islamisme. Victimes là bas bien sûr, mais victimes ici aussi. En effet depuis hier soir on voit sur les réseaux sociaux se dessiner le chemin vers l’amalgame habituel: terroriste islamiste=Islam= musulmans dans leur ensemble.
 
Ce raccourci intellectuel est un problème que doivent subir l’immense majorité des musulman-e-s de France qui sont des gens participant tout autant au développement de notre pays que les autres. Les voici à devoir supporter que des individus barbares salissent leur religion par leurs actes, et à se se voir ensuite assimilés à ces sinistres personnes.
 
Rappelons le: derrière chaque guerre de religion se cache un objectif politique. Celui des islamistes fondamentalistes est su, connu et affiché: provoquer la tension dans nos sociétés pour nous monter les uns contre les autres.
 
La meilleure réponse à leur apporter est de ne pas rentrer dans ce jeu. De ne pas ajouter de la tension à la tension, mais au contraire de l’apaisement. Cela ne peut se faire qu’en se parlant et s’écoutant, en partageant des valeurs mais aussi ce que nous produisons en commun.
 
C’est à cela que doivent travailler les pouvoirs publics s’ils veulent être conséquents pour lutter contre tous les fondamentalismes religieux et les idéologies de l’extrême droite.
 
L’amour des siens ce n’est pas la haine des autres.

Bande organisée: un hymne giletjauné et créolise?

Une chanson populaire nous en dit parfois plus qu’on ne le pense sur une société et les gens qui y vivent. Le 15 août dernier est sorti « Bande Organisée » un tube où posent huit rappeurs marseillais (Jul, Elams, Houari, Kofs, Naps, SCH, Solda et Soso Maness) issue de la compilation « 13 organisé ». Un album et une chanson mettant en avant Marseille à l’initiative de Jul. Le 10 septembre le titre cumulait près de 20 millions d’écoute depuis sa mise en ligne et le clip sur YouTube compte plus de 100 millions de vues au moment où j’écris ces lignes. Un carton qu’on entend à la volée dans une voiture qui passe, par une fenêtre ouverte ou dans les couloirs des lycées.

La première réaction pourrait être de classer ce titre parmi ceux qui sortent depuis des mois dans le rap français évoquant souvent les mêmes thèmes. Essentiellement celui de la condition de « petit » sur le terrain du trafic de drogue rêvant de fortune, le tout mâtiné parfois d’armes et de sexisme. Le morceau n’échappe pas à ces poncifs, bien que plus rares et emprunts d’auto-dérision comme le montre le clip, mais si on veut bien décider de passer outre, il nous en dit beaucoup sur notre époque. Play.

Tout d’abord il n’est pas anodin que cette ode à Marseille trouve à cet instant une telle audience. Les paroles insistent sur la démarcation avec Paris ou pour être plus précis la « capitale ». Or dans la période de crise sanitaire que nous traversons, si une ville a symbolisé, à tort ou à raison, la fronde vis à vis des décisions gouvernementales prises dans les palais parisiens : masques/ pas masques, pro et anti Raoult, fermeture ou non des bars et restaurants, c’est bien la cité phocéenne.

Il y a un prisme marseillais revêche à un pouvoir situé à Paris, aux fraises sur la gestion sanitaire du pays. Marseille c’est également aujourd’hui l’espoir porté par la victoire de Michèle Rubirola aux municipales : celui de la rupture avec des modèles clientélistes participant de sa caricature. Deux choses dont les gouvernements successifs avaient appris à s’accommoder la délaissant à sa fatalité, incapables de taper du poing sur la table par exemple quand survient le drame de Noailles faisant 8 morts et traumatisant les habitant-e-s. Marseille est la seule ville de province qui a réussi à attirer les projecteurs médiatiques lors de la dernière élection municipale. Et encore, grâce à un scénario rocambolesque que les showrunners de Netflix auraient sûrement rêvé d’avoir imaginé eux mêmes.

L’observateur basique de la scène politique française peut vous citer sans trop de soucis les noms de Gaudin, Vassal, Rubirola, Ghali voire Payan. Pourtant aucun n’a été invité dans une matinale de grande écoute avant le résultat final de l’élection. A Paris par contre on a eu le droit de faire ou refaire connaissance avec tous les candidats, invités sur toutes les chaînes nationales. Dati, Hidalgo, Griveaux puis Buzin, Belliard. Qui peut en toute honnêteté, même en s’intéressant à la chose publique, citer aisément les maires et leur principaux concurrents de Rennes, Nantes, Lille, Strasbourg, Lyon, Dijon, Bordeaux, Montpellier, Toulouse….On ne parle même pas des villes moyennes.

Les élections municipales sont un des nombreux exemples de ce parisiannisme auto-centré délivré par les médias de masse, et qui est aussi un des ferments de la colère, du rejet de Paris et de ses lieux de pouvoir. Le lecteur des journaux nationaux est au courant de tout ce qu’il se passe à Paris y compris quand un avion fait trop de bruit. Il reste alors Marseille, ville qui a toujours assumée sa conflictualité avec la capitale et sa singularité. La cristallisation autour des récentes frictions OM-PSG en est encore la preuve. Les rappeurs participant à Bande Organisée délivrent justement un message explicite : Paris n’est pas le centre de l’Hexagone et Marseille leur tient la dragée haute voire davantage. Un message auquel peuvent s’identifier bien plus que les marseillais, toutes celles et ceux qui ne vivent pas dans la capitale et s’en sentent exclus. Même ceux qui n’en sont pourtant qu’à 45 minutes en RER.

En cela une des toiles de fond des paroles des rappeurs rencontre une condition commune à toutes celles et ceux qui dans l’Hexagone n’ont pas accès faute de moyens aux coûteuses attractions parisiennes vantées dans les médias : le fait de rester à sa place, d’y être assigné. Ce dont parlent Edouard Louis, Annie Ernaux et Nicolas Mathieu dans leurs livres se retranscrit dans la préoccupation majeure qui ressort de cette chanson : celle de pouvoir partir. De partir, et de vivre. Deux urgences qui s’épousent en passant de 0 à 100 km/h en moins de trois secondes, en conduisant sans casque sur un « scooter kité », en cavalant « comme Usain Bolt » coursé par « les voitures banalisées » de la police. Une situation lancinante évoquée par les rappeurs, comme la violence à laquelle est confrontée cette jeunesse qui veut fuir parfois jusqu’au tragique : « Ter-ter, guidon, logistique, par terre, du sang balistique ».

Une volonté de s’arracher à sa condition sociale freinée par des moyens limités pour y parvenir : la violence comme dit plus haut, mais aussi plus simplement les moyens de locomotion. On parle de scooter, de Clio sur les jantes. On rêve de RS4 gris Nardo, de Porsche GT Bleue, de 4-4. La jeunesse qu’incarne les rappeurs de Bande Organisée à défaut de pouvoir atteindre ses rêves sait parfaitement réparer sa bécane. Cette jeunesse est giletjaunée. Non qu’elle le porte ou bien même qu’elle l’ait porté, mais parce qu’elle vit les mêmes humiliations que celles et ceux qui ont occupèrent les rond-points suite à l’augmentation du coût de l’essence. Une préoccupation qui transcende les générations à l’exemple du buzz de la vidéo Tik Tok de « Tonton Rudy », routier cinquantenaire, qui reprend en playback le couplet de SCH. Un couplet où entre une synecdoque alliant Prado et un shifter pro plane cette punchline sur le reste du morceau « Où tu étais quand je mettais des sept euros d’essence ? »

En quelques mots le rappeur condense la frustration et les fins de mois difficiles de toutes celles et ceux qui n’ont d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller au travail, chercher les enfants à l’école, voir ses anciens en Ehpad… C’est tout sauf un hasard si c’est ce couplet qu’a repris Rudy le chauffeur routier. C’est cette image qui personnellement m’a le plus marqué. Une image comme un souvenir, pas celui d’une madeleine mais d’une station d’essence où l’on s’arrête tous les deux-trois jours. J’en ai bien connue une il y a quelques années, pas dans les Bouches du Rhône, mais entre l’Ariège et la Haute-Garonne. Flash Back.

En 2013 après avoir eu mon concours de professeur Lettres-Histoire-Géographie en Lycée Professionnel, je connais ma première affectation pour l’année en tant que stagiaire à Saint-Girons en Ariège. Etant engagé tant au niveau de mon logement que de ma vie associative à Toulouse, ma première réaction fut d’aller sur le site de la SNCF pour voir si des trains desservaient la ville. Verdict : aucun, et pour cause la gare est fermée aux voyageurs depuis 1969. Pas de transports en commun efficients, des covoiturages trop peu nombreux et non adaptés aux horaires du lycée. La seule issue était d’acheter une voiture pour pouvoir me rendre au travail et faire les trajets. Ce qui fut réalisé en acquérant la Clio 2 MTV d’occasion d’une amie. 2000 euros, toutes mes économies du moment. Cette année scolaire là (2013-2014) j’ai fait régulièrement des allers-retours entre Toulouse et Saint Girons à raison de 1h30 aller, 1h30 retour, pour assurer mes cours. J’ai su ce que voulait dire le prix de l’essence. Apprendre à faire des « sept euros d’essence », parce que la fin du mois a la fâcheuse tendance à arriver le 15 au lieu du 31.

Cette année là le prix de l’essence a baissé, une des seules mesures populaires que je retiens du quinquennat désastreux de Hollande. Dans ma Clio 2 MTV j’écoutais tous les matins ses ministres chantantt les louanges d’une sociale-démocratie en fin de course pour les riches. C’était l’époque de la deuxième version du gouvernement Ayrault. Celui qui s’enlisait à Notre Dame des Landes et dans le CICE, qui filait 30 milliards d’euros aux Banques sur le dos du Livret A. J’en passe et des meilleures.

La giletjaunisation de la société date t-elle de ces années qui précédaient les bouleversements sociaux et électoraux des années 2016-2017 ? Le point de rupture qui a fait éclaté le bipartisme en France se trouve certainement dans ces eaux là. Ce moment de « Transformismo » comme dirait Gramsci, quand la convergence idéologique entre la droite et de la gauche en arrive à la fusion au niveau des personnels (les fameux « gouvernements d’ouverture ») débouchant sur l’affaiblissement des partis traditionnels et l’arrivée de Macron, la synthèse de cette compromission économique et sociale latente entre l’UMP et le PS d’alors.

J’ai dû me débarrasser de ma Clio 2 au cours de l’été dernier. Elle n’aurait pas passé le contrôle technique qui s’est durci. Pourtant elle aurait pu rouler encore, comme elle l’a fait entre Toulouse et Valence d’Agen, Toulouse et Montauban, Toulouse et Samatan. Tous ces villes d’Occitanie où j’ai été affecté. Des villes subissant la métropolisation plus qu’elles n’en bénéficient, où l’on peut observer la giletjaunisation de la société. Cette fracture qui naît sur l’impasse du récit des élites d’une mondialisation heureuse, d’une Union Européenne du marché à marche forcée, se heurtant à la réalité de celles et ceux pour qui elle représente surtout de la frustration. Ferments de la crise organique décrite encore par Gramsci qui couve toujours. C’est ce que les paroles de Bande Organisée nous indiquent car plus qu’un simple tube on peut s’interroger sur le fait que cette chanson soit en fait l’hymne d’une jeunesse uberisée subissant les conditions de vie dénoncées originellement par les Gilets Jaunes.

Le plaidoyer implicite d’une jeunesse à la fois gilietjaunée mais aussi créolisée, au sens littéral que lui donnait Edouard Glissant : « La créolisation, c’est un métissage d’arts, ou de langages qui produit de l’inattendu. C’est une façon de se transformer de façon continue sans se perdre. C’est un espace où la dispersion permet de se rassembler, où les chocs de culture, la disharmonie, le désordre, l’interférence deviennent créateurs. C’est la création d’une culture ouverte et inextricable, qui bouscule l’uniformisation par les grandes centrales médiatiques et artistiques. Elle se fait dans tous les domaines, musiques, arts plastiques, littérature, cinéma, cuisine, à une allure vertigineuse… »

Une définition reprise avec brio par JL Mélenchon quand il propose la créolisation comme « le chaînon manquant entre universalisme et la réalité vécue qui le dément ». Les rappeurs sont souvent en pointe de cette créolisation dans la culture populaire française, et ceux de Bande Organisée ne font pas défaut. Probable que l’on entende longtemps dans les conversations des expressions comme « ma gâtée » ou « zumba cafew ». L’une marseillaise, l’autre contraction d’un imaginaire lié au Brésil. Tout au long du titre ce métissage culturel que portent en eux les rappeurs se déploie à travers de nombreuses expressions hispaniques, des références à des patronymes d’Afrique de l’Ouest, à des villes marocaines, aux riffs d’ACDC, à des figures comme Zizou ou Zampa. A rebours de l’image de rappeurs bornés que certains aimeraient leur accoler, ils montrent une ouverture culturelle au monde riche, qui sait jouer avec les codes communs, l’auto-dérision, et qui donnent à Marseille toutes ses couleurs de carrefour culturel.

Loin du fantasme « séparatiste » de Macron, Bande Organisée fait la part belle aux mélanges où l’on assume ses identités complexes et en mouvement. L’affirmation d’une culture ouverte, sans peur, loin du racisme zemmourien et du mépris social macronien qui s’auto-alimentent.

Celles et ceux qui sont intéressés par la chose publique ont avec ce titre et le succès qu’il rencontre, certainement une clef de compréhension d’axes politiques forts pour mobiliser une jeunesse qui porte la fougue de son désir de désassignation, de vivre en commun avec les autres et de ne pas être canalisée. Tout un symbole en ces temps de restriction des libertés publiques liées à la crise du Covid 19.

Cueillir des cerises

C’est donc demain le déconfinement. Celui que l’on attend depuis quasiment deux mois maintenant. Pourtant il ne s’agira pas d’un moment de joie extatique brodé de romantisme, de musiques, et d’embrassades à tout-va comme fantasmé par certains. Le déconfinement sera gris. Je vous le dis clairement j’attendrai la réouverture de mon bar de quartier, Les Merles Moqueurs, pour respirer un peu mieux, et ce n’est hélas pas pour demain. 

Surtout que les récentes contaminations survenues en Haute-Vienne et en Dordogne nous rappellent que nous ne sommes pas à l’abri de devoir retourner dans nos logements trop petits. Ces derniers nous rappellent à quel point la Terre peut être étroite si on n’a pas le compte en banque et l’origine adéquates. Christophe Castaner l’a redit ce matin, le déconfinement dépend de notre civisme. Pas des masques et des tests, mais de notre attitude. Traduction : si nous sommes contraints de nous reconfiner, ce sera de notre faute, pas de celle du gouvernement élu pour gérer les affaires. On commence à avoir l’habitude de ce genre de logique, qui veut qu’un tir de LBD à bout portant soit de la responsabilité de celui ou celle qui en est victime plutôt que de celui qui a appuyé sur la gâchette.

Dans le monde de la start-up nation, on est toujours coupable de n’ « être rien » en attendant notre train, et de coûter un « pognon de dingue » quand nos vies sont des galères. 

Dans cette sinistrose, la crise du Covid 19 aura au moins eu ce mérite : mettre davantage à nu l’ignominie du libéralisme économique sous toutes ses formes : néo, ordo et autres. C’est ce à quoi nous invite aussi la nouvelle séquence à venir : poursuivre le combat pour construire un nouveau monde, celui d’après que tout le monde a à la bouche. En espérant que nous soyons encore plus nombreux à le désirer désormais. En espérant que nous parvenions, dans les mouvements sociaux et politiques, à proposer des alternatives permettant un changement de logiciel au sommet du pouvoir.

J’attendrai la réouverture de mon bar de quartier pour respirer un peu mieux, et l’assurance qu’il sera ouvert avec ses salariés l’année prochaine et celle d’après pour respirer pleinement. Pour cela il faut repenser les modèles. Et à Toulouse de manière singulière, tant les dégâts du raz-de-marée qui s’annonce risque d’avoir des conséquences importantes sur le secteur aéronautique. Rappelons que ce dernier concerne plus de 500 000 emplois directs ou indirects en Haute-Garonne. D’ores et déjà de riches débats ont débuté dans notre ville. 

Cela a commencé fin avril avec les contributions d’Attac, de la Fondation Copernic, de l’Université Populaire de Toulouse et des Amis du Monde Diplomatique, signant deux tribunes sur le sujet dont la dernière en date ce samedi 9 mai : « Toulouse, un pays de Cocagne ? ». Celle-ci réaffirme les positionnement pris dans la première publiée fin avril. Les auteurs y interrogeaient la possibilité d’un « syndrome Détroit » à Toulouse, fondé sur la fragilité que représente la mono-industrie aéronautique dans la ville rose et son agglomération. Une fragilité entretenue par les décideurs politiques locaux pendant longtemps, sur l’autel de la croissance infinie. Ce constat est abondé par l’Atelier d’Ecologie Politique, créé et fondé à Toulouse, qui s’est adressé directement aux salariés de l’aéronautique via une lettre publique. Le groupe de scientifiques y invite à une réorientation nette du secteur, eu égard à la baisse de trafic à venir, mais surtout au vu des enjeux climatiques à atteindre.

Ces premières réflexions furent suivies d’une tribune réponse signée par l’économiste Gabriel Colletis et le délégué syndical CGT Xavier Petrachi, membres de l’association Manifeste pour l’Industrie et intitulée : L’industrie aéronautique, une activité du passé, vraiment ? Dans celle-ci les auteurs nuancent certaines assertions de la première tribune tout en partageant de nombreux constats et propositions, notamment sur la sortie de la mono-industrie et la nécessité d’être à la hauteur de l’urgence climatique. La principale différence d’analyse se situe au niveau du modèle de sortie de l’aéronautique. Le Manifeste pour l’Indutrie souhaite un changement de modèle mais pas une table rase du secteur aéronautique. Il propose d’ailleurs plusieurs propositions détaillées à cet effet.

Voici donc où nous en sommes de cette émulation intellectuelle sur l’avenir de notre ville, des emplois et de son industrie. Je vous invite à lire, si vous en avez le temps, chacune de ces tribunes. Malgré leurs divergences, ces réflexions ont le mérite de poser les bonnes questions pour l’avenir.

 Il est l’heure de les écouter, d’en parler, d’échanger. Loin de ceux qui pensent encore que, grâce à des forces supérieurs mystérieuses, le secteur redécollera comme avant. D’ailleurs ceux-là devraient penser à une autre période de l’histoire de Toulouse où une mono-industrie s’est effondrée, laissant notre ville exsangue, celle du Pastel.

Pour rappel au XVe et XVIe siècles, alors que la production d’étoffes augmente fortement en Europe, il y a une forte demande en produits tinctoriaux dont le bleu. Connu depuis l’Antiquité, le pastel est ainsi exploité par de nombreux paysans toulousains. Cette plante herbacée bisannuelle, dont les feuilles sont collectées, séchées et broyées pour en faire une pâte, puis une boule, la cocagne (d’où l’expression « pays de cocagne »…), sert pour la teinte des textiles dans les centres européens, de la péninsule ibérique aux pays du Nord.

Ce commerce permet l’enrichissement de négociants, visible avec la construction de palais urbains sur des modèles espagnols et italiens, comme les hôtels de Bernuy et d’Assézat. 

Mais cette épopée ne dure pas plus de deux générations, suite à la concurrence d’un nouveau venu qui rencontre alors un fort succès : l’indigo. Pas la société filiale de Vinci à qui l’actuelle municipalité a bradé la gestion de nombreux parkings, mais le produit venu d’Amérique Centrale suite à sa colonisation par les Espagnols.

Cette « épopée du Pastel » fait aujourd’hui écho avec la situation de l’industrie aéronautique, et nous rappelle que rien n’est figé, y compris quand il s’agit d’industrie et d’économie. Comme le préconisent les différents collectifs cités plus haut, c’est le moment d’ouvrir un débat dans notre ville, et au-delà sur ce que nous voulons pour l’avenir : quels emplois, dans quels secteurs, et comment, avec quelle règle écologique. Le Green New Deal Toulousain est plus que jamais d’actualité.

Pour le débuter comme pour les activités humaines il faut établir un ordre de priorité pour un certain nombre de projets. Est-ce essentiel aujourd’hui d’investir 120 millions d’euros pour construire une nouvelle Cité Administrative alors que l’actuelle est fonctionnelle , de l’avis des 1 500 agents qui y travaillent ? Est-ce urgent de construire un quartier d’affaires énergivore et dont la pertinence pose question ? Quid de la Tour Occitanie déjà peu sérieuse avant, qui mérite d’être enterrée définitivement. A-t-on besoin d’appartements de luxe dans le site historique et hospitalier de La Grave quand il faudrait un big bang de la santé dans notre ville ? A quoi va servir un parc des Expositions surdimensionné pour des touristes d’affaires internationaux qui vont moins prendre l’avion ? 

Plus que jamais il est l’heure de faire des choix pour notre avenir. Le déconfinement sera gris, mais c’est aussi la saison pour aller cueillir des cerises.