Pour un plan ambitieux de toilettes publiques à Toulouse

Le 2 février dernier un journal local nous racontait la mésaventure arrivée à Claudia dans des toilettes publiques de Toulouse. « Je suis un peu malade, je me suis rendue au Jardin des Plantes pour effectuer mon premier test PCR que je ne voulais pas faire. J’ai vu le panneau affiché sur les sanisettes sur lequel il est écrit uriner dans la rue c’est 150 euros d’amende, ici c’est gratuit. Je suis donc entrée »  

Une fois à l’intérieur, Claudia se rend compte que les toilettes sont sales et fait demi-tour. Avant même de pouvoir sortir, la porte se ferme. « J’ai voulu l’ouvrir, elle est restée bloquée », poursuit Claudia. Le nettoyage des toilettes s’enclenche. Des puissants jets d’eau aspergent la Toulousaine pendant cinq longues minutes.«C’était vraiment angoissant. Je me suis sentie prise au piège. J’ai essayé de me mettre sur les WC mais ils se sont rabattus. C’était un cauchemar ». 

Après son calvaire, trempée et en colère, elle décide d’appeler l’entreprise qui gère les toilettes publiques de la Ville rose, JCDecaux. « Je suis architecte, je connais le mobilier urbain. Ce genre de problème ne doit pas arriver. Au téléphone, un employé me signale que ce n’est pas la première fois que ça arrive dans ces toilettes. Ce n’est pas normal. Si c’était une personne âgée qui avait été prise au piège, elle aurait pu sérieusement glisser et se blesser », grogne Claudia avant d’ajouter: « Si demain je suis davantage malade, je les tiendrai pour responsable ». 

Au delà de ce témoignage, la question des toilettes publiques est éminemment politique cela pour plusieurs raisons :

Un outil de santé publique indispensable dans nos rues, nos transports, nos écoles.

Si le problème des toilettes publiques se pose de manière accrue dans les pays pauvres, Bill Gates en ayant fait d’ailleurs un enjeu majeur de sa fondation, en France c’est un véritable sujet également.

Ainsi l’accès aux toilettes dans les espaces publics et les transports est aujourd’hui encore une préoccupation majeure pour la population, en particulier les personnes âgées, les travailleurs (routiers, chauffeurs VTC, livreurs, commerçants ambulants, etc.), les sans-abris, les femmes enceintes et les familles, mais aussi des personnes touchées par certaines pathologies chroniques.  

Selon une enquête internationale « Hygiene Matters », réalisée par SCA en 2017, plus d’un tiers des Français jugeaient qu’améliorer l’entretien des toilettes publiques aurait un impact sur la santé à l’échelle nationale et 56 % disaient souhaiter que les politiques s’en préoccupent davantage. 

Pour toutes les personnes prioritaires, les sorties du quotidien et la vie sociale peuvent très vite devenir des sources de stress et d’anxiété, particulièrement si l’accès aux toilettes dans les espaces publics et les transports n’est pas assuré. La crise de la Covid-19 a accentué cette difficulté du quotidien avec une hausse de fréquentation de 17% en un an, avec des sanisettes fermées pendant le confinement (espaces publics, commerces, transports, etc.), et dont la réouverture reste encore très partielle.  

La question des toilettes à l’école, en particulier à l’école primaire est un vrai sujet de santé publique, qui mobilise depuis des années les associations de parents : saleté, vétusté ou dysfonctionnement des équipements, manque d’hygiène, manque d’intimité et de tranquillité… 66 % des enfants affirment ainsi ne pas utiliser les toilettes à l’école selon l’étude « Toilettes à l′école : les enfants au bout du rouleau » 2018 – Essity).

Très tôt le tabou s’installe, le sujet étant peu évoqué par les parents, et des stratégies d’évitement sont mises en place par les enfants. Une situation aux multiples impacts : douleurs, infections urinaires, constipation, gastro-entérite… Perturbations psychologiques (peur d’être enfermé par ses camarades dans les toilettes par exemple), problèmes de concentration et impacts sur les résultats scolaires.  

A Toulouse une politique symptomatique de l’infantilisation des habitants et soumise aux intérêts privés.

A Toulouse nous comptons 67 toilettes publiques parfois mal réparties sur le territoire avec des secteurs et quartiers qui en sont démunis comme la Cartoucherie, Les Izards, Lalande, Sept Deniers, Casselardit, Purpan. 

Il y a donc une toilette publique pour 7 158 habitants, contre une toilette pour 2 220 habitants à Lyon, grande ville la plus avancée sur le sujet. Toutes nos sanisettes sont gérées par JC Decaux contre seulement le quart des sanitaires lyonnaises. Toulouse en déléguant totalement la gestion des toilettes à une société privée fait ici une mauvaise affaire financière. Quand ce n’est pas Vinci qui profite des profits des parkings, c’est JC Decaux qui fait des bénéfices importants sur les toilettes.

Ainsi à Toulouse, la mairie dépense près de 1,5 million d’euros par an pour ses 67 toilettes, gérés intégralement par JC Decaux. Cela équivaut à un coût annuel de 22 388 euros par an pour chaque toilette contre un coût de 12 345 euros à Lyon. Un différentiel de près de 10 000 euros donc pour chaque toilette publique, rapporté aux 67 toilettes publiques, ce différentiel s’élève à pas moins de 670 000 euros.

Une gestion symptomatique de la délégation des services publiques et ici de leurs profits à certaines grandes entreprises à rebours de l’intérêt commun. Mais ce qui est aussi assez révélateur c’est ce que relève Claudia «  J’ai vu le panneau affiché sur les sanisettes sur lequel il est écrit uriner dans la rue c’est 150 euros d’amende ». Pour être tout à fait juste l’amende annoncée n’est pas de 150 mais de 450 euros. Cette menace associée aux plaques de taule installées par la mairie sur le principe de « l’arroseur arrosé » n’ont d’ailleurs quasiment aucun effet pour dissuader les gens d’uriner dans la rue par manque de toilettes publiques.

Cela est assez révélateur du rapport aux habitants d’une partie de la majorité municipale. Alors que les habitants ne bénéficient pas de suffisamment de sanisettes accessibles, la politique publique est finalement la menace et la répression. Ce panneau sur les toilettes pourrait être utilisé pour mettre une carte indiquant toutes les sanisettes publiques existantes dans la ville, ou pour faire passer des messages de santé publique. Au contraire c’est un message de menace pour celles et ceux qui ne peuvent pas avoir accès aux toilettes publiques car indisponibles pour diverses raisons.

Derrières les toilettes publiques un modèle écologique et social à développer.

En attendant que comme le suggère le sociologue Julien Damon soient mis en place des quotas au niveau national voici plusieurs propositions que nous soumettons un véritable plan d’action concernant les toilettes publiques à Toulouse afin que notre ville soit exemplaire sur ce sujet de santé publique majeur .

Cela passe notamment par l’objectif d’une toilette publique pour 2 000 habitants, soit 170 toilettes publiques gratuites supplémentaires d’ici 2026. Si une dizaine d’uritrottoirs ont récemment été acquis par la Métropole, il faut aller beaucoup plus loin.

Afin d’atteindre cet objectif nous préconisions de lancer des appels d’offre pour des toilettes écologiques autonomes ou fonctionnant au lombri-compostage et plus adaptés aux usages féminins jusqu’ici souvent laissés de côté.

Ainsi d’après les informations que nous avons recueillies si le coût d’installation de ces toilettes (environ 30 000 euros) est supérieur à ceux proposés par JC Decaux (entre 10 000 et 20 000 euros), leur coût de gestion annuelle est largement inférieur : 520 euros/ an contre 20 000 euros par an pour JC Decaux (sans compter les fluides !). Ainsi si l’on calcule le coût de revient d’une toilette publique sur 10 ans, acquisition et entretien annuel compris, cela reviendrait à 3 520 euros/ an contre… 21 500 euros pour un toilette JC Decaux. Un différentiel de 17 960 euros qui permettrait de financer un emploi au Smic par an ( 18 996 euros).

Car c’est l’un des autres leviers que nous souhaiterions voir advenir : mettre en place un personnel municipal dédié aux toilettes publiques, que cela soit pour assurer la bonne tenue de ceux-ci, expliquer le fonctionnement des toilettes écologiques si nécessaires, donner des conseils sanitaires. Une présence humaine peut avoir un rôle de sentinelle, ou même d’apaisement des conflits. C’est aussi un outil de sûreté publique et de diminution des incivilités.  Cette présence humaine pourrait aussi avoir un effet rassurant pour les femmes utilisant ces équipements, plus méfiantes à leur encontre, comme le montrent les sondages disponibles.  

Ces agents pourraient être aussi acteurs d’une campagne de sensibilisation sur les toilettes à l’école et ses enjeux sanitaires et éducatifs. Une attention particulière doit en effet être apporté aux enfants malades et porteurs d’un handicap et nous demandons que la question des toilettes soit intégrée au projet d’accueil individualisé (PAI) pour les enfants qui en bénéficient, et dans la mise en place en cours de l’école inclusive. L’aménagement en concertation avec les personnels et les parents d’élèves pour améliorer l’usage des toilettes à l’école.

De même ils seront acteurs d’un plan stratégique de localisation des toilettes publiques, notamment sur les réseaux de transports en commun à intervalle régulier. Il est aberrant de placer une sanisette sur une place publique. Du fait du tabou qui entoure les toilettes, il faut privilégier des lieux plus abrités des regards, avec un sas d’entrée. 

En attendant la mise en place de ce service public et des toilettes publiques écologiques, voici des initiatives qui pourraient être prises à la réouverture des commerces et restaurants : une initiative “cafés citoyens au quotidien” comme dans la Métropole de Nantes, avec ce label qui regroupe 18 bars acceptant de laisser les passants utiliser leurs lieux d’aisance gratuitement.  

Appelle ta rue Episode #2

Alors que moins de 5% des rues toulousaines portent des noms de femmes, nous tenons à chaque commission de Dénomination de Voies avec ma collègue Hélène Magdo pour le groupe Archipel Citoyen à faire en sorte de présenter au minimum 75% de noms de femmes durant le mandat.

Alors que partout aujourd’hui des mouvements sociaux se mobilisent en ce 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, et que la prochaine commission se tient ce jeudi, il nous a semblé pertinent de rendre hommage à trois femmes et un groupe de femmes faisant écho à ces combats toujours d’actualité.

Cathy Granier (1946-2020)

Très vite se révéla sa vocation pour l’enseignement. La transmission du savoir et sa passion pour les mathématiques fut pour elle une évidence. Alors en classe préparatoire à l’École Normale Supérieure, elle fut reçue au concours des IPES en 1965 à 19 ans puis au concours de l’agrégation de Mathématiques en 1969, plus jeune agrégée de France à l’époque.

Elle préféra à une carrière universitaire celle de professeure pour enseigner aux adolescents. Après plusieurs années passées à l’École Normale à former des instituteurs et institutrices, Cathy Granier exerça son métier de professeure de Mathématiques au Lycée Polyvalent du Mirail puis  au Lycée Bellevue. Elle était très appréciée de ses élèves tant pour sa pédagogie bienveillante que son dévouement notamment dans le cadre de l’atelier théâtre danse qu’elle a fondé et qui a perduré après son départ à la retraite jusqu’à nos jours. Elle a été une responsable locale et nationale connue et reconnue de l’organisation syndicale majoritaire des enseignants, le SNES FSU.

Très tôt, Cathy Ganier a pris conscience des injustices, à un moment où les mobilisations de la jeunesse au niveau international ouvraient de nouveaux questionnements et des espoirs de changements profonds. Des rencontres seront déterminantes pour elle, en particulier, celle avec Daniel Bensaid, toulousain également, et lui aussi élève au lycée Bellevue et futur philosophe engagé.

Cet engagement, politique, syndical, associatif pour la défense des opprimé.e.s et l’accès aux droits, Cathy Granier l’a maintenu tout au long de sa vie à Toulouse.

Cathy Granier a été une militante constante aux cotés des étrangers pour l’accès aux droits. Elle a ainsi participé dans les années 90 aux mobilisations de collectifs de familles sans papiers. En 1999 et 2003, elle a été également aux cotés de grévistes de la faim engagés dans des actions particulièrement difficiles et pour lesquelles la présence des soutiens s’est avérée vitale. Cathy Granier y a fait preuve d’une grande générosité et d’une disponibilité de tous les instants. Les contacts personnels et durables créés avec plusieurs grévistes en sont la preuve.

Elle s’est engagée dès sa création en 2005 dans le Réseau Education Sans Frontières (Resf), dont elle a été une porte parole locale et une militant active en tant que représentante de la FSU.

En tant qu’enseignante, elle y a trouvé un prolongement naturel à son investissement syndical et à son implication auprès des élèves. Cathy Granier a assuré un important travail quotidien de suivi et de défense des enfants et familles sans papiers, exilées, réfugiées, en lien avec la communauté éducative, la Cimade, La FCPE, la Ligue des droits de l’Homme.

Ces différentes actions se sont référées à la Convention Internationale Droits de l’Enfance (CIDE), notamment pour le droit à l’éducation et la protection des enfants migrants. Cathy Granier a participé ainsi avec la Cimade à la journée des droits de l’enfance au Capitole en 2019 ainsi qu’aux initiatives pour les 30 ans de la CIDE.

Cathy Granier a été également à l’origine de nombreux de parrainages républicains entre des enfants et familles sans papiers et des citoyens, des élus, des artistes… Elle a sollicité pour cela de nombreuses collectivités locales. Un de ses derniers investissements a été la mise en place d’un parrainage au Conseil Régional d’Occitanie en juillet 2019 pour de jeunes lycéens et lycéennes.

Outre son engagement dans la solidarité et la défense des droits humains, Cathy Granier a agi aussi avec une grande conscience des enjeux qui se nouent sur la question de l’immigration au niveau national mais aussi international. Elle était particulièrement sensible aux mobilisations et combats des femmes migrantes, dans leurs différentes dimensions, comme les violences ou discriminations dont elles étaient victimes.

Marielle Franco (1979-2018)

Marielle Francisco da Silva, dite Marielle Franco, est née le 27 juillet 1979 à Rio de Janeiro, elle est assassinée le 14 mars 2018 dans la même ville dont elle était conseillère municipale depuis janvier 2017 pour le Parti Socialisme et Liberté (PSOL).

Elle est sociologue de métier et une infatigable militante des droits humains et LGBT au Brésil. Elle s’est également engagée contre les actions violentes dans la favela à la suite de la mort d’une amie, victime d’une balle perdue lors d’une fusillade impliquant la police et les trafiquants de drogue dans le quartier de Complexo da Maré, où Marielle est née et a vécu.

En 2016, pour sa première candidature, elle est élue conseillère à la Chambre municipale de la ville de Rio de Janeiro pour la coalition Mudar é possível (« changer est possible »), formée par le PSOL et le Parti communiste brésilien.

Elle a souhaité faire de son mandat un lieu de débat sur le genre, la favela, la négritude. Elle a présenté 116 propositions et 16 projets de loi, dont un sur la garantie d’accès à l’avortement dans les cas prévus par la loi et un sur l’ouverture des crèches la nuit. Elle était présidente de la Commission de Défense de la Femme.

Elle dénonce, dans une critique publique, la violence de la police militaire de Rio de Janeiro dans les favelas.

Le 14 mars 2018, Marielle Franco et son chauffeur, Anderson Pedro Gomes, sont assassinés par arme à feu dans le centre de Rio de Janeiro .

Selon la presse brésilienne, trois hommes politiques seraient impliqués dans l’assassinat de Marielle Franco. Ces trois députés de l’État de Rio de Janeiro appartiennent au Mouvement démocratique brésilien (MDB) du président d’alors Michel Temer. Pour Richard Nunes, le secrétaire à la sécurité de l´état de Rio, Marielle Franco aurait été considérée comme une menace par les milices qui contrôlent le cadastre des terres dans les bidonvilles et son assassinat aurait été planifié dès 2017.

Selon Amnesty International, la mort de Marielle Franco a suscité des commentaires d’une rare violence, notamment de la part de la droite extrême avec des réseaux sociaux saturés d’injures à l’égard de l’élue noire et lesbienne. Durant la campagne électorale de 2018, Rodrigo Amorim, candidat et futur député de l’État de Rio du Parti social-libéral (le parti du président actuel du Brésil, Jair Bolsonaro) a brisé une plaque commémorative de Marielle Franco en présence de Wilson Witzel, candidat du Parti social-chrétien, futur vainqueur de l’élection au poste de gouverneur de l’État de Rio de Janeiro.

Agathe Uwilingiyimana (1953-1994)

Elle est la première femme Première ministre du Rwanda. Ses parents étaient fermiers. Elle grandit à Butare devint professeur de mathématiques. Elle épousa Ignace Barahira, un étudiant de son village, dont elle eut cinq enfants. Elle étudie à l’université nationale du Rwanda. À partir de 1985 elle enseigna la chimie à l’école académique de Butare.

Chef de file des Hutus de l’opposition modérée, Agathe Uwilingiyimana est nommée ministre de l’Éducation nationale en 1992 avant de devenir la première femme rwandaise Premier ministre à la fin des négociations d’Arusha.

Elle s’oppose à la corruption lors des examens scolaires de 1992. Elle impose un contrôle policier pendant les épreuves ce qui eut pour conséquence de diminuer notablement la réussite des jeunes Hutus du Nord du pays, la « région du Président ». Elle fut ensuite agressée quelques semaines plus tard, mais des milliers de Rwandaises bravèrent les menaces des interahamwe pour lui manifester publiquement leur soutien à la fin de l’été 1992.

Le Premier ministre Agathe Uwilingiyimana était perçue comme ayant une très haute idée de la citoyenneté qu’elle plaçait au-dessus des différences

Dans la nuit du 6 au 7 avril, l’état-major des FAR et celui de la gendarmerie, menés par le colonel Bagosora, s’affrontent verbalement avec le général Roméo Dallaire, commandant de la MINUMAR, et avec Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial au Rwanda du secrétaire général des Nations Unies, qui rappellent l’autorité légale du Premier ministre, l’un des successeurs légaux du président de la République pour prendre le contrôle de la situation. Mais le colonel Bagosora s’oppose avec âpreté à ce que le pouvoir soit accordé à Uwilingiyimana. Le général Roméo Dallaire décide de donner une escorte de casques bleus à Agathe Uwilingiyimana pour la protéger et lui permettre de lancer un appel au calme à la radio dès le lendemain matin. Mais le 7 avril au matin, la garde présidentielle investit la radio d’État et Agathe Uwilingiyimana doit annuler son discours. Vers 8 h, le domicile du Premier ministre est cerné par la garde présidentielle. Vers 8 h 30, Agathe Uwilingiyimana tente avec son mari de se réfugier chez un voisin, employé des Nations unies, mais ils sont finalement retrouvés et tous deux assassinés.

Dix des quinze « casques bleus », ceux de nationalité belge, que le général Roméo Dallaire, responsable de la MINUAR, venait de lui envoyer pour assurer sa protection, tombèrent aux mains des assassins. Aucun secours ne leur vint et ils furent abattus dans la journée après s’être défendus sans espoir.

Cet évènement dramatique marqua le début du génocide des Tutsis du Rwanda, qui dura du 7 avril au 17 juillet 1994.

Les chemisières

Depuis plus d’un siècle Toulouse est la principale ville de l’aéronautique en France. L’histoire de l’implantation de cette industrie est liée à l’histoire « industrielle » de Toulouse au XIXe siècle.

En effet au-delà des grands hommes qui ont permis l’implantation des usines ceux sont les micros industries développée tout au long du XIXe siècle qui ont permis d’avoir la main-d’œuvre capable de fabriquer les avions.

Chapellerie, ébénisterie, chemiserie (…) autant de savoir-faire, de techniques et de compétence qui ont permis à Pierre-Georges Latécoère de réaliser son rêve de construire une usine ultra moderne à Toulouse, puisqu’il a disposé sur place des ouvriers hyper qualifiés pour construire des avions, à l’époque principalement en bois et toile.

Parmi ces artisans des femmes notamment issues de l’artisanat du chapeau et de la chemise.

C’est pourquoi nous proposons aujourd’hui de rendre hommage à ces femmes qui sont elles aussi à l’origine de l’aéronautique à Toulouse.

C’est la rentrée et il faut trouver les mots

Des mots pour dire qu’un homme est mort assassiné, qu’il s’appelait Samuel Paty. Qu’il est mort parce qu’il a fait son métier : enseigner l’Education Morale et Civique. La liberté d’expression, dont le droit au blasphème des religions, en faisait partie.

Des mots car trois autres personnes sont mortes assassinées aussi dans une église à Nice, parce qu’elles croyaient précisément en une religion.

Des mots sur le confinement après le couvre-feu. Des mots sur les soignant-e-s débordé-e-s.

Des mots qui doivent éclairer un peu toute cette obscurité. Pas évident.

Ces mots j’espérai pouvoir les trouver avec mes collègues lors des deux heures que nous devions avoir en début de matinée pour échanger, se parler. Même ce temps ils nous l’ont enlevé.

Nous allons donc devoir trouver les mots seuls comme souvent. Parce que leur monde d’après à eux ressemble à ça : débrouillez vous. Sa réinvention est donc celle-ci : métro (voiture pour moi) – boulot-dodo. Original.

Que dire alors à nos élèves ?

Des mots sincères et qui rassemblent plutôt qu’ils n’invectivent ou divisent comme ceux de Blanquer.

Des mots qui réconfortent et qui assument leurs responsabilités contrairement à ceux de Darmanin.

Des mots qui n’humilient pas à genoux contre un mur en disant que c’est comme ça qu’une classe se tient sage comme Castaner.

Des mots sur la liberté d’expression, d’où elle vient, notamment des cafés lors de la Révolution, lieux de sociabilité, d’une possible rencontre avec l’autre, aujourd’hui fermés.

Jusqu’où peut t-elle aller ? Rappeler la loi.

Des mots pour expliquer que même quand elle condamne la loi, un milliardaire comme Bolloré peut laisser sur orbite la haine de Zemmour s’exprimer.

Des mots pour dire que oui on a le droit de se moquer, d’insulter, de raconter n’importe quoi comme sur Cnews, que l’on n’est pas obligé d’apprécier cela, c’est même recommandé, et en droit de le critiquer dans le débat public, et même devant la Justice.

Mais jamais dans la violence physique.

Des mots pour raconter que toutes les croyances religieuses ou politiques ont leurs dérives et leurs fanatiques. Que c’est le cas des terroristes islamistes, que c’était déjà le cas dans notre région, en Occitanie, il y a quelques siècles lorsque l’Inquisition Languedocienne catholique chassait tout ce qui ressemblait à un hérétique ou à une sorcière.

Des mots pour montrer que c’est le propre des fanatiques religieux de s’en prendre d’abord à leur coreligionnaire pas assez «purs », et qu’aujourd’hui d’ailleurs les musulmans sont les premières victimes du terrorisme islamiste dans le monde.

Des mots pour rappeler que les fanatismes s’alimentent plus loin qu’entre Nice et Avignon, et que c’est précisément leur objectif de créer une tension inéluctable amenant à une guerre de civilisation ou de religion.

Des mots pour se souvenir que les guerres de religion on a déjà donné en France, au XVIème siècle, entre protestants et catholiques, avec pour point d’orgue le massacre de la Saint-Barthélémy en 1572.

Des mots pour marteler que dans toutes les religions il y a des hommes et des femmes de bien. Il y a des noms qui ont élevé l’humanité, hier et aujourd’hui. Des noms qu’on ne prononce et n’enseigne jamais assez comme ceux d’Olga Bancic, d’Abdelkader Mesli, de Germaine Ribière parmi tant d’autres.

Des noms plus proches avec ou sans religion, ceux de Bârin Kobané, d’Asia Ramazan Antar, d’Arin Mirkan. Trois combattantes kurdes mortes au combat face à Daesh.

Ceux de Frédéric Demonchaux, Olivier Le Clainche, Farid Medjahed, trois français partis aussi combattre Daesh aux côtés des kurdes en Syrie. Morts au combat, et dont les amis politiques sont aujourd’hui traités d’islamo-gauchistes par des politiciens médiocres qui de la main dont ils ne pointent pas du doigt serre celle des pétro-dollars finançant des terroristes islamistes.

Frédéric, Olivier et Farid sont tous trois dans une brigade internationale comme d’autres le firent il y a près d’un siècle de l’autre côté des Pyrénées afin de lutter contre un autre type de fascisme. On les qualifiait souvent à l’époque de « judéo-blochéviques ». Un stigmate chasse l’autre.

Des mots encore pour les kurdes en première ligne du combat contre l’islamisme terroriste, lâché par notre gouvernement lorsque la Turquie lança son offensive contre eux le 9 octobre 2019.

Des mots pour répondre aux questions sur la tension montante avec la Turquie justement, gouvernée par un nationaliste, M. Erdogan. Un pays avec lequel nous avons partagé jusqu’à une de nos exceptions, pas sous la même forme mais avec le même mot : la laïcité.

 Des mots encore donc pour expliquer une énième fois la Laïcité, loi 1905, rien que la Loi. Pas pour contraindre mais pour protéger tous ceux qui croient, et ceux qui ne croient pas.

Des mots pour se méfier de ceux qui projettent leur fantasme d’exclure telle ou telle « communauté » aujourd’hui au nom de la laïcité.

Des mots sans masques pour dire que la période est compliquée, entre ça et le confinement.

Des mots pour les confiné-e-s, celles et ceux qui seront dans des appartements sur-occupés. Des mots pour les parents dans les hôpitaux, à la caisse, à l’usine, sans-emplois.

Des mots sans filtres pour décevoir car il n’y aura pas Lycéens au Cinéma cette année étant donné qu’ils ont fermé tous les lieux culturels.

Des mots pour se protéger en n’oubliant pas d’être légers et de ne pas être trop sérieux, surtout à 17 ans.

Des mots pour acter de ne pas trop attendre  des gens au pouvoir pour respirer un peu mieux dans les décennies à venir et réenchanter un monde qui en a tant besoin.

Des mots pour finir qui rappellent toujours que l’amour des siens ce n’est pas la haine des autres.

PS : Mon obligation de neutralité ne me permettra pas bien sûr de dire tous ces mots. Je ne nommerai donc aucun ministre actuel, ni le gouvernement et n’émettrait aucun avis d’ordre politique. Comme je m’y suis toujours attaché dans mes cours et m’y attacherai sans cesse.

Je préfère le préciser, car M. Blanquer, chantre de la liberté d’expression, a fait sanctionner au Havre en 2019 une directrice d’école qui a eu le malheur de critiquer sa réforme depuis sa boîte mail académique…. Une réforme qui s’en prend précisément à la liberté d’expression des enseignants et fait régner un climat de suspicion que je préfère déminer dans ce Post Scriptum. Bon courage à tous mes collègues, aux élèves, à leurs parents.

Crédit photo: Tien Tran

Samuel Paty

Ce matin nous pouvons mettre un nom et un visage sur l’homme qui a été assassiné hier par un fanatique religieux. Des pensées émues pour la famille et les proches de Samuel. 
 
Nous avions le point commun d’être professeur d’Histoire-Géographie, mais aussi de ce que l’on nomme aujourd’hui l’Education Morale et Civique. Une matière souvent négligée par le temps que l’on nous confie à l’enseigner.
 
Ainsi M. Blanquer a fait diminuer tous les temps d’enseignement général en Lycée Professionnel, dans la logique lancée depuis quelques années maintenant d’amener plus vite nos jeunes sur les marché du travail. Ce choix du marché du travail le plus vite possible se fait forcément au détriment de la formation intellectuelle de nos élèves, citoyen-ne-s de demain.
 
La tolérance, l’esprit critique, la réflexivité sont un apprentissage. Elles ne sont pas innées, elles s’acquièrent par l’échange, savoir exprimer ses désaccords dans un cadre commun.
Nous donne t-on les moyens et le temps nécessaires d’y travailler? La réponse est clairement non.
 
A fortiori lorsque l’on permet en primetime sur les plateaux que des gens condamnés pour provocation à la haine raciale et véhiculant clichés racistes sur cliché racistes puissent s’exprimer sans limites.
 
J’ai pu observer dans mes classes comment les tabous liés aux expressions intolérantes en tout genre tombent l’un après l’autre. Récemment encore un élève ayant tenu des propos racistes nous expliquait qu’après tout “des gens très bien disaient la même chose sur CNews”…
 
Cela ne sert à rien ensuite de faire des incantations autour de valeurs morales la “Liberté d’expression”, la “laïcité”, la “tolérance”, si notre société est incapable de créer des lieux et des temps pour instruire ses citoyens sur ces sujets.
 
En outre, on ne combat pas Daesh et son idélologie en lui faisant la morale. On le combat ici en le déconstruisant intellectuellement et en redonnant davantage de moyens aux associations, à l’éducation populaire, en remettant une police de proximité, des services publics, des moyens plus importants à nos services de renseignements. Bref en remettant du lien humain partout pour savoir repérer et anticiper les dérives de celles et ceux pouvant être attirés par cette idéologie. Pour savoir mieux vivre ensemble simplement.
 
On le combat là bas en soutenant logistiquement celles et ceux qui luttent contre l’islamisme intégriste en promouvant une société émancipée, notamment le peuple kurde.
 
Pour finir je voudrais avoir une pensée pour mes ami-e-s musulman-e-s, qui sont parmi les premières victimes du fondamentalisme islamisme. Victimes là bas bien sûr, mais victimes ici aussi. En effet depuis hier soir on voit sur les réseaux sociaux se dessiner le chemin vers l’amalgame habituel: terroriste islamiste=Islam= musulmans dans leur ensemble.
 
Ce raccourci intellectuel est un problème que doivent subir l’immense majorité des musulman-e-s de France qui sont des gens participant tout autant au développement de notre pays que les autres. Les voici à devoir supporter que des individus barbares salissent leur religion par leurs actes, et à se se voir ensuite assimilés à ces sinistres personnes.
 
Rappelons le: derrière chaque guerre de religion se cache un objectif politique. Celui des islamistes fondamentalistes est su, connu et affiché: provoquer la tension dans nos sociétés pour nous monter les uns contre les autres.
 
La meilleure réponse à leur apporter est de ne pas rentrer dans ce jeu. De ne pas ajouter de la tension à la tension, mais au contraire de l’apaisement. Cela ne peut se faire qu’en se parlant et s’écoutant, en partageant des valeurs mais aussi ce que nous produisons en commun.
 
C’est à cela que doivent travailler les pouvoirs publics s’ils veulent être conséquents pour lutter contre tous les fondamentalismes religieux et les idéologies de l’extrême droite.
 
L’amour des siens ce n’est pas la haine des autres.

Quel projet pour le TFC ?

Et si on parlait du TFC ? Du quoi ? Du Toulouse Football Club, oui du TFC. Il aura été un angle mort, parmi d’autres, de la campagne municipale. Certes quand on dit Toulouse, en dehors de la Haute-Garonne, les poncifs qui reviennent sont rugby-avions-cassoulet. Mais quand on évoque le TFC, c’est plutôt indifférence voire moqueries qui s’expriment. Dommage, car un club de foot, c’est plus que 11 joueurs sur un terrain ; cela peut être aussi une carte de visite des valeurs que porte une ville. Alors pourquoi ne pas avoir cette envie pour notre club ?

 Je précise qu’à l’heure où j’écris ces lignes, la presse locale se fait l’écho de rumeurs de vente du club à un consortium sino-américain. Son propriétaire actuel, M. Sadran, dément pour le moment et assure privilégier une option hexagonale. Il est donc compliqué à cette heure d’anticiper les prochaines étapes de ce feuilleton.

Ce qui est certain qu’avant l’épisode Covid 19 le club filait tout droit en Ligue 2 et que la crise était palpable : 20e au classement, énième entraîneur débarqué, supporters frustrés, club devenu la mascotte du moment de la Fédération Française de la Loose. Quand cette mauvaise spirale finira-t-elle ?

Le paradoxe du TFC, c’est que l’affluence en tribune au Stadium (16 224 spectateurs pour la saison 2018-2019) n’a pas à rougir face à celle d’Ernest Wallon (18 385 spectateurs). Il y a donc dans notre ville, s’il était besoin de s’en assurer, un public pour le foot. Un public qui a vibré pour les Marcico, Emana, Ben Yedder et consorts… Mais un club qui peine à susciter l’enthousiasme au point que l’on est surpris de voir davantage de maillots du PSG ou de l’OM quand les Violets accueillent ces deux clubs. 

Sans exagérer son influence, on ne peut pas considérer le TFC comme une entité déconnectée de la ville dont les résultats et les péripéties importent peu. La future municipalité doit donc travailler à renouveler cet enthousiasme qui a existé à certaines périodes du club. Le foot et les clubs qui le font vivre sont des organisations sportives mais aussi culturelles qui peuvent fédérer, inclure et inspirer. Un club peut mettre en lumière les caractères, les valeurs d’une ville, que ce soit dans son ambition de résultats, et plus intéressant encore, dans son état d’esprit .

Songeons au FC Lorient et à l’En Avant Guingamp en Bretagne, symboles de convivialité et d’équipes joueuses. Songeons au RC Lens, au FC Sochaux et à l’AS Saint Étienne, clubs des classes populaires et tenants d’une certaine culture ouvrière. Songeons à l’Olympique de Marseille ou au FC Barcelone, clubs qui transcendent les appartenances sociales et sont les porte-drapeaux d’une ville voire d’une région. 

Le football est un formidable vecteur culturel et social. Il est donc important de donner au TFC les moyens d’incarner notre ville dans nos valeurs démocratiques, d’inclusion, de solidarité et de partage.

Alors par où commencer ?

Le 1er Janvier dernier est entrée en exercice la convention décennale signée par le président sortant de la Métropole toulousaine avec la direction du TFC. Si celle-ci augmente la redevance, passant à 1 624 000 Euros (divisible par 2 en cas de descente en Ligue 2, scénario qui se profile), elle prévoit également que les grosses réparations soient du ressort de la collectivité qui prend en charge le nettoyage des espaces mis à disposition de façon temporaire après les matchs. Par ailleurs, la Métropole reste responsable de la pelouse et s’engage sur la réalisation de travaux de mise en conformité éventuellement demandés lors de compétitions sportives. Elle a programmé des chantiers en vue de grands événements sportifs : achat de la luminothérapie, installation d’écrans géants… La convention établit aussi la possibilité d’un changement de nom (naming) du Stadium, sur lequel il convient d’être particulièrement vigilants pour éviter une marchandisation de ce bien public.

Mais nous devons aller plus loin. La prochaine municipalité doit entamer des discussions avec la direction du club pour envisager ce qui pourrait être mis en place et construire un projet à la hauteur de notre ville et de notre agglomération. Il ne s’agit pas de demander des résultats au-dessus des moyens financiers de la direction, mais un nouveau souffle pour le Stadium.

Cela ne pourra se réaliser sans que les supporters soient plus souvent consultés, participent  davantage aux instances du club, puissent échanger avec l’équipe dirigeante, sportive, avec les joueurs. Le club doit être encore plus ouvert sur les clubs de la ville et de la métropole. Il s’agit de tisser des partenariats privilégiés avec les clubs de quartiers, que chaque pitchoune de la ville puisse une fois par saison aller voir les Violets jouer. Le club, mais aussi la future municipalité, doit rompre avec l’opacité de la répartition des subventions. On sait qu’aujourd’hui un seul club touche plus que cinq autres réunis avec pourtant moins de licenciés. On voit aussi des terrains laissés à l’abandon pour empêcher des clubs de s’y installer et tenter ainsi de gommer une identité de quartier, facette méconnue mais réelle de la gentrification.

Cela passe aussi par notre équipe féminine qui doit pouvoir se développer activement à tous les niveaux. Il faut que l’équipe fanion féminine puisse jouer en Ligue 1 et se donner, pourquoi pas, comme objectif à moyen terme de concurrencer Lyon, Paris et Montpellier pour jouer la Ligue des Champions.

Le nouveau souffle du TFC, au moyen d’une identité de convivialité, d’accueil et de partage chère aux habitant-e-s, doit s’incarner sur et en dehors des terrains. Un  engagement de la collectivité et des contribuables oblige à un droit de regard sur le devenir du TFC pour mieux le soutenir et qu’enfin il soit synonyme de plaisir et de fierté, plutôt que de galère pour ses supporters.

Gentrification

Cette semaine le baromètre du site seloger.com est tombé, il est éloquent : en un an les prix de l’immobilier ont augmenté de +6,5 %. En 5 ans c’est plus 20 % à Toulouse !

Ce que nous pressentions il y a quelques années, puis que nous avions documenté avec rigueur dans un rapport du DAL 31 qui avait fait grand bruit, se vérifie malheureusement : la gentrification dévore Toulouse, et ce sont ses habitant-e-s et son identité qui sont mis en péril.

Expliquons nous :
La gentrification est un phénomène que l’on peut définir ainsi : des personnes plus aisées s’approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés, transformant ainsi le profil économique et social d’un quartier au profit exclusif d’une couche sociale supérieure.

À Toulouse les quartiers du centre-ville sont particulièrement touchés par ce fait urbain qui s’étend désormais sur les quartiers alentours. Souvent l’argument avancé pour ce qui n’est autre qu’un déclassement des habitant-e-s est la mixité sociale. En vérité, c’est une politique de déplacement de population qui s’opère dont sont victimes les Toulousain-ne-s n’ayant pas assez de ressources pour suivre l’augmentation des prix. Combien de nos ancien-ne-s se privent de repas car ils n’arrivent plus à payer leur loyer ? Combien de jeunes couples partent de Toulouse car ils ne trouvent plus de logements accessibles et adaptés à la taille de leur famille ?

Pour être remplacés par qui ? par quoi ? D’abord par un dogme, celui de l’attractivité à tout prix afin de faire de Toulouse une vitrine commerciale et touristique aseptisée et sans caractère. Le lobby Toulouse 2030 à qui M. Moudenc avait déroulé le tapis rouge il y a un an est très clair : « Toulouse doit devenir une ville du tourisme d’affaire ». Et tant pis si cela se fait au détriment de l’écologie, que ce soit en promouvant un tourisme de masse énergivore et l’éloignement des habitant-e-s historiques, contribuant encore à l’étalement urbain.

Les touristes, mais aussi les investisseurs. Il a 42 ans, c’est un cadre parisien, il n’a pas d’enfants, et il gagne aux alentours de 6 000 euros par mois. Lui, c’est l’investisseur type à Toulouse d’après une récente étude. Il n’achète pas dans notre ville pour y vivre, mais pour s’assurer une rente locative et a donc tout intérêt à ce que les prix continuent leur progression, c’est même l’argument principal des brochures des promoteurs.

Toulouse devient un petit Bordeaux. Une réserve foncière et immobilière pour les riches Parisiens souhaitant étoffer leurs comptes en banque déjà fournis. Notre ville a une Histoire, une culture, des caractères, des identités qui doivent la faire s’ériger contre cet accaparement de l’immobilier et des biens publics, qui chasse les sien-ne-s. Au pays de la chocolatine n’acceptons pas que le pain au chocolat devienne roi !

La gentrification expose à ce que notre ville se ternisse. Elle divise, fracture, laisse de côté. Les disparités entre quartiers deviennent considérables, et fissurent la communauté toulousaine.

La hausse des prix est un choix politique. Celui du laxisme de l’actuelle municipalité face aux spéculateurs. Il est temps de remettre de l’ordre dans cette zizanie urbaine. À commencer par l’encadrement des loyers, la construction de logements sociaux adaptés aux ressources des demandeurs, la possibilité d’en construire en centre-ville, et de faire des logements HLM des logements de pointe au niveau de la transition écologique. C’est aussi repenser les quartiers, la question de leur aménagement, du cadre de vie, de la densification qui peut être autre que contrainte et verticale.

Agir contre la gentrification doit nous permettre de faire communauté, de protéger notre ville et ses habitant-e-s face à la cherté du logement. Toulouse rayonne par l’aéro-spatial, par ses valeurs, par sa gastronomie, par le rugby, elle doit être, comme sa devise, ambitieuse et ne pas s’en contenter. Notre ville peut s’ouvrir un nouvel horizon à la hauteur de son Histoire et de sa prestance : celles d’une ville solidaire et écologiquement en pointe. Notamment via un grand projet écologique, sur lequel je reviendrai bientôt plus longuement : la rénovation thermique et phonique des logements et leur accessibilité pour tou-te-s.

Commémoration AZF – En attendant la Justice.

Depuis 18 ans, Toulouse tente de panser ses blessures. L’explosion qui a fait 31 morts et des milliers de blessés reste une plaie béante pour la ville Rose, alors que la procédure judiciaire est toujours en cours. 

Comme chaque année, la commémoration sera divisée entre différents groupes. Trois cérémonies distinctes ont lieu aujourd’hui, celle des anciens salariés, celle des sinistrés, et la cérémonie officielle dirigée par la mairie, aux côtés de La Grande Paroisse, filiale de Total et propriétaire d’AZF, dont la responsabilité dans l’accident est toujours entre les mains de la justice. La Cour de cassation doit se prononcer le 7 novembre sur la décision de la Cour d’appel de Paris, qui a reconnu coupable l’ancien directeur de La Grande Paroisse, Serge Biechlin, et l’a condamné à 15 mois de prison avec sursis et 225 000 euros d’amende. 

Cette scission entre les Toulousains et leurs dirigeants est à l’image de la politique de la ville. Une cérémonie en grandes pompes avec représentants de l’État, grands industriels et investisseurs d’un côté, et habitants en souffrance de l’autre.

Jean-Luc Moudenc a dernièrement comparé l’incident de Notre-Dame Dame de Paris à la catastrophe D’AZF, et a donc eu l’audace de rapprocher la perte d’un patrimoine, à l’homicide involontaire, quoique toujours entre les mains de la Cour de Cassation, de 31 hommes et femmes sans compter les blessé-e-s et mutilé-e-s

Toutes mes pensées vont évidemment aux victimes de cette catastrophe. 

C’était un samedi

C’était un samedi, c’était un 14 septembre.

Cela devait être un temps fort, une nouvelle étape dans le chemin parcouru depuis près de deux ans par Archipel Citoyen. Mission accomplie.
Près de 600 personnes selon les organisateurs, aucun chiffre à cette heure selon la Préfecture. Des visages connus, dans le milieu politique, associatif, syndical. Mais aussi et surtout beaucoup de visages inconnus, et c’est cela qui est rafraîchissant, des personnes venues par curiosité ou par motivation à changer leur ville, à la réinventer, ensemble.

Après un temps d’accueil, on se retrouve autour d’une vingtaine de tables fléchées par thématiques et puis ensuite par quartiers. Pour ma part j’ai choisi l’une des tables dédiées à l’éducation. La question posée est : comment injecter davantage de démocratie dans les écoles préélémentaires et élémentaires gérées par la ville ? Assez naturellement, la discussion se recentre sur la question des moyens. Évidement. Des parents témoignent du manque de rénovation de l’école de leurs enfants, des ATSEM qui ne sont pas suffisamment considérées, de l’augmentation des prix de la cantine et des CLAE, du manque de place en crèche aussi, le manque d’accès au soin de certains enfants…

Le bilan de la municipalité n’est pas la hauteur, des personnels et enseignants en témoignent également à notre table. J’y reviendrai sûrement dans une prochaine publication.

La discussion est à bâton rompue, y compris lorsqu’elle revient sur la question de la participation des parents d’élèves et de ces derniers eux-mêmes. On évoque ici le démantèlement des collèges de la Reynerie et de Bellefontaine, là on se moque des réunions annuelles avec la « communauté éducative » qui sont souvent des faire-valoir plus qu’une réelle volonté d’implication des parents d’élèves. De des constats émergent des propositions concrètes, nombreuses, et parmi elles, le fait de mettre en place une plateforme où les parents et les élèves pourraient enregistrer leurs demandes à la mairie, donner plus de poids au Conseil Municipal des Enfants déjà existant, établir un « pass culture » pour tous les pitchounes.

De ce foisonnement d’idées toutes intéressantes et à préciser, j’en retiens une qui me semble particulièrement pertinente : la mise en place de budgets participatifs par école. Bien entendu, ceux-ci ne prendraient pas en charge l’investissement essentiel pour l’amélioration des conditions d’éducation de nos pitchounes (rénovation et construction des écoles, ouverture de crèches, cantines et goûter gratuits, rémunération du personnel…), mais pour qu’enfin des choix pédagogiques soient effectués, « pour de vrai », par toute la « communauté éducative » elle-même. Ainsi, sur un temps mensuel à déterminer, il serait souhaitable de permettre aux personnels enseignants, aux élèves et aux parents de choisir où orienter le budget alloué : sorties scolaires spécifiques, jardin potager…Une idée à approfondir dans les semaines à venir, mais qui pourrait enfin ouvrir une brèche là où les parents peuvent aujourd’hui avoir du mal à trouver leur place dans l’École.

Ce premier « round » de discussion est suivi d’interventions toutes très enrichissantes de Françoise Fize membre de La Belle Démocratie, Rhany Slimane qui anime Nous sommes Montpellier, et Joseph Spiegel maire de Kingersheim. Que nous disent-ils ? Qu’il faut battre en brèche les complexes d’infériorité des habitant-e-s qui pensent que la politique, ce n’est pas pour eux. En ce sens il nous faut continuer l’effort d’élargissement et d’inclusion entrepris ce samedi. Qu’il faut désacraliser la posture de l’élu-e, ne pas faire de l’expérience politique ou mandataire un va tout inébranlable mais bien ouvrir cette expérience au plus grand nombre. Rompre avec la grandiloquence à laquelle on assigne sans cesse la présence de l’élu-e : coupé de cordon, grands discours qui tournent en rond. Mais surtout donner du pouvoir de décision aux habitantes et habitants, un espace et du temps pour cela.

Leurs témoignages donnent un nouveau souffle, si tant est qu’elle en avait besoin, à la journée.
Pour la conclure, je me retrouve à la table correspondant au secteur au sein duquel je vis : « Rive gauche », nous sommes une trentaine, nous convenons d’ores et déjà d’une rencontre dans les jours qui suivent, pour parler de nos quartiers, de notre ville et décider de ce que nous devrons faire.

Cette journée aura permis ce qu’il y a un an encore semblait difficilement envisageable, la rencontre entre des personnes et des groupes ayant des cultures et des pratiques différentes. Pourvu que notre envie pour Toulouse soit plus forte que ces différences et qu’elle nous permette de changer notre ville.

Dans ce cas, on se souviendra bientôt qu’il y eut une étape importante un 14 septembre, une de ces journées où le soleil de l’été refuse de s’en aller. C’était un samedi et tout le monde disait : c’est bon, on est lancé !

Ebru par dessus les toits…

Le Comité de soutien à Ebru Firat a demandé la contribution de militant-e-s pour poursuivre la campagne demandant sa libération. Voici la mienne: Depuis septembre dernier le ciel est moins léger à Toulouse, les reflets de brique sont plus acides. La tragédie que vit Ebru Firat nous touche forcément, tant elle pourrait être une connaissance, notre camarade, notre amie, notre fille, notre sœur.

Depuis septembre dernier le ciel est moins léger à Toulouse, les reflets de brique sont plus acides. La tragédie que vit Ebru Firat nous touche forcément, tant elle pourrait être une connaissance, notre camarade, notre amie, notre fille, notre sœur. 

Je ne connais pas Ebru mais quelque chose dans son visage m’est forcément familier, un sourire, une lumière dans le regard qui marque toute l’espérance et la volonté avec lesquelles peuvent parfois s’engager les jeunes dans des combats pour un monde meilleur, plus juste, plus tolérant. Et quel combat ! Partir au côté du peuple kurde pour lutter contre Daesh et les despotes de la région Erdogan en tête. Tout laisser pour ses idées, dans l’ombre sans lumière, en toute humilité, pour lutter aux côtés d’un peuple, qui est aussi le sien, opprimé de manière séculaire. 

Ebru Firat est une combattante kurde, emblème de la lutte pour l’émancipation des minorités, emblème de la lutte contre le patriarcat, une place des femmes qui donne à penser dans notre pays où à travail égal les femmes touchent moins que les hommes. 
Le DAL, qui fait partie du réseau international No Vox, rassemblant des mouvements luttant pour le droit au logement mais aussi pour le droit à la terre, se sent forcément proche de celles et ceux qui se battent pour les arpents de leur peuple comme c’est le cas au Rojava. Le DAL se sent forcément proche de toutes les femmes qui luttent pour l’égalité, nos luttes étant le plus souvent menées par elles qui prennent leur destin en main ainsi que celui de leurs familles
.
Ebru Firat est aussi une étudiante toulousaine, issue d’une génération qui prend la dégradation des conditions de vie de plein fouet dans l’Hexagone, et qui voit poindre à l’horizon un hiver inquiétant où le repli sur soi et l’intolérance tombent comme de la neige sombre sur notre société. Ebru de cette jeunesse qui s’est mise debout au printemps dernier devant une loi incarnant à elle seule tous les désirs de la Troïka. Ebru de cette jeunesse que l’on dit souvent nihiliste, désabusée, mais qui est bien vivante et qu’on n’empêche pas de rêver même quand on essaie de réduire son temps de repos. Ebru, d’une jeunesse qui a en fait plus d’un idéal dans son sac et qui a la lourde mission de faire face à l’hiver qui vient. Ebru, d’une jeunesse à qui il reste l’espoir comme numéro d’écrou.

Ebru dans son combat, derrière ses barreaux est une des nôtres. Nos luttes peuvent sembler dérisoires par rapport à la sienne, mais il est de notre devoir de lutter où l’on est, près de nos murs, dans nos quartiers, dans notre ville qui est aussi la sienne. Ebru, nos luttes c’est notre manière de ne pas oublier celles et ceux qui sont passé-e-s avant nous, celles et ceux qui comme toi sont privé-e-s de liberté, celles et ceux qui partout dans le monde refusent la fatalité. 
Ebru, nos luttes c’est notre manière de t’envoyer un mandat. Un mandat par dessus leurs murs, un mandat entre leurs barreaux, un mandat par dessus leurs toits. On pense à toi.

François Piquemal (Porte-Parole Sud Ouest DAL).

https://www.facebook.com/Libert%C3%A9-pour-Ebru-Firat-1661001054210428/

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