Pour un CNES délivré de la vision mercantile de Bercy

Le 23 novembre dernier nous apprenions avec plaisir que Sophie Adenot serait la nouvelle astronaute française. C’est unefierté de voir cette ancienne élève de l’ISAE-SUPAERO, l’école d’ingénieurs toulousaine qui a également formé Thomas Pesquet et pas moins de quatre autres astronautes de l’ESA (l’Agence Spatiale Européenne). Cela marque l’excellence française en matière de spatial, dont la région toulousaine est un des foyers.

Cette date ne doit pas en cacher une autre, dommageable pour la politique spatiale française : le 3 juillet 2020, qui marque un tournant inquiétant dans la politique spatiale française, avec le passage du Centre national d’études spatiales sous tutelle du ministère des Finances, qui l’a arraché aux ministères de la Recherche et de la Défense. Ce changement est tout sauf anodin : il met en péril l’exception française, notre engagement dans l’exploration spatiale, notre capacité à produire des connaissances, l’avenir de la filière et les qualifications des 33 200 salariés et chercheurs (près d’un tiers en Occitanie) qui assurent le service public de l’espace. Pilierde l’odyssée spatiale française, le CNES est mis à mal par le nouveau Contrat d’objectifs et de performances. Signe du malaise : l’intersyndicale fait bloc et même des chefs de bureaux ou de service rejoignent les assemblées générales !

Lorsqu’on parle d’espace, il s’agit de notre quotidien. Des missions scientifiques aux applications technologiques et commerciales, les réussites du CNES touchent une variété d’usages. Les télécommunications, l’observation de la Terre, l’analyse du dérèglement climatique, jusqu’aux recherches en microgravité à bord des stations spatiales, sont toutes permises par le travail du CNES. Pour se repérer dans la rue avec un positionnement satellite, ou pour anticiper la météo, on dit merci au CNES ! Sans oublier le succès des programmes d’Ariane, d’Airbus et Thalès auxquels il a fortement participé.

Ainsi, notre pays dispose de savoir-faire exceptionnels, résultat de politiques publiques qui ont fait de la France une des Nations les plus avancées sur la question de l’espace et de l’aéronautique dès les années 60. Le CNES y joue un rôle central. Depuis sa création en 1961, son rôle a toujours été de « courir devant », véritable tête pensante de nos avancées spatiales. Chef d’orchestre du spatial, il assurait l’existence d’un secteur de pointe. Premièrement, il effectuait le lien entre les domaines scientifique, industriel et militaire, via des innovations de rupture et des technologies duales.

Deuxièmement, il concentrait la décision politique, l’exécution administrative et l’expertise technique. Cette capacité transversale est menacée : Bercy colonise la décision politique, l’expertise technique est déléguée à des start-ups privées, et le CNES se retrouveen position de tirelire impuissante. Sa vocation historique, voulue par De Gaulle dans un consensus national robuste, est ouvertement attaquée par Emmanuel Macron.

Quelles sont les conséquences d’un tel tournant ? D’abord, sous tutelle du ministère des Finances, le CNES devient le bras armé d’une vision mercantile de l’espace. Les savoirs n’ont désormais de sens qu’en rapport avec leur rentabilité prévue –or, il est souvent impossible de prédire les retombées économiques d’une connaissance ! Cette vision engage une privatisation du spatial, terrain de jeu pour investisseurs. La privatisation de la filière des lanceurs Ariane et, en interne, la destruction de la Direction des lanceurs, confirment un sabotage technologique sans précédent. Et ce, au profit de start-ups, objets de toutes les attentions financières, imaginées comme les « jeunes pousses » d’un improbable New Space français dont on attend toujours que Bruno Le Maire nous donne la définition et l’orientation.

C’est donc tout l’écosystème qui est menacé. Car l’intérêt de programmes publics structurants est triple. D’abord, la concentration et la mutualisation des moyens permet de multiplier les percées en croisant les regards. Ensuite, car la sérendipité –c’est-à-dire l’innovation aléatoire et imprévue –y trouve toute sa place dans les échanges entre collègues, alors que la juxtaposition de petitesunités temporaires limite le dialogue scientifique. Finalement, car un programme de long-terme peut emporter la conviction et l’enthousiasme des équipes, là où une succession de projets courts borne l’acquisition de nouvelles compétences.

Le CNES est donc déboussolé par les financiers de Bercy. Puisque l’excellence technique est bradée, la transmission des savoir-faire est menacée. Les jeunes rêvent d’espace, mais plus forcément d’une carrière au CNES : faute de perspectives offertes aux nouvelles générations d’ingénieurs, face au gel des postes de chercheurs, rebutés par l’imitation des lubies de l’industrie spatiale privée, ils préfèrent l’original à sa copie publique.La situation est d’autant plus grave qu’aucune discussion démocratique ne semble possible. Quelle est la feuille de route des six administrateurs publics au Conseil d’administration ? Qu’ont-ils voté au cours des délibérations ? Quel est le bilan des start-ups subventionnées en termes de résultats scientifiques ? Quels sont les objectifs du CNES en matière de savoirs, à cinq, dix et quinze ans ? Ces informations devraient être disponibles et discutées. Elles demeurent dissimulées et occultées.

C’est pourquoi nous, parlementaires NUPES de la Haute-Garonne, à l’heure où l’Agence spatialeeuropéenne annonce une augmentation conséquente de 16% de budget (17 milliards d’euros pour les cinq prochaines années), exigeons des pouvoirs publics un renforcement du CNES, en consolidant son statut de maître d’ouvrages et en sanctuarisant son rôle de pointe avancée de la recherche spatiale.

La privatisation a instauré le bazar. Remettons de l’ordre : une planification publique du secteur, avec des objectifs fermes et évalués, des échéanciers réguliers pour des programmes de long-terme et une communication au grand public ainsi qu’à la communauté universitaire des résultats scientifiques.

Cela implique de sortir le CNES du giron de Bercy. En plaçant les savoirs de long-terme au-dessus des exercices comptables mesquins, nous pourrons revaloriser les métiers du CNES, sur le plan des salaires et des qualifications. Un des meilleurs moyens pour cela consiste à internaliser la recherche plutôt que de s’appuyer sur des start-ups fragiles et coûteuses, afin de mettre les ressources humaines en adéquation avec les ambitions. C’est pourquoi le plan social de 500 suppressions de postes en Guyane est inadmissible pour l’avenir du spatial français et pour le tissu scientifique de la région. Il faut penser l’écosystème spatial dans son ensemble, et donc protéger les savoir-faire comme ceux de l’usine Cnim AirSpace à Ayguesvives qui produit depuis 1971 des ballons extra-atmosphériques. Grâce à eux, le CNES mesure la qualité de l’air ou l’effetde filtre de la couche d’ozone.

Le CNES est aussi l’outil avancé d’une vision géopolitique. Celle qui tracerait le chemin d’une diplomatie spatiale de paix et de protection des biens communs spatiaux, contre les acteurs du New Space, via un nouveau Traité de l’Espace garantissant l’espace extra-atmosphérique comme bien commun ne pouvant être ni exploité ni approprié.

Notre pays consent les dépenses les plus élevées du monde par habitant pour l’espace. Cela nous donne un devoir moral, une exigence politique et des moyens formidables. Donnons un cap au grand service public de l’espace !

Signataires :Dorine Béna (Conseillère Municipale de Cugnaux), Christophe Bex (Député HG), Julien Cadieu (Conseiller Municipal deL’Union), Hadrien Clouet (Député de Haute-Garonne), Hélène Magdo (Conseillère Municipale deToulouse),Marc Péré (Maire de l’Union), François Piquemal (Député de Haute-Garonne), Agathe Roby (ConseillèreMunicipale deToulouse), Anne Stambach-Terrenoir (Députéede Haute-Garonne)

Première question au Conseil Municipal de Toulouse

M. Moudenc,

Durant la campagne vous vous êtes présenté comme le sauveur de l’aéro, contre notre liste qui aurait été anti-aéro. Une allégation malhonnête tant nous sommes nombreux à travailler directement ou indirectement en lien avec ce secteur comme de nombreux toulousains. (Clément Ader)

Nous avons appris hier la suppression de 15 000 emplois chez Airbus dont 3 500 à Toulouse1, et que des négociations importantes débutent avec les syndicats la semaine prochaine, la municipalité doit peser de tout son poids pour être au côté des salarié-e-s et trouver des solutions pour la filière y compris dans sa diversification inéluctable.

Pour cela de même qu’il serait souhaitable que chaque projet de la collectivité soit passée au crible d’une règle verte pour vérifier son impact écologique, il serait bon que la collectivité fixe une ligne rouge avec les entreprises s’assurant de leur bonne conduite concernant le traitement de leurs salariés.

On ne peut soutenir ou passer des accords financiers avec des sociétés sans contreparties sociales, notamment la préservation de l’emploi.

Or je note qu’un contrat a été passé par la ville avec la société Derichebourg (20V0105), concernant un marché public pour des prestations de désinfection pour un montant de 173 393,76 euros.

Celui-ci a été notifié le 3 juin 2020 soit trois semaines après que l’on apprenne que (dans la presse dès le 11 mai2 ) la branche aéronautique de cette société prévoyait un plan de licenciement de 600 à 700 personnes.

Ce dernier a finalement été abandonné pour la mise en place d’un Accord de Performance Collective (APC). Un dispositif introduit dans la loi par la réforme du code du travail au début du mandat de votre soutien d’Emmanuel Macron, qui est un outil de chantage à l’emploi vis à vis des salariés se traduisant ici par la réduction de leurs rémunérations d’environ 200 à 500 euros mensuels.

Alors M. Moudenc, vous qui prétendez être « le maire de l’emploi », je ne sais pas la date exacte à laquelle ce contrat a été signé, mais vous l’avez bel et bien validé en date du 3 juin. Une société dont le chiffre d’affaire était de 2,9 milliards d’euros en 2018, et dont le PDG déclarait je cite : « les gens vont devoir choisir de quoi ils veulent mourir de faim ou du virus »3.

Avez vous inclus à ce contrat inclus des clauses ou des conditions permettant de défendre la sauvegarde de l’emploi des salariés dans la société et si oui lesquelles?











1 https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/haute-garonne/toulouse/airbus-2398-postes-supprimes-sites-toulouse-1849308.html

2 https://www.lesechos.fr/pme-regions/occitanie/coronavirus-derichebourg-aeronautics-services-envisage-de-supprimer-700-emplois-1202899

3 https://www.revolutionpermanente.fr/Pour-le-patron-de-Derichebourg-Aeronautics-Services-il-faut-choisir-de-mourir-de-faim-ou-du-virus

Cueillir des cerises

C’est donc demain le déconfinement. Celui que l’on attend depuis quasiment deux mois maintenant. Pourtant il ne s’agira pas d’un moment de joie extatique brodé de romantisme, de musiques, et d’embrassades à tout-va comme fantasmé par certains. Le déconfinement sera gris. Je vous le dis clairement j’attendrai la réouverture de mon bar de quartier, Les Merles Moqueurs, pour respirer un peu mieux, et ce n’est hélas pas pour demain. 

Surtout que les récentes contaminations survenues en Haute-Vienne et en Dordogne nous rappellent que nous ne sommes pas à l’abri de devoir retourner dans nos logements trop petits. Ces derniers nous rappellent à quel point la Terre peut être étroite si on n’a pas le compte en banque et l’origine adéquates. Christophe Castaner l’a redit ce matin, le déconfinement dépend de notre civisme. Pas des masques et des tests, mais de notre attitude. Traduction : si nous sommes contraints de nous reconfiner, ce sera de notre faute, pas de celle du gouvernement élu pour gérer les affaires. On commence à avoir l’habitude de ce genre de logique, qui veut qu’un tir de LBD à bout portant soit de la responsabilité de celui ou celle qui en est victime plutôt que de celui qui a appuyé sur la gâchette.

Dans le monde de la start-up nation, on est toujours coupable de n’ « être rien » en attendant notre train, et de coûter un « pognon de dingue » quand nos vies sont des galères. 

Dans cette sinistrose, la crise du Covid 19 aura au moins eu ce mérite : mettre davantage à nu l’ignominie du libéralisme économique sous toutes ses formes : néo, ordo et autres. C’est ce à quoi nous invite aussi la nouvelle séquence à venir : poursuivre le combat pour construire un nouveau monde, celui d’après que tout le monde a à la bouche. En espérant que nous soyons encore plus nombreux à le désirer désormais. En espérant que nous parvenions, dans les mouvements sociaux et politiques, à proposer des alternatives permettant un changement de logiciel au sommet du pouvoir.

J’attendrai la réouverture de mon bar de quartier pour respirer un peu mieux, et l’assurance qu’il sera ouvert avec ses salariés l’année prochaine et celle d’après pour respirer pleinement. Pour cela il faut repenser les modèles. Et à Toulouse de manière singulière, tant les dégâts du raz-de-marée qui s’annonce risque d’avoir des conséquences importantes sur le secteur aéronautique. Rappelons que ce dernier concerne plus de 500 000 emplois directs ou indirects en Haute-Garonne. D’ores et déjà de riches débats ont débuté dans notre ville. 

Cela a commencé fin avril avec les contributions d’Attac, de la Fondation Copernic, de l’Université Populaire de Toulouse et des Amis du Monde Diplomatique, signant deux tribunes sur le sujet dont la dernière en date ce samedi 9 mai : « Toulouse, un pays de Cocagne ? ». Celle-ci réaffirme les positionnement pris dans la première publiée fin avril. Les auteurs y interrogeaient la possibilité d’un « syndrome Détroit » à Toulouse, fondé sur la fragilité que représente la mono-industrie aéronautique dans la ville rose et son agglomération. Une fragilité entretenue par les décideurs politiques locaux pendant longtemps, sur l’autel de la croissance infinie. Ce constat est abondé par l’Atelier d’Ecologie Politique, créé et fondé à Toulouse, qui s’est adressé directement aux salariés de l’aéronautique via une lettre publique. Le groupe de scientifiques y invite à une réorientation nette du secteur, eu égard à la baisse de trafic à venir, mais surtout au vu des enjeux climatiques à atteindre.

Ces premières réflexions furent suivies d’une tribune réponse signée par l’économiste Gabriel Colletis et le délégué syndical CGT Xavier Petrachi, membres de l’association Manifeste pour l’Industrie et intitulée : L’industrie aéronautique, une activité du passé, vraiment ? Dans celle-ci les auteurs nuancent certaines assertions de la première tribune tout en partageant de nombreux constats et propositions, notamment sur la sortie de la mono-industrie et la nécessité d’être à la hauteur de l’urgence climatique. La principale différence d’analyse se situe au niveau du modèle de sortie de l’aéronautique. Le Manifeste pour l’Indutrie souhaite un changement de modèle mais pas une table rase du secteur aéronautique. Il propose d’ailleurs plusieurs propositions détaillées à cet effet.

Voici donc où nous en sommes de cette émulation intellectuelle sur l’avenir de notre ville, des emplois et de son industrie. Je vous invite à lire, si vous en avez le temps, chacune de ces tribunes. Malgré leurs divergences, ces réflexions ont le mérite de poser les bonnes questions pour l’avenir.

 Il est l’heure de les écouter, d’en parler, d’échanger. Loin de ceux qui pensent encore que, grâce à des forces supérieurs mystérieuses, le secteur redécollera comme avant. D’ailleurs ceux-là devraient penser à une autre période de l’histoire de Toulouse où une mono-industrie s’est effondrée, laissant notre ville exsangue, celle du Pastel.

Pour rappel au XVe et XVIe siècles, alors que la production d’étoffes augmente fortement en Europe, il y a une forte demande en produits tinctoriaux dont le bleu. Connu depuis l’Antiquité, le pastel est ainsi exploité par de nombreux paysans toulousains. Cette plante herbacée bisannuelle, dont les feuilles sont collectées, séchées et broyées pour en faire une pâte, puis une boule, la cocagne (d’où l’expression « pays de cocagne »…), sert pour la teinte des textiles dans les centres européens, de la péninsule ibérique aux pays du Nord.

Ce commerce permet l’enrichissement de négociants, visible avec la construction de palais urbains sur des modèles espagnols et italiens, comme les hôtels de Bernuy et d’Assézat. 

Mais cette épopée ne dure pas plus de deux générations, suite à la concurrence d’un nouveau venu qui rencontre alors un fort succès : l’indigo. Pas la société filiale de Vinci à qui l’actuelle municipalité a bradé la gestion de nombreux parkings, mais le produit venu d’Amérique Centrale suite à sa colonisation par les Espagnols.

Cette « épopée du Pastel » fait aujourd’hui écho avec la situation de l’industrie aéronautique, et nous rappelle que rien n’est figé, y compris quand il s’agit d’industrie et d’économie. Comme le préconisent les différents collectifs cités plus haut, c’est le moment d’ouvrir un débat dans notre ville, et au-delà sur ce que nous voulons pour l’avenir : quels emplois, dans quels secteurs, et comment, avec quelle règle écologique. Le Green New Deal Toulousain est plus que jamais d’actualité.

Pour le débuter comme pour les activités humaines il faut établir un ordre de priorité pour un certain nombre de projets. Est-ce essentiel aujourd’hui d’investir 120 millions d’euros pour construire une nouvelle Cité Administrative alors que l’actuelle est fonctionnelle , de l’avis des 1 500 agents qui y travaillent ? Est-ce urgent de construire un quartier d’affaires énergivore et dont la pertinence pose question ? Quid de la Tour Occitanie déjà peu sérieuse avant, qui mérite d’être enterrée définitivement. A-t-on besoin d’appartements de luxe dans le site historique et hospitalier de La Grave quand il faudrait un big bang de la santé dans notre ville ? A quoi va servir un parc des Expositions surdimensionné pour des touristes d’affaires internationaux qui vont moins prendre l’avion ? 

Plus que jamais il est l’heure de faire des choix pour notre avenir. Le déconfinement sera gris, mais c’est aussi la saison pour aller cueillir des cerises.

Confinement : à quoi je sers ?

Depuis le début du confinement je me rends deux fois par semaine dans une association d’entraide réputée pour son sérieux, pour aider à la distribution alimentaire. Je le fais tout autant pour donner un coup de main, que pour trouver une utilité sociale au-delà du télé-travail auquel je m’attelle tant bien que mal avec mes classes. Parfois cela se passe au siège de l’association, où des familles, des personnes seules, jeunes, âgées viennent retirer des colis pour tenir une semaine, en attendant la prochaine distribution. Parfois nous allons livrer avec un camion des colis à des personnes isolées. Une dizaine dans l’après-midi. Nous traversons la ville de part en part, souvent dans les quartiers où les logements sont sociaux, où l’on jure contre l’ascenseur qui, une fois sur deux, ne fonctionne pas, obligeant à porter les colis par les escaliers. Une peine toutefois bien négligeable comparée à celle des personnes qui nous ouvrent. Seules au milieu du confinement. 

Un monsieur âgé décuple les barrières de sécurité en nous obligeant à travers sa porte à poser les courses au bout du couloir. Il glisse ensuite une enveloppe avec 20 euros, pour l’association. Une dame en situation de handicap nous accueille, elle sort encore moins qu’avant, nous explique t-elle. Un mètre, toujours un mètre, les gants, les masques. Concernant ces derniers, nous n’en avons pas autant que nous le souhaiterions, ceux envoyés par la Préfecture ne convainquent pas beaucoup. Ils ressemblent à des serpillières trop grandes, mais on fait avec.

A chaque fois nous échangeons quelques mots alors que nous déballons le sac principal sur la table à manger, bout de plastique qu’il ne nous faut pas gaspiller. Le moral, la santé, la météo, l’ami à qui l’on parle au bout du fil, les enfants qui ne sont pas dans la même ville. Au fil des semaines les quelques mots prennent une autre tournure, plus interrogative, plus profonde.

De plus en plus les serrures des questionnements s’ouvrent. Pendant que l’on vide les colis une femme se rassied sur son canapé, les yeux face au mur « Est ce qu’on est puni ? ». Plus loin, un homme compile les magazines Géo sur sa table à manger « je m’évade comme ça. Avant un ami venait me voir, mais là il est malade donc on évite. Qu’est ce qui va se passer après ? ». Dernière livraison de l’après-midi, une dame ouvre. Sur la petite table du salon des poissons rouges tournent en rond dans un bocal bien entretenu, elle nous demande avec un sourire poli : « J’en ai assez, en plus les personnes âgées comme moi on va devoir rester confinées plus longtemps apparemment. Je me demande de plus en plus à quoi je sers ? A quoi on sert d’ailleurs de manière générale ? ».

Les mots que l’on répond sont étroits face à la largeur des questions que nous trouvons dans chaque appartement où nous déposons de la nourriture. Ils sont ceux du réconfort, ceux qu’on utilise comme des bouts de bois auxquels on s’accroche sans savoir où le courant nous porte. Nous ne savons pas quoi faire de nos mots comme de nos mains face au désarroi que sème la situation. Nous ne nous touchons pas pour nous saluer, nous nous touchons avec des mots simples, des plis au coin des yeux au dessus des masques. 

Récemment il y a eu un impair. Lors de la dernière livraison. Une fois n’est pas coutume, un immeuble cossu du centre-ville. L’interphone ne fonctionne pas, nous n’avons pas le code et, au téléphone, la dame n’est pas capable de se souvenir de celui-ci. Elle nous ouvre et nous dit que l’on est cruel de l’avoir fait descendre. Nous comprenons vite pourquoi. Elle est très affaiblie du fait de son âge. Elle reste longuement dans le couloir, ouvre sa boîte au lettre et trouve un Paris Match. «  Au moins ceux-ci, ils ne m’ont pas oublié », puis se retourne vers nous et nous reproche d’avoir « encore laissé les vélos dans le couloir ». Nous devons lui ré-expliquer qui nous sommes et pourquoi nous venons.

Elle recouvre alors sa lucidité puis et nous amène au bout du couloir face à l’escalier. Elle se tourne vers nous : «  il va falloir que je m’avale ça maintenant », elle tend la main. Cas de conscience. Nous nous efforçons de respecter scrupuleusement les un mètre. Toujours. On désinfecte nos gants dans le camion. « Je n’y arriverai pas toute seule, il ne fallait pas me faire descendre ! ». On se regarde avec mon collègue de tournée, mais nous n’avons pas le temps d’échanger, elle a déjà mis sa main dans la mienne. Dès lors, il est trop tard pour un retour en arrière. Je lève un peu la mienne pour lui donner de la hauteur et de quoi s’appuyer pour la première marche. Puis les suivantes. Chaque pas est un supplice, nous faisons des pauses régulières. On reprend à chaque fois qu’elle recommence à nous interroger sur nos occupations ou sur le nombre de personnes dehors. Je sens bien que tenir une main est pour elle plus qu’un soutien pour monter. C’est surtout un appui moral qu’elle trouve dans ses paumes liées. Un réconfort qu’elle fait durer quelques pas alors que nous avons fini de monter les escaliers, et que nous entrons dans son appartement aux vieux meubles patinés et aux couvertures colorées. Nous déposons les sacs lourds. Elle nous en demande l’inventaire. Nous n’avons pas le cœur de ne pas prendre le temps de le lui faire. En fonction de ce qu’elle découvre, farine, céréales, sardines, chocolat, elle approuve ou réprouve le contenu. Elle nous demande ce qu’elle va faire avec le chocolat en poudre, on lui suggère du chocolat chaud, ce qui lui donne le sourire. Elle veut savoir s’il y a à boire, juste 6 briques de lait, lui indique t-on. « Non mais vraiment à boire, du coca par exemple, ou du pastis, tiens, j’ai bien le droit de temps en temps ! ». Nous sourions, avant de partir je lui demande de vérifier si elle n’a pas le code de la porte d’entrée de l’immeuble pour la prochaine fois, « mais si c’est 1929, mon fils a fait exprès, mais là il est dans le nord de la France, à Bordeaux ». Pourquoi 1929 ? demande l’autre bénévole. « Parce que c’est l’année où je suis né ». 90 ans, cette dame a 90 ans, elle est seule, malade, elle n’a vu que nous et une amie depuis le début du confinement d’après ses souvenirs fragiles. « Heureusement j’ai encore des provisions ».

Une fois en bas, je vérifie que le code qu’elle m’a donné fonctionne. La porte ne s’ouvre pas. Il faudra la rappeler, une fois au siège, pour essayer de démêler l’affaire et trouver quelqu’un qui lui rende visite régulièrement. Le temps de gravir 2 étages à 3 dans des escaliers on mesure parfois mieux ce qu’est la solitude qu’en d’autres occasion. Il y aura un besoin de consolation à rassasier après tout ça.

Des mains à tendre encore, tant elles sont déjà nombreuses à l’être partout dans le pays. 

C’est sûrement un des plus beaux versants de l’épisode sinistre que nous traversons, une solidarité renouvelée, diffuse et massive. 

Là où certains politiciens voyaient dans le confinement un moyen de surenchérir les lueurs désuètes de l’étoile de shérif dont ils se sont affublés à coup de couvre-feu, de drones, de pression sur la police pour intensifier les contrôles. Une grande part de la population répond à leurs névroses par des gestes solidaires. Un raz-de-marée d’empathie qui, espérons-le, emportera dans les tourbillons de l’oubli les mobiliers anti-sdf et arrêtés anti-mendicités encore debout dans l’Hexagone. 

Montrez-leur à ses tenants de l’individualisme et de la loi du marché ces supporters ultra organisant une cagnotte pour les personnels soignants, ces restaurateurs et commerçants proposant des cagettes solidaires. Montrez-leur ces bénévoles d’un club de foot livrant les personnes dans le besoin, ce sportif de haut niveau s’engageant pour le nettoyage d’un hôpital. Montrez-leur ces maraudes s’organisant sur les réseaux sociaux, passant par la confection de repas puis la livraison à des personnes à la rue, ces associations et collectifs s’organisant pour la répartition alimentaire là où l’État ne suit pas. Montrez-leur ces locataires faisant du bruit pour demander un moratoire sur les loyers, cette maison de quartier organisant la solidarité. 

Montrez-leur, qu’ils comprennent que certaines choses ne s’achètent pas et mieux, n’ont pas de prix.

Toutes ces initiatives, le succès qu’elles rencontrent, le nombre de demandes de bénévolat dans les associations montrent que quelque chose naît, que notre pays regorge de personnes volontaires, répondant à la question « à quoi je sers ? » par une volonté d’engagement, de solidarité avec celles et ceux les plus exposés. Sur la question alimentaire, la santé, le logement. 

Qu’adviendra-t-il de cette solidarité après ? Elle ne se dispersera pas d’un coup de claquement de doigts estival, il en restera évidemment quelque chose. A fortiori quand la situation socio-économique s’annonce délicate pour un grand nombre de personnes. Des chemins se clarifient, d’autres se créent.

Deux visions de l’après se font dès lors plus nettement jour. Celle des shérifs de pacotille dont la foi en l’humanité s’arrête au premier moyen de coercition venu, contre celle du commun et de l’entraide, qui gage de se faire confiance et de faire bloc face à l’événement. 

C’est cette perspective que nous ne devons pas laisser filer entre nos doigts, c’est celle là qui doit guider le jour, le mois, l’année, le siècle d’après. Ce sera la meilleure réponse à notre utilité individuelle, et mieux encore collective.

Quel projet pour le TFC ?

Et si on parlait du TFC ? Du quoi ? Du Toulouse Football Club, oui du TFC. Il aura été un angle mort, parmi d’autres, de la campagne municipale. Certes quand on dit Toulouse, en dehors de la Haute-Garonne, les poncifs qui reviennent sont rugby-avions-cassoulet. Mais quand on évoque le TFC, c’est plutôt indifférence voire moqueries qui s’expriment. Dommage, car un club de foot, c’est plus que 11 joueurs sur un terrain ; cela peut être aussi une carte de visite des valeurs que porte une ville. Alors pourquoi ne pas avoir cette envie pour notre club ?

 Je précise qu’à l’heure où j’écris ces lignes, la presse locale se fait l’écho de rumeurs de vente du club à un consortium sino-américain. Son propriétaire actuel, M. Sadran, dément pour le moment et assure privilégier une option hexagonale. Il est donc compliqué à cette heure d’anticiper les prochaines étapes de ce feuilleton.

Ce qui est certain qu’avant l’épisode Covid 19 le club filait tout droit en Ligue 2 et que la crise était palpable : 20e au classement, énième entraîneur débarqué, supporters frustrés, club devenu la mascotte du moment de la Fédération Française de la Loose. Quand cette mauvaise spirale finira-t-elle ?

Le paradoxe du TFC, c’est que l’affluence en tribune au Stadium (16 224 spectateurs pour la saison 2018-2019) n’a pas à rougir face à celle d’Ernest Wallon (18 385 spectateurs). Il y a donc dans notre ville, s’il était besoin de s’en assurer, un public pour le foot. Un public qui a vibré pour les Marcico, Emana, Ben Yedder et consorts… Mais un club qui peine à susciter l’enthousiasme au point que l’on est surpris de voir davantage de maillots du PSG ou de l’OM quand les Violets accueillent ces deux clubs. 

Sans exagérer son influence, on ne peut pas considérer le TFC comme une entité déconnectée de la ville dont les résultats et les péripéties importent peu. La future municipalité doit donc travailler à renouveler cet enthousiasme qui a existé à certaines périodes du club. Le foot et les clubs qui le font vivre sont des organisations sportives mais aussi culturelles qui peuvent fédérer, inclure et inspirer. Un club peut mettre en lumière les caractères, les valeurs d’une ville, que ce soit dans son ambition de résultats, et plus intéressant encore, dans son état d’esprit .

Songeons au FC Lorient et à l’En Avant Guingamp en Bretagne, symboles de convivialité et d’équipes joueuses. Songeons au RC Lens, au FC Sochaux et à l’AS Saint Étienne, clubs des classes populaires et tenants d’une certaine culture ouvrière. Songeons à l’Olympique de Marseille ou au FC Barcelone, clubs qui transcendent les appartenances sociales et sont les porte-drapeaux d’une ville voire d’une région. 

Le football est un formidable vecteur culturel et social. Il est donc important de donner au TFC les moyens d’incarner notre ville dans nos valeurs démocratiques, d’inclusion, de solidarité et de partage.

Alors par où commencer ?

Le 1er Janvier dernier est entrée en exercice la convention décennale signée par le président sortant de la Métropole toulousaine avec la direction du TFC. Si celle-ci augmente la redevance, passant à 1 624 000 Euros (divisible par 2 en cas de descente en Ligue 2, scénario qui se profile), elle prévoit également que les grosses réparations soient du ressort de la collectivité qui prend en charge le nettoyage des espaces mis à disposition de façon temporaire après les matchs. Par ailleurs, la Métropole reste responsable de la pelouse et s’engage sur la réalisation de travaux de mise en conformité éventuellement demandés lors de compétitions sportives. Elle a programmé des chantiers en vue de grands événements sportifs : achat de la luminothérapie, installation d’écrans géants… La convention établit aussi la possibilité d’un changement de nom (naming) du Stadium, sur lequel il convient d’être particulièrement vigilants pour éviter une marchandisation de ce bien public.

Mais nous devons aller plus loin. La prochaine municipalité doit entamer des discussions avec la direction du club pour envisager ce qui pourrait être mis en place et construire un projet à la hauteur de notre ville et de notre agglomération. Il ne s’agit pas de demander des résultats au-dessus des moyens financiers de la direction, mais un nouveau souffle pour le Stadium.

Cela ne pourra se réaliser sans que les supporters soient plus souvent consultés, participent  davantage aux instances du club, puissent échanger avec l’équipe dirigeante, sportive, avec les joueurs. Le club doit être encore plus ouvert sur les clubs de la ville et de la métropole. Il s’agit de tisser des partenariats privilégiés avec les clubs de quartiers, que chaque pitchoune de la ville puisse une fois par saison aller voir les Violets jouer. Le club, mais aussi la future municipalité, doit rompre avec l’opacité de la répartition des subventions. On sait qu’aujourd’hui un seul club touche plus que cinq autres réunis avec pourtant moins de licenciés. On voit aussi des terrains laissés à l’abandon pour empêcher des clubs de s’y installer et tenter ainsi de gommer une identité de quartier, facette méconnue mais réelle de la gentrification.

Cela passe aussi par notre équipe féminine qui doit pouvoir se développer activement à tous les niveaux. Il faut que l’équipe fanion féminine puisse jouer en Ligue 1 et se donner, pourquoi pas, comme objectif à moyen terme de concurrencer Lyon, Paris et Montpellier pour jouer la Ligue des Champions.

Le nouveau souffle du TFC, au moyen d’une identité de convivialité, d’accueil et de partage chère aux habitant-e-s, doit s’incarner sur et en dehors des terrains. Un  engagement de la collectivité et des contribuables oblige à un droit de regard sur le devenir du TFC pour mieux le soutenir et qu’enfin il soit synonyme de plaisir et de fierté, plutôt que de galère pour ses supporters.

Pour une ville OKLM

10 fois plus de débit, 10 fois plus d’objets connectés simultanément, 10 fois moins de temps de réponse, c’est ce que promet la 5G. Toulouse va passer à la 5G dès son lancement commercial en 2020. Des antennes ont déjà été installées dans notre ville, notamment dans le secteur de Francazal.

L’arrivée de la 5G est annoncée en grande pompe par l’actuelle municipalité, comme un élément d’attractivité pour notre ville. Pourtant, derrière cet argument discutable, se cache un envers du décor beaucoup moins idyllique. Ainsi, pour que le réseau soit efficace, il faudra ériger beaucoup plus d’antennes-relais, environ une tous les 1 500 mètres. À terme, 20 000 satellites transmettront les données, partout sur terre.

Cette condition risque d’étendre le nombre de personnes électro-hypersensibles, déjà estimé à plusieurs millions en France, un risque sanitaire dénoncé par de nombreux chercheurs. En 2017, 180 scientifiques et médecins du monde entier avaient signé « l’EU 5G Appeal », qui réclamait l’arrêt du développement de la 5G, jusqu’à ce qu’il soit établi qu’elle ne présente aucun danger. Parmi eux 5 Français : Marc Arazi, physicien ; Dominique Belpomme, professeur de cancérologie à l’université Paris-Descartes ; Philippe Irigaray, docteur ès Sciences en biochimie ; Vincent Lauer de la coordination nationale contre les antennes-relais ; et Annie Sasco, médecin épidémiologiste du cancer. La ville de Bruxelles a même mis fin à son expérimentation, refusant que ses habitant-e-s soient des rats de laboratoire.

Mais au-delà de ce risque sanitaire, la 5G pose la question de la ville connectée à tout prix, y compris celui de la destruction écologique, car tout un tas d’objets connectés énergivores verront le jour pour s’adapter à ce changement de technologie. À tel point que certains parlent ‘’de changement sociétal sans précédent à l’échelle mondiale’’, avec l’arrivée de nouveaux objets connectés, 155 milliards d’ici 2025 » [1], auxquels il faudra bien se résoudre, pour une grande partie des personnes, à acheter pour rester ‘’connecté’’. »

L’installation de la 5G, incitant à aller toujours plus vite sans savoir bien pourquoi, montre une nouvelle fois le décalage entre la communication sur l’écologie et les actes réels.

Finalement, alors que 11 millions de personnes en France sont touchés par la précarité numérique, est ce qu’une ville intelligente est celle qui dispose de la 5G ou celle qui garantit un accès et une formation au numérique à toute-s- ses habitant-e-s ? Dans quelles villes voulons-nous vivre ? Des villes où tout va toujours plus vite ? Où les liens se défont; ou au contraire construire une ville où il est possible de refaire communauté ? Si tel est notre chemin, alors il faut repenser le temps dans nos villes, plaider pour des « villes au calme », face aux villes de la CAME.

La CAME, c’est la mythologie mortifèrere de nos élites obsédées par la Compétitivité, l’Attractivité, la Métropolisation et l’Excellence. Ce concept a été forgé par l’économiste Olivier Bouba-Olga et le sociologue toulousain Michel Grossetti. Il désigne le logiciel de pensée qui guide les politiques publiques et les grands projets qui se développent dans toutes les grandes villes françaises.

La CAME met en concurrence les villes entre elles, mais aussi leurs populations. C’est la guerre de tou.te.s contre tou.te.s. Au nom de l’attractivité, les processus de gentrification sont imposés, le patrimoine historique des villes bradé, leurs centres-villes « aseptisés » des classes populaires. On tue les villes et leurs identités, on arrache leurs âmes. Toulouse n’est pas en reste de ce point de vue là : Place de l’Europe, Quai Saint-Pierre, La Grave, Place Saint-Sernin, Quartiers de la gare… On ne compte plus les lieux du centre-ville livrés à la gentrification au nom de la CAME.

Cette overdose conduit aussi à multiplier les grands projets inutiles et énergivores. Ici la Tour d’Occitanie et son quartier d’affaire compteront 300 000 m² de bureaux alors que 240 000 m² sont aujourd’hui vides à Toulouse. Là le nouveau Parc des Expos surdimensionné. Tous deux au nom de leur prétendue capacité à attirer les « touristes d’affaires ». Les politiques publiques d’aménagement ne se font plus d’abord pour les habitant-e-s mais pour les ultra-riches.

La plupart des élites politiques des métropoles sont aujourd’hui intoxiquées à la CAME, et ne se rendent pas compte que leur dépendance nous envoie dans le mur du désastre écologique et de la guerre sociale, titre de l’excellent livre de Romaric Godin. Nous devons changer de logiciel. Rapidement.

En effet, aucune considération ni sociale ni écologique n’est prise en compte par la CAME : ségrégation urbaine, privatisation des espaces, minéralisation et artificialisation des sols, îlots de chaleurs, etc. Ce qui guide tout ça : une visée économique pourtant très discutable.
C’est de cette overdose intenable pour la vie et l’écosystème qu’il faut sortir, c’est un nouvel horizon pour la ville qu’il nous faut tracer. Finie la ville qui carbure à la CAME, à nous de construire une ville désintoxiquée, une ville au calme.

Qu’est-ce que serait une ville plus calme ?

Une ville libérée du tout marchand, au sein de laquelle tout ne se vend pas et ne s’achète pas. Une ville dans laquelle la décélération permet de construire une meilleure relation à soi, aux autres et à l’environnement. Une ville où l’on se réapproprie le temps afin de pouvoir répondre aux besoins et prendre soin de chacun.e.

Une ville où il n’y a peut-être pas la 5G dans le métro, mais où celui-ci est accessible logistiquement et financièrement à tous les habitants et où ceux-ci peuvent s’ils le souhaitent échanger quelques mots au-delà du clavier de leurs écrans bleutés.
Une ville où l’on prend le temps d’un apéro avec ses amis, d’aller au cinéma avec sa famille, de préparer à manger et de partager un repas avec ses proches un dimanche, d’accompagner le petit dernier à son match de rugby, d’aller voir l’aînée jouer son match de foot.
Une ville où l’on a pris le temps de connaître le prénom de l’ancienne de l’immeuble et du boulanger du quartier.

Une ville où chacun.e perçoit un avenir commun et rayonnant pour tou.te.s, sans distinction aucune.

Reconquérir le temps, c’est ne plus nous laisser piéger par les gadgets de la CAME à l’image de la 5G ou de la seconde rocade promise par le maire actuel et qui ne fera qu’amplifier le trafic autoroutier, lorsque ceux qui utilisent leur voiture au quotidien perdent déjà 6 jours par an dans les bouchons.

Une ville au calme nécessite de changer de modèle sur un certain nombre de sujets : numérique, transports, aménagements des quartiers, gestion du temps dans la ville. C’est une reconnexion aux autres, à celles et ceux qui partagent la ville avec nous, mais aussi aux écosystèmes qui nous entourent. C’est se mettre sur le bon chemin face à l’urgence écologique et climatique et les nécessités d’une réelle vie en commun.

Une ville d’où l’on voit les étoiles

J’ai récemment profité de quelques jours durant les vacances de la Toussaint pour partir m’oxygéner en Aveyron, non loin du Larzac. À chaque fois que je quitte Toulouse pour une zone moins urbaine, une des choses qui me frappe est la présence des étoiles. Ces lieux deviennent des réserves nocturnes d’astres, à l’inverse de nos grandes villes, Toulouse y compris.

Quel paradoxe pour la ville de l’aérospatial, qui possède une Société d’Astronomie Populaire très active avec l’Observatoire de Jolimont, de ne pouvoir contempler que si peu d’étoiles lorsque nos yeux se dirigent vers le ciel de nos nuits !

Ce phénomène n’est certes pas propre à Toulouse, il est global. Selon le New World Atlas of Artificial Night Sky Brightness, en Europe et aux États-Unis, quelque 99 % de la population vit sous un ciel nocturne orangé, où les étoiles s’éteignent… Comme le dit Travis Longcore, spécialiste de l’écologie urbaine et dont les travaux portent sur les moyens de calculer l’ « illuminance horizontale » (comment la lumière artificielle est réfléchie par les nuages et le sol selon les conditions météorologiques) : « Quelle chose horrible pour nous, en tant qu’espèce, de vivre dans un crépuscule permanent et de ne jamais être en mesure de voir les étoiles ». Selon une version mise à jour de l’Atlas mondial de la pollution lumineuse, publiée en juin 2016 dans Sciences Advances, 60 % des Européens et 80 % des Américains ne peuvent plus voir la Voie lactée à l’œil nu…

Lentement mais sûrement, la pollution lumineuse dévore le ciel nocturne, si bien qu’il devient de plus en plus compliqué de distinguer la nuée blanche de la Voie lactée et ses milliers d’étoiles. Cette pollution provient de sources diverses d’éclairage artificiel : lampadaires, enseignes lumineuses des magasins, spots des hangars industriels, pylônes des stades… Nous pouvons observer dans le ciel un halo orangé, qui n’est pas le reflet de nos briques foraines, mais le réceptacle des rayons lumineux qui se réfléchissent sur les gouttes d’eau, ou la pollution contenue dans l’air, amenuisant l’éclat d’ébène de nos nuits, et par là même celui des étoiles.

Cette pollution lumineuse n’est pas qu’une question esthétique, elle est un problème environnemental et de santé. En effet, le cycle de notre sommeil en est affecté. Ce dernier, appelé aussi cycle circadien, très précis, régule les niveaux de nos hormones, la température de notre corps, l’activité cérébrale et tout un ensemble de fonctions physiologiques qui s’appuient sur les variations de la lumière. On comprend dès lors l’impact que peuvent avoir les lumières artificielles sur nos organismes, à l’heure où les équipements lumineux des villes modernes se composent de plus en plus d’éclairages à LED, situés dans les mêmes fréquences lumineuses que la lumière bleutée de nos écrans d’ordinateurs, des téléviseurs ou des téléphones. Une lumière qui selon plusieurs études perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone qui prépare notre corps au sommeil. Les troubles du sommeil peuvent avoir des liens avec le diabète et l’augmentation des risques de cancers du sein et de la prostate.

La pollution lumineuse n’est pas que le tombeau de nos cycles de sommeil, elle est aussi celui des lucioles. Ainsi, des scientifiques ont mis au jour qu’elle impactait la reproduction de certains animaux, dont celle des lucioles. Ces coléoptères offrent un autre type de lumière, plus fragile, que les lucioles mâles ne perçoivent plus chez les lucioles femelles.

La lumière artificielle affecte en réalité tous les êtres vivants, comme l’indique Jean-Philippe Siblet, directeur du Service du patrimoine naturel au Muséum d’Histoire naturelle de La Réunion : « Elle ne fait pas que modifier l’environnement nocturne, elle altère les cycles journaliers et saisonniers. » Elle oblige aussi plusieurs espèces de mammifères à mener une vie décalée pour tenter de retrouver un peu d’obscurité. Le comportement de 62 d’entre elles, sur toute la planète, a été l’objet de 76 études, synthétisées dans la revue américaine Science, le 15 juin dernier. Résultat : en vingt-cinq ans, leur part de vie nocturne a augmenté de 36 % en moyenne. Le monde végétal est également concerné. Ses mécanismes utilisant naturellement la lumière, comme la photosynthèse et la pousse, peuvent varier en vitesse ou se retrouver en décalage par rapport aux saisons.

Les chercheurs savent dorénavant mesurer cette pollution lumineuse et la cartographier. Le constat est très inquiétant puisqu’en France 90 % du territoire est affecté par celle-ci.

Alors que faire ? Accepter que la situation se détériore encore et que la luminosité des étoiles devienne une ressource rare et inaccessible au plus grand nombre ? Sanctuariser les rares arpents de ciel préservé ? Ou pire, les laisser devenir la proie de ceux qui spéculent sur tous les biens communs de l’humanité, ici notre univers, livrant, après la guerre de l’accès à l’eau, une guerre de l’accès aux étoiles ?

La question, comme l’indique à juste titre Samuel Challéat, chercheur en géographie de l’environnement à l’université de Toulouse-Jean Jaurès, est aussi culturelle et idéologique : « Jadis, la lumière incarnait l’outil du progrès, du savoir face à l’obscurantisme, contre la peur du noir et son insécurité. Or ce marqueur de l’activité humaine est maintenant considéré comme une gêne, voire une pollution dégradant l’environnement. »  

Face à ce défi, un des collectifs en pointe est l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturnes (ANPCEN). En décembre dernier il a obtenu du gouvernement, après un recours devant le Conseil d’État, de nouvelles mesures qui complètent celles annoncées dans un arrêté de 2013 pour réguler l’éclairage nocturne des bâtiments non résidentiels (vitrines, façades et bureaux non-occupés). Ces mesures restent néanmoins insuffisantes car non accompagnées d’un réel plan d’action. Une habitude pour un gouvernement qui ne prend pas en compte de manière conséquente la question environnementale. Ici, c’est finalement du côté des communes que se trouvent les alternatives et les bonnes volontés. 12 000 d’entre elles pratiquent déjà une extinction lumineuse en milieu de nuit et 574 sont labellisées « Villes ou villages étoilés » par l’association. Ce label, valable quatre ans, récompense les communes engagées dans des démarches volontaristes d’amélioration de la qualité de l’environnement nocturne. Qu’en est-il à Toulouse ?

Récemment, l’association France Nature Environnement (FNE) Midi-Pyrénées y a mené plusieurs observations pour évaluer le nombre de commerces restants allumés entre 1 h et 7 h du matin sans activité et participant ainsi à la pollution lumineuse. En 2017, elle avait enregistré 92 commerces dont la vitrine était illuminée entre 1 h et 7 h du matin dans 27 rues de l’hyper-centre toulousain. La FNE a relancé l’opération le samedi 1er juin dernier  avec l’aide des mouvements Action Non-Violente COP21 et Youth For Climate Toulouse afin de faire un constat de la situation deux ans après la précédente maraude. Sur 97 rues parcourues, 361 commerces avaient leur vitrine allumée entre 1 h et 7 h du matin. Un chiffre encore important, alors qu’un décret oblige les commerces à éteindre leur vitrine de 1 h à 6 h du matin. Cela révèle la nécessité de sensibiliser les commerçant-e-s mais aussi de montrer l’exemple en tant que collectivité publique.

On peut s’inspirer de Saumur. Cette commune de 27 000 habitants s’efforce depuis 2007 de n’éclairer la ville que lorsque cela s’avère réellement nécessaire : l’éclairage public y est éteint à partir de 1 h du matin (dès 23 h dans les parties rurales et sur certains axes routiers) jusqu’à 6 h. L’éclairage des monuments historiques est également limité à la période estivale. À la clé ce sont de nombreux bénéfices, tant sur le plan environnemental qu’économique : ces mesures auraient permis de diminuer la consommation énergétique des services publics de la ville de 50 %, soit une économie de plus de 80 000 euros par an, selon Anne-Marie Ducroux de l’ANPCEN, et ce, sans noter d’accroissement de la criminalité, argument régulièrement invoqué contre les mesures d’extinction de l’éclairage.

À Toulouse, selon l’astrophysicien toulousain Sébastien Vauclair, qui a donné une conférence passionnante en juin dernier au Quai des Savoirs sur le sujet, les collectivités locales dépensent en éclairage nocturne l’équivalent de 41 % de la facture de l’éclairage public. Selon son calcul cela représente près de 4 millions d’euros par an pour la ville de Toulouse.

Alors quel ciel nocturne voulons-nous pour notre ville ? Toujours d’après Sébastien Vauclair, « quelqu’un qui a une vue normale peut observer jusqu’à 2 000 étoiles la nuit. Avec le halo lumineux qui recouvre la ville de Toulouse, on peut à peine en distinguer plus d’une quinzaine ». Quelle voûte céleste allons-nous laisser aux générations futures ? Vivront-elles dans la nostalgie de la lumière des étoiles ? Ne verront-elles la nuée blanche de la Voie lactée qu’à travers des films aussi merveilleux que celui de Patricio Guzman ? L’imagineront-elles dans les pages des livres d’un Auguste Blanqui qui ne supportait sa condition carcérale que par l’éternité qu’il trouvait dans les astres ?

Regarder les étoiles, les voir, y accéder, pose en réalité la question des modes de consommation de nos villes, de la préservation de l’environnement mais aussi celle de notre patrimoine humain et universel. Celui des premiers peuples cherchant leur étoile polaire pour se repérer et avancer, celui de l’histoire philosophique, poétique, artistique, scientifique.

Refaire communauté

15 ans de vie à Toulouse et 10 ans d’engagement au Droit Au Logement m’ont permis peu à peu de penser la ville et son évolution. Ce n’est pas une surprise, je ne m’inscris pas dans le projet du Maire de Toulouse pour notre ville, celui en Une de l’actuelle déclinaison locale du magazine Le Point, celui qui vise à faire de notre ville un copié-collé de ces métropoles qui se ressemblent toutes. Ce que nous déplorons n’est pas que le Maire de Toulouse fasse évoluer Toulouse, c’est le fait qu’il anéantisse ce qui fait Toulouse, ce qui lui a donné et lui donne corps et signification, la vie en commun. Au fond ce dont rêve Jean-Luc Moudenc, c’est d’une ville sans caractère, aseptisée, un petit Bordeaux, assimilée à une réserve foncière et immobilière pour les investisseurs parisien-ne-s et les touristes d’affaire fortunés.

Cette vision est contraire à l’idéal humaniste qui nous habite, au dessein d’égalité et de liberté que nous poursuivons. Dès lors, pour éviter la catastrophe écologique et sociale vers laquelle contribue à nous amener Jean-Luc Moudenc, nous devons reconquérir le pouvoir et nous réapproprier ce qui nous appartient : notre ville et son avenir. Toulouse souffre depuis trop longtemps d’être défaite, fracturée, entre ses quartiers, entre ses habitant-e-s. Notre plus grand défi est donc de « refaire communauté ».
La communauté c’est nous, toutes celles et ceux qui ont fait vœu de vivre, ensemble, à Toulouse. Elle exprime le rapport au commun et à la solidarité, la réciprocité de ce qui nous relie toutes et tous en droits, et le rappel de notre appartenance à une nature englobante. Refaire communauté, c’est retisser les liens qui nous unissent, ceux de l’entraide, de l’hospitalité et de la générosité, de l’action face à l’urgence climatique, des prises de décisions collectives, de l’accès aux besoins fondamentaux, du temps nécessaire à la vie qui associe (une partie de foot, préparer un repas de famille, aller au parc avec les enfants, cultiver un jardin partagé etc.). Refaire communauté, c’est prendre soin de nos ancien-ne-s, c’est créer une ville enfin inclusive et protectrice pour celles et ceux qui se sentent laissés de côtés, abandonnés.

Aujourd’hui Toulouse n’est plus une communauté, elle est malheureusement inégalement et injustement morcelée, la grandeur de son histoire en est ainsi bafouée.
Jean-Luc Moudenc poursuit en effet depuis trop longtemps une politique à destination de quelques-uns à défaut de tou-te-s les autres, séparant les populations, les ghettoïsant selon leur condition économique. Alors que la planète brûle, il continue d’engager des grands projets énergivores aux modèles économiques et aux finalités socio-économiques discutables, et imposés aux habitant-e-s : La Tour Occitanie, TESO, La Grave, le nouveau Parc des Expositions et bien d’autres. Ces projets excluent les classes moyennes et les plus pauvres, déconsidérés, en périphérie voire dans d’autres villes limitrophes. Les résultats sont déjà là, les inégalités territoriales et la précarité explosent, la gentrification s’accélère, la situation écologique (pollution, ilots de chaleur etc.) s’aggrave chaque année.

C’est évidemment à nous d’opposer à la vision mortifère du maire actuel une vision plus émancipatrice pour Toulouse où solidarité et écologie vont de pair, où égalité et démocratie avancent de concert. L’écologie en tant qu’elle est une condition nécessaire à la vie, qu’elle crée un intérêt général commun, que la conscience des nécessités fait aujourd’hui la quasi-unanimité, doit intégralement guider la construction de cette vision. L’écologie doit être une force motrice et populaire, et dessiner une perspective pour la ville. Celle-ci doit inévitablement être complétée par un programme de mesures tangibles, par des projets utiles pour tou-te-s, impliquant de la manière la plus large possible toutes les volontés citoyennes. Tout cela n’est pas facile à construire, tout cela ne se commande pas, rien ne se décrète et tout s’éprouve. Mais la finalité est plus grande que tout et j’espère qu’enfin, nous serons à la hauteur du rendez-vous électoral qui arrive, pour Toulouse.

Car oui, Toulouse peut changer positivement pour ses habitants et la nature en restant cette terre d’accueil, de convivialité, cette ville de science et d’intelligences mise au service du bien commun. Toulouse peut grandement évoluer en restant elle-même, fidèle à son histoire et ses aîné-e-s qui ne sont pas un décor mais une empreinte éternelle, à un récit qui lui fait honneur et lui rend l’étendue de sa fierté.

Toulouse a toutes les forces et les énergies pour être une ville avant-gardiste en matière de transition écologique, en matière d’esthétique urbanistique autrement que par des tours d’un autre temps, pour restituer leur présence, leur voix et protéger les oublié-e-s des politiques de mondialisation, de métropolisation et leurs effets.

Au-delà de nos intérêts individuels, de ceux de nos rues, de nos quartiers, nous devons refaire ville et y refaire communauté. Nul n’a intérêt à vivre dans une ville où les tentes de sans-abris fleurissent sur nos trottoirs ; nul n’a intérêt à ce que ses enfants aient des camarades de classe qui n’ont pas accès à un repas les soir car leur mère ne parvient pas à joindre les deux bouts ; nul n’a intérêt à ce que nos ancien-ne-s se privent de soin où ne puissent aller voir leurs ami-e-s moins souvent car les prix des transports en commun ne sont plus accessibles. Nous avons tou-te-s intérêt à vivre dans une ville où les fractures sociales cessent de s’accentuer et puissent véritablement se résorber.

Au final, refonder ce projet commun pour une ville qui appartient à tout le monde, qui assure une égalité sociale et territoriale, qui développe les solidarités, qui mène avec grandeur sa transition écologique, c’est cela qui nous permettra de « refaire communauté ». Il est donc grand temps de reconstruire notre ville avec ambition, responsabilité et dignité.

Gentrification

Cette semaine le baromètre du site seloger.com est tombé, il est éloquent : en un an les prix de l’immobilier ont augmenté de +6,5 %. En 5 ans c’est plus 20 % à Toulouse !

Ce que nous pressentions il y a quelques années, puis que nous avions documenté avec rigueur dans un rapport du DAL 31 qui avait fait grand bruit, se vérifie malheureusement : la gentrification dévore Toulouse, et ce sont ses habitant-e-s et son identité qui sont mis en péril.

Expliquons nous :
La gentrification est un phénomène que l’on peut définir ainsi : des personnes plus aisées s’approprient un espace initialement occupé par des habitants ou usagers moins favorisés, transformant ainsi le profil économique et social d’un quartier au profit exclusif d’une couche sociale supérieure.

À Toulouse les quartiers du centre-ville sont particulièrement touchés par ce fait urbain qui s’étend désormais sur les quartiers alentours. Souvent l’argument avancé pour ce qui n’est autre qu’un déclassement des habitant-e-s est la mixité sociale. En vérité, c’est une politique de déplacement de population qui s’opère dont sont victimes les Toulousain-ne-s n’ayant pas assez de ressources pour suivre l’augmentation des prix. Combien de nos ancien-ne-s se privent de repas car ils n’arrivent plus à payer leur loyer ? Combien de jeunes couples partent de Toulouse car ils ne trouvent plus de logements accessibles et adaptés à la taille de leur famille ?

Pour être remplacés par qui ? par quoi ? D’abord par un dogme, celui de l’attractivité à tout prix afin de faire de Toulouse une vitrine commerciale et touristique aseptisée et sans caractère. Le lobby Toulouse 2030 à qui M. Moudenc avait déroulé le tapis rouge il y a un an est très clair : « Toulouse doit devenir une ville du tourisme d’affaire ». Et tant pis si cela se fait au détriment de l’écologie, que ce soit en promouvant un tourisme de masse énergivore et l’éloignement des habitant-e-s historiques, contribuant encore à l’étalement urbain.

Les touristes, mais aussi les investisseurs. Il a 42 ans, c’est un cadre parisien, il n’a pas d’enfants, et il gagne aux alentours de 6 000 euros par mois. Lui, c’est l’investisseur type à Toulouse d’après une récente étude. Il n’achète pas dans notre ville pour y vivre, mais pour s’assurer une rente locative et a donc tout intérêt à ce que les prix continuent leur progression, c’est même l’argument principal des brochures des promoteurs.

Toulouse devient un petit Bordeaux. Une réserve foncière et immobilière pour les riches Parisiens souhaitant étoffer leurs comptes en banque déjà fournis. Notre ville a une Histoire, une culture, des caractères, des identités qui doivent la faire s’ériger contre cet accaparement de l’immobilier et des biens publics, qui chasse les sien-ne-s. Au pays de la chocolatine n’acceptons pas que le pain au chocolat devienne roi !

La gentrification expose à ce que notre ville se ternisse. Elle divise, fracture, laisse de côté. Les disparités entre quartiers deviennent considérables, et fissurent la communauté toulousaine.

La hausse des prix est un choix politique. Celui du laxisme de l’actuelle municipalité face aux spéculateurs. Il est temps de remettre de l’ordre dans cette zizanie urbaine. À commencer par l’encadrement des loyers, la construction de logements sociaux adaptés aux ressources des demandeurs, la possibilité d’en construire en centre-ville, et de faire des logements HLM des logements de pointe au niveau de la transition écologique. C’est aussi repenser les quartiers, la question de leur aménagement, du cadre de vie, de la densification qui peut être autre que contrainte et verticale.

Agir contre la gentrification doit nous permettre de faire communauté, de protéger notre ville et ses habitant-e-s face à la cherté du logement. Toulouse rayonne par l’aéro-spatial, par ses valeurs, par sa gastronomie, par le rugby, elle doit être, comme sa devise, ambitieuse et ne pas s’en contenter. Notre ville peut s’ouvrir un nouvel horizon à la hauteur de son Histoire et de sa prestance : celles d’une ville solidaire et écologiquement en pointe. Notamment via un grand projet écologique, sur lequel je reviendrai bientôt plus longuement : la rénovation thermique et phonique des logements et leur accessibilité pour tou-te-s.

Commémoration AZF – En attendant la Justice.

Depuis 18 ans, Toulouse tente de panser ses blessures. L’explosion qui a fait 31 morts et des milliers de blessés reste une plaie béante pour la ville Rose, alors que la procédure judiciaire est toujours en cours. 

Comme chaque année, la commémoration sera divisée entre différents groupes. Trois cérémonies distinctes ont lieu aujourd’hui, celle des anciens salariés, celle des sinistrés, et la cérémonie officielle dirigée par la mairie, aux côtés de La Grande Paroisse, filiale de Total et propriétaire d’AZF, dont la responsabilité dans l’accident est toujours entre les mains de la justice. La Cour de cassation doit se prononcer le 7 novembre sur la décision de la Cour d’appel de Paris, qui a reconnu coupable l’ancien directeur de La Grande Paroisse, Serge Biechlin, et l’a condamné à 15 mois de prison avec sursis et 225 000 euros d’amende. 

Cette scission entre les Toulousains et leurs dirigeants est à l’image de la politique de la ville. Une cérémonie en grandes pompes avec représentants de l’État, grands industriels et investisseurs d’un côté, et habitants en souffrance de l’autre.

Jean-Luc Moudenc a dernièrement comparé l’incident de Notre-Dame Dame de Paris à la catastrophe D’AZF, et a donc eu l’audace de rapprocher la perte d’un patrimoine, à l’homicide involontaire, quoique toujours entre les mains de la Cour de Cassation, de 31 hommes et femmes sans compter les blessé-e-s et mutilé-e-s

Toutes mes pensées vont évidemment aux victimes de cette catastrophe.