Appelle ta rue Episode #2

Alors que moins de 5% des rues toulousaines portent des noms de femmes, nous tenons à chaque commission de Dénomination de Voies avec ma collègue Hélène Magdo pour le groupe Archipel Citoyen à faire en sorte de présenter au minimum 75% de noms de femmes durant le mandat.

Alors que partout aujourd’hui des mouvements sociaux se mobilisent en ce 8 mars, Journée Internationale des droits des femmes, et que la prochaine commission se tient ce jeudi, il nous a semblé pertinent de rendre hommage à trois femmes et un groupe de femmes faisant écho à ces combats toujours d’actualité.

Cathy Granier (1946-2020)

Très vite se révéla sa vocation pour l’enseignement. La transmission du savoir et sa passion pour les mathématiques fut pour elle une évidence. Alors en classe préparatoire à l’École Normale Supérieure, elle fut reçue au concours des IPES en 1965 à 19 ans puis au concours de l’agrégation de Mathématiques en 1969, plus jeune agrégée de France à l’époque.

Elle préféra à une carrière universitaire celle de professeure pour enseigner aux adolescents. Après plusieurs années passées à l’École Normale à former des instituteurs et institutrices, Cathy Granier exerça son métier de professeure de Mathématiques au Lycée Polyvalent du Mirail puis  au Lycée Bellevue. Elle était très appréciée de ses élèves tant pour sa pédagogie bienveillante que son dévouement notamment dans le cadre de l’atelier théâtre danse qu’elle a fondé et qui a perduré après son départ à la retraite jusqu’à nos jours. Elle a été une responsable locale et nationale connue et reconnue de l’organisation syndicale majoritaire des enseignants, le SNES FSU.

Très tôt, Cathy Ganier a pris conscience des injustices, à un moment où les mobilisations de la jeunesse au niveau international ouvraient de nouveaux questionnements et des espoirs de changements profonds. Des rencontres seront déterminantes pour elle, en particulier, celle avec Daniel Bensaid, toulousain également, et lui aussi élève au lycée Bellevue et futur philosophe engagé.

Cet engagement, politique, syndical, associatif pour la défense des opprimé.e.s et l’accès aux droits, Cathy Granier l’a maintenu tout au long de sa vie à Toulouse.

Cathy Granier a été une militante constante aux cotés des étrangers pour l’accès aux droits. Elle a ainsi participé dans les années 90 aux mobilisations de collectifs de familles sans papiers. En 1999 et 2003, elle a été également aux cotés de grévistes de la faim engagés dans des actions particulièrement difficiles et pour lesquelles la présence des soutiens s’est avérée vitale. Cathy Granier y a fait preuve d’une grande générosité et d’une disponibilité de tous les instants. Les contacts personnels et durables créés avec plusieurs grévistes en sont la preuve.

Elle s’est engagée dès sa création en 2005 dans le Réseau Education Sans Frontières (Resf), dont elle a été une porte parole locale et une militant active en tant que représentante de la FSU.

En tant qu’enseignante, elle y a trouvé un prolongement naturel à son investissement syndical et à son implication auprès des élèves. Cathy Granier a assuré un important travail quotidien de suivi et de défense des enfants et familles sans papiers, exilées, réfugiées, en lien avec la communauté éducative, la Cimade, La FCPE, la Ligue des droits de l’Homme.

Ces différentes actions se sont référées à la Convention Internationale Droits de l’Enfance (CIDE), notamment pour le droit à l’éducation et la protection des enfants migrants. Cathy Granier a participé ainsi avec la Cimade à la journée des droits de l’enfance au Capitole en 2019 ainsi qu’aux initiatives pour les 30 ans de la CIDE.

Cathy Granier a été également à l’origine de nombreux de parrainages républicains entre des enfants et familles sans papiers et des citoyens, des élus, des artistes… Elle a sollicité pour cela de nombreuses collectivités locales. Un de ses derniers investissements a été la mise en place d’un parrainage au Conseil Régional d’Occitanie en juillet 2019 pour de jeunes lycéens et lycéennes.

Outre son engagement dans la solidarité et la défense des droits humains, Cathy Granier a agi aussi avec une grande conscience des enjeux qui se nouent sur la question de l’immigration au niveau national mais aussi international. Elle était particulièrement sensible aux mobilisations et combats des femmes migrantes, dans leurs différentes dimensions, comme les violences ou discriminations dont elles étaient victimes.

Marielle Franco (1979-2018)

Marielle Francisco da Silva, dite Marielle Franco, est née le 27 juillet 1979 à Rio de Janeiro, elle est assassinée le 14 mars 2018 dans la même ville dont elle était conseillère municipale depuis janvier 2017 pour le Parti Socialisme et Liberté (PSOL).

Elle est sociologue de métier et une infatigable militante des droits humains et LGBT au Brésil. Elle s’est également engagée contre les actions violentes dans la favela à la suite de la mort d’une amie, victime d’une balle perdue lors d’une fusillade impliquant la police et les trafiquants de drogue dans le quartier de Complexo da Maré, où Marielle est née et a vécu.

En 2016, pour sa première candidature, elle est élue conseillère à la Chambre municipale de la ville de Rio de Janeiro pour la coalition Mudar é possível (« changer est possible »), formée par le PSOL et le Parti communiste brésilien.

Elle a souhaité faire de son mandat un lieu de débat sur le genre, la favela, la négritude. Elle a présenté 116 propositions et 16 projets de loi, dont un sur la garantie d’accès à l’avortement dans les cas prévus par la loi et un sur l’ouverture des crèches la nuit. Elle était présidente de la Commission de Défense de la Femme.

Elle dénonce, dans une critique publique, la violence de la police militaire de Rio de Janeiro dans les favelas.

Le 14 mars 2018, Marielle Franco et son chauffeur, Anderson Pedro Gomes, sont assassinés par arme à feu dans le centre de Rio de Janeiro .

Selon la presse brésilienne, trois hommes politiques seraient impliqués dans l’assassinat de Marielle Franco. Ces trois députés de l’État de Rio de Janeiro appartiennent au Mouvement démocratique brésilien (MDB) du président d’alors Michel Temer. Pour Richard Nunes, le secrétaire à la sécurité de l´état de Rio, Marielle Franco aurait été considérée comme une menace par les milices qui contrôlent le cadastre des terres dans les bidonvilles et son assassinat aurait été planifié dès 2017.

Selon Amnesty International, la mort de Marielle Franco a suscité des commentaires d’une rare violence, notamment de la part de la droite extrême avec des réseaux sociaux saturés d’injures à l’égard de l’élue noire et lesbienne. Durant la campagne électorale de 2018, Rodrigo Amorim, candidat et futur député de l’État de Rio du Parti social-libéral (le parti du président actuel du Brésil, Jair Bolsonaro) a brisé une plaque commémorative de Marielle Franco en présence de Wilson Witzel, candidat du Parti social-chrétien, futur vainqueur de l’élection au poste de gouverneur de l’État de Rio de Janeiro.

Agathe Uwilingiyimana (1953-1994)

Elle est la première femme Première ministre du Rwanda. Ses parents étaient fermiers. Elle grandit à Butare devint professeur de mathématiques. Elle épousa Ignace Barahira, un étudiant de son village, dont elle eut cinq enfants. Elle étudie à l’université nationale du Rwanda. À partir de 1985 elle enseigna la chimie à l’école académique de Butare.

Chef de file des Hutus de l’opposition modérée, Agathe Uwilingiyimana est nommée ministre de l’Éducation nationale en 1992 avant de devenir la première femme rwandaise Premier ministre à la fin des négociations d’Arusha.

Elle s’oppose à la corruption lors des examens scolaires de 1992. Elle impose un contrôle policier pendant les épreuves ce qui eut pour conséquence de diminuer notablement la réussite des jeunes Hutus du Nord du pays, la « région du Président ». Elle fut ensuite agressée quelques semaines plus tard, mais des milliers de Rwandaises bravèrent les menaces des interahamwe pour lui manifester publiquement leur soutien à la fin de l’été 1992.

Le Premier ministre Agathe Uwilingiyimana était perçue comme ayant une très haute idée de la citoyenneté qu’elle plaçait au-dessus des différences

Dans la nuit du 6 au 7 avril, l’état-major des FAR et celui de la gendarmerie, menés par le colonel Bagosora, s’affrontent verbalement avec le général Roméo Dallaire, commandant de la MINUMAR, et avec Jacques-Roger Booh-Booh, représentant spécial au Rwanda du secrétaire général des Nations Unies, qui rappellent l’autorité légale du Premier ministre, l’un des successeurs légaux du président de la République pour prendre le contrôle de la situation. Mais le colonel Bagosora s’oppose avec âpreté à ce que le pouvoir soit accordé à Uwilingiyimana. Le général Roméo Dallaire décide de donner une escorte de casques bleus à Agathe Uwilingiyimana pour la protéger et lui permettre de lancer un appel au calme à la radio dès le lendemain matin. Mais le 7 avril au matin, la garde présidentielle investit la radio d’État et Agathe Uwilingiyimana doit annuler son discours. Vers 8 h, le domicile du Premier ministre est cerné par la garde présidentielle. Vers 8 h 30, Agathe Uwilingiyimana tente avec son mari de se réfugier chez un voisin, employé des Nations unies, mais ils sont finalement retrouvés et tous deux assassinés.

Dix des quinze « casques bleus », ceux de nationalité belge, que le général Roméo Dallaire, responsable de la MINUAR, venait de lui envoyer pour assurer sa protection, tombèrent aux mains des assassins. Aucun secours ne leur vint et ils furent abattus dans la journée après s’être défendus sans espoir.

Cet évènement dramatique marqua le début du génocide des Tutsis du Rwanda, qui dura du 7 avril au 17 juillet 1994.

Les chemisières

Depuis plus d’un siècle Toulouse est la principale ville de l’aéronautique en France. L’histoire de l’implantation de cette industrie est liée à l’histoire « industrielle » de Toulouse au XIXe siècle.

En effet au-delà des grands hommes qui ont permis l’implantation des usines ceux sont les micros industries développée tout au long du XIXe siècle qui ont permis d’avoir la main-d’œuvre capable de fabriquer les avions.

Chapellerie, ébénisterie, chemiserie (…) autant de savoir-faire, de techniques et de compétence qui ont permis à Pierre-Georges Latécoère de réaliser son rêve de construire une usine ultra moderne à Toulouse, puisqu’il a disposé sur place des ouvriers hyper qualifiés pour construire des avions, à l’époque principalement en bois et toile.

Parmi ces artisans des femmes notamment issues de l’artisanat du chapeau et de la chemise.

C’est pourquoi nous proposons aujourd’hui de rendre hommage à ces femmes qui sont elles aussi à l’origine de l’aéronautique à Toulouse.

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