Droits des femmes : du nom des rues aux droits réels.

« La plus ancienne et cruelle inégalité remonte à l’aube de l’humanité quand notre espèce a développé des croyances concernant le rôle des femmes et des hommes. Le plus souvent ce partage s’est fait au détriment des femmes. » Ainsi commence le chapitre sur l’égalité entre les femmes et les hommes du programme l’Avenir en commun de Jean-Luc Mélenchon. Cette semaine est sous le signe des droits des femmes.

Après la succès de la projection du film de Gilles Perret et François Ruffin Debout les Femmes à la Maison de Quartier de Bagatelle, le 8 mars aura lieu une forte mobilisation des mouvements féministes. La semaine se clôturera par la venue de trois députées insoumises Clémentine Autain, Sabine Rubin et Bénédicte Taurine pour le meeting du 11 mars à 19h30 salle Rancy.

Elles présenteront des mesures de notre programme l’Avenir en commun comme l’adoption d’une loi de lutte contre le sexisme et les violences faites aux femmes, avec, comme demandé par les associations, une allocation d’un fonds d’urgence d’un milliard d’euros, notamment en faveur de la formation et le développement de places d’hébergement. 

Cette mesure plébiscitée largement par les français selon une étude d’Harris Interactive en juillet 2021, tout comme celle instaurant des sanctions financières et pénales à l’encontre des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale femmes/hommes ou celle annonçant la mise en œuvre d’un plan de lutte contre le harcèlement sexiste et les agressions sexuelles dans les transports collectifs. Jean-Luc Mélenchon est revenu sur ces sujets à l’occasion d’un entretien au magazine Elle que je vous recommande de lire1.

Des mesures indispensables qui nous encouragent à œuvrer pour qu’un autre monde soit possible. 

Cette séquence est l’occasion pour moi de revenir sur le travail que nous avons entamé avec ma collègue Hélène Magdo au nom des autres élu.e.s de l’opposition sur les noms de rues. En effet nous siégeons tous deux à la Commission Dénominations de voies publiques (et oui ça existe !). Notre premier constat a été de découvrir qu’à Toulouse, comme sûrement dans de nombreuses autres villes, moins de 5 % des rues portent le nom d’une femme2.

Nous nous sommes alors fixés une règle : proposer au moins 3/4 de noms féminins parmi les noms que nous soumettons à chaque commission qui se réunit environ tous les 3 mois. 
Une position qui nous oblige à un travail de recherche et de recueil permanent, tant les femmes ont été les oubliées de la plupart de nos livres d’Histoire. Il faut saluer ici le travail salutaire de l’historienne Elerika Leroy sur la Résistance Toulousaine, entre autre sur celles qui firent figure de « petites mains » furent ô combien précieuses. 

Depuis notre arrivée au Conseil municipal, voici les noms qui ont été validés à la  Commission présidée par M. Jean-Michel Lattes dont il convient de saluer jusqu’ici l’ouverture d’esprit et la curiosité.


Angele Bettini Del Rio ( Résistante toulousaine d’origine espagnole)
Les Chemisières ( Groupe d’ouvrières toulousaines qui participèrent au lancement de l’industrie aéronautique à Toulouse)
Antoinette Duclaire (Journaliste haïtienne assassinée)
Mariella Franco ( Sociologue, militante LGBT et des droits humains assassinée au Brésil)
Cathy Granier (Enseignante toulousaine et militante pour les droits humains)
Clarissa Jean-Philippe (Policière assassinée par le terroriste Amedy Coulibaly)
Marta Lidia Ugarte Roman (Enseignante chilienne assassinée pendant la dictature de Pinochet)
Wangari Maathai ( Biologiste, militante écologiste kenyanne).
Clara Malraux ( Ecrivaine et Résistante à Toulouse)
Jeannine Messerli-Morice ( Décoratrice et Résistante toulousaine)
Anne Sylvestre (Chanteuse connue pour son engagement notamment vis à vis de la jeunesse)
Agathe Uwilingiyimana (Première ministre du Rwanda assassinée par les génocidaires Hutus)

Ce 7 mars, comme un symbole, une nouvelle commission Dénomination de Voies publiques aura lieu. Avec ma collègue, nous proposerons, comme à notre habitude, quatre noms de femmes, forcément ici en lien avec l’actualité brûlante de la guerre en Ukraine. Une manière de rendre hommage à celles qui, dans un passé plus lointain ou récent, tinrent tête à l’impérialisme qu’il ait des relents nazi, autocratique comme celui de Vladimir Poutine ou islamiste comme celui de Daesh que combattirent en première ligne les kurdes avant d’être lâchées par les puissances occidentales.

Voici quatre noms, quatre histoires à retenir, qui font partie de notre grande Histoire :

Lioudmila Pavlitchenko ( 12/07/1916-10/10/1974)
Née à Bila Tserkva (région de Kyiv) le 12/07/1916 – 10/10/1974 à Moscou
Lioudmila Pavlitchenko s’installe à Kyiv avec sa famille à l’âge de 14 ans. Elle s’inscrit dans un club de tir et devient une tireuse d’élite, tout en travaillant comme ouvrière à l’usine Arsenal de Kyiv. 
En juin 1941 alors qu’elle étudie l’histoire à l’Université de Kyiv, l’Allemagne nazie commence à envahir le territoire soviétique, elle est parmi les premières volontaires à se présenter au bureau de recrutement. Elle est affectée à la 25e Division d’infanterie de l’Armée Rouge.
Elle y devient l’une des 2 000 femmes tireuses d’élite de l’Armée rouge.
Pavlitchenko combat pendant deux mois et demi près d’Odessa, elle est considérée comme une des meilleures tireuses d’élite de la Seconde Guerre Mondiale. En juin 1942  Pavlitchenko est blessée par un tir de mortier. En raison de sa célébrité croissante, elle est retirée du front moins d’un mois après son rétablissement. 
En septembre 1942 elle est envoyée au Canada et aux Etats-Unis et est reçue à la Maison-Blanche par le président Rossevelt  devenant la première citoyenne soviétique à être reçue par un président des Etats-Unis.
Après la guerre, elle achève ses études à l’Université de Kiev et commence une carrière d’historienne. Elle s’occupe ensuite activement du Comité soviétique des vétérans de guerre. 

Amina Oukouïeva (5/06/1983 – 30/10/2017)
Amina Okouïeva est un des visages symboliques aussi bien de l’Euromaïdan (manifestations pro-européennes en Ukraine entre novembre 2013 et février 2014), auquel elle a participé, que des combats contre les séparatistes et les forces russes dans le Donbass. 
Elle est née le 5 juin 1983 à Odessa. Par la suite, elle a vécu à Moscou et Grozny, avant de rentrer dans sa ville natale pendant la seconde guerre de Tchétchénie. Elle est devenue chirurgienne après des études à la faculté de médecine d’Odessa. Avec son époux Adam, lui-même réfugié en Ukraine pour fuir les services spéciaux russes et les agents de Kadyrov, elle milite en faveur de la libération de l’Itchkérie (nom donné à la Tchétchénie par les indépendantistes tchétchènes) et prend une part active à la vie de la diaspora tchétchène .
Elle a été tuée dans une embuscade le 30 octobre 2017, en banlieue de Kiev.


Anastasia Babourova (30/11/1983-19/01/2009)

Née le 30 novembre 1983 à Sebastopol et morte assassinée le 19 janvier 2009 à Moscou, Anastasia Babourova est une journaliste ukrainienne qui a travaillé pour le journal russe Novaïa Gazeta. 
Elle a mené en tant que membre d’Autonomous Action (un groupe anarchiste russe) des investigations sur les groupes néo-nazis et leur montée en puissance. Elle milite également au sein d’une association écologiste.  Le 19 janvier 2009, elle reçoit un coup de feu à la tête en même temps que l’avocat défenseur des droits de l’homme Stanislav Markelov. Amenée à l’hôpital, elle y décède quelques heures plus tard, devenant ainsi la quatrième journaliste de Novaïa Gazeta à être assassinée depuis 2000. L’ultranationaliste russe, Nikita Tikhonov, 31 ans, a été condamné à la peine maximale requise par le procureur pour le double meurtre. 


Barin Kobané ( 1995- 2/02/2018)

Barîn Kobanê, de son vrai nom Amina Omar, âgée de 23 ans, est une combattante kurde des YPJ, Unité de protection de la femme, organisation militaire composée exclusivement de femmes et faisant partie des YPG, Unités de protection des peuples . Elle est également membre du Parti de l’Union Démocratique (PYD). Elle s’engage dans les YPJ en 2015 en réaction aux massacres de Sinjar commis par l’ Etat Islamique contre la communauté yézidie en 2014. 
De 2015 à 2017, elle participe à plusieurs combats contre l’État islamique, notamment la bataille de Kobané et la bataille de Raqqa.  
Le 20 janvier 2018, l’armée turque lance une offensive pour prendre le contrôle de la ville d’Afrine dans l’enclave libre et autogérée du Rojava (Kurdistan syrien). YPJ, indique que « Barin et trois autres compagnes de combat ont refusé de reculer malgré les ordres donnés en ce sens et ont poursuivi le combat jusqu’au martyre ». Son corps dénudé et mutillé est retrouvé le 30 janvier. Les YPJ confirment sa mort ainsi que celle de trois autres combattantes des YPG. 


1https://www.elle.fr/Societe/News/Jean-Luc-Melenchon-face-a-ELLE-A-16-ou-17-ans-j-ai-ete-au-moins-aussi-grossier-que-Mila-4002346
2https://www.mediacites.fr/enquete/toulouse/2020/12/07/moins-dune-rue-sur-vingt-porte-un-nom-de-femme-a-toulouse/